10 février 2018

Nana - Emile Zola

Source: ExterneNana est la fille de Gervaise, l'héroïne de L'Assommoir. D'abord actrice sans talent et petite prostituée, elle parvient à envoûter la bourgeoisie du Second Empire.

Les romans de Zola sont puissants, avec des images qui marquent durablement et un sens de la mise en scène remarquable. C'est particulièrement notable dans Nana.
Nous rencontrons d'abord notre héroïne indirectement, par des échanges de paroles entre des personnes venues assister à l'un de ses spectacles. Tout le monde, y compris le lecteur, s'impatiente, s'attendant donc à voir entrer en scène une femme unique, irrésistible.

"A ce moment, les nuées, au fond, s'écartèrent, et Vénus parut. Nana, très grande, très forte pour ses dix-huit ans, dans sa tunique blanche de déesse, ses longs cheveux blonds simplement dénoués sur les épaules, descendit vers la rampe avec un aplomb tranquille, en riant au public."

Toute la pression retombe très vite, Nana étant bien mauvaise. Les langues se délient, on se moque et on l'insulte. Pourtant, tous seront bientôt à ses pieds.
Nana n'est pas une jeune fille attachante, talentueuse ou intelligente, mais elle a une soif de liberté et une audace qui rendent ses coups de pied à la bonne société jouissifs. Elle venge son milieu en rendant sa vulgarité irrésistible à tous les hommes de bonne famille. Malgré le mépris que les membres de la haute société ont pour les courtisanes, c'est à l'extérieur des mariages bourgeois que l'on peut expérimenter la sensualité. Les Muffat, mari et femme, en sont un parfait exemple. Il est amusant de constater que ces deux mondes ne se côtoient pas officiellement au début. Ainsi, les hommes agissent comme s'ils ne connaissaient pas Nana lorsqu'ils la rencontrent, et les femmes l'observent du coin de l'oeil. Puis, on croise la jeune fille dans les soirées. Son triomphe est total (bien que toujours empreint de vulgarité) lors d'une course hippique à la fin du roman, lorsque le nom de la pouliche victorieuse, baptisée Nana en l'honneur de la courtisane, est scandé par toute l'assistance (encore une de ces scènes mythiques des Rougon-Macquart).
Mais Nana est une Macquart, et son ascension ne peut être éternelle. Je reconnais avoir trouvé Zola plus cynique que cruel à son égard. Après la lente agonie de Gervaise dans L'Assommoir, je m'attendais à une chute tout aussi douloureuse pour sa fille. Cette dernière se montre tellement odieuse parfois que j'ai bien cru à plusieurs reprises que le retour de bâton allait être immédiat. Elle a la naïveté de croire en l'amour et en l'amitié, elle se retrouve dans la situation d'une femme battue ou obligée de payer l'affection qu'on lui donne. Elle rêve d'avoir le rôle d'une femme honnête, elle doit bien vite retourner à sa place. Avant d'admettre sa défaite, elle aura tout de même rendu quelques coups.

"Elle demeurait seule debout, au milieu des richesses entassées de son hôtel, avec un peuple d’hommes abattus à ses pieds. Comme ces monstres antiques dont le domaine redouté était couvert d’ossements, elle posait les pieds sur des crânes ; et des catastrophes l’entouraient, la flambée furieuse de Vandeuvres, la mélancolie de Foucarmont perdu dans les mers de la Chine, le désastre de Steiner réduit à vivre en honnête homme, l’imbécillité satisfaite de la Faloise, et le tragique effondrement des Muffat, et le blanc cadavre de Georges, veillé par Philippe, sorti la veille de prison. Son œuvre de ruine et de mort était faite, la mouche envolée de l’ordure des faubourgs, apportant le ferment des pourritures sociales, avait empoisonné ces hommes, rien qu’à se poser sur eux. C’était bien, c’était juste, elle avait vengé son monde, les gueux et les abandonnés."

En arrière-plan, comme toujours, Zola nous offre quelques descriptions sublimes des aubes parisiennes et des grands travaux.

Je craignais l'écoute de ce livre en raison des avis négatifs dont cette version audio fait l'objet. Pour ma part, je l'ai trouvée très agréable.

Si j'ai eu quelques difficultés à entrer dans ce livre, il a fini par me conquérir entièrement.

L'avis de Karine.

Sonobooks. 16h40.
1880 pour l'édition originale.

Posté par lillylivres à 09:28 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
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