24 janvier 2018

Eugène Onéguine - Alexandre Pouchkine

9782742777846_1_75Etant donné que j'ai décidé de découvrir de façon plus approfondie les auteurs russes, je me suis dit qu'il était logique de me plonger dans ce roman qui est considéré comme étant à l'origine de la littérature russe moderne.

Eugène Onéguine est un jeune noble touché par le mal du siècle. Après avoir hérité d'un oncle pour lequel il n'éprouvait pas d'attachement particulier, il s'installe à la campagne. Dans ce lieu, il devient l'ami de Lenski, l'un de ses voisins, amoureux de la belle Olga. La soeur de cette dernière, Tatiana, ne tarde pas non plus à succomber au charme d'Eugène, mais l'attitude du jeune homme va mettre un terme à toute possibilité de bonheur pour les jeunes gens.

La grande particularité de ce roman est qu'il est écrit en vers. N'y connaissant pas grand chose en matière de techniques poétiques, je ne pourrais vous en dire beaucoup sur la forme, mais je vous renvoie à la préface ainsi qu'aux notes du traducteur, qui expliquent très bien les difficultés qu'il y a à transposer ce texte en langue française.
Malgré mon ignorance, ce texte est étonnamment aisé à lire. Le style est clair, rythmé et superbe. Il m'a un peu rappelé Roméo et Juliette parfois, tout en étant très moderne dans d'autres passages.
L'histoire d'amour en elle-même ne m'a pas passionnée. Je pense qu'elle doit avoir une épaisseur bien plus importante dans les représentations théâtrales ou musicales, mais les amours contrariées d'Eugène et de Tatiana restent très superficielles en raison de la forme du texte et du choix de l'auteur de ne l'évoquer qu'avec peu de mots. De plus, Pouchkine, bien que reprenant certains des codes du romantisme, écrit un texte qui ne peut être réduit à ce genre. L'auteur joue son propre rôle dans Eugène Onéguine, évoquant son héros, le texte qu'il écrit et la littérature (la sienne et celle des autres). Il a conscience de mener une expérience avec son livre, fait de multiples références au monde littéraire russe (encore une fois, merci au traducteur). Cette présence donne lieu à des passages très drôles, où l'auteur égratine ses personnages, la société dans laquelle il vit et l'être humain en général.

"Le plan, la forme se proposent,
Je cherche un nom pour mon héros.
Mais mon roman fait une pause
Car mon premier chapitre est clos ;
Je l'ai relu d'un oeil sévère :
On y dit tout et son contraire,
Pourquoi devrais-je corriger ?
C'est au censeur de s'en charger.
Aux journalistes en pâture
J'offre ce fruit de mes efforts :
Va, gagne les nordiques bords
O ma nouvelle créature,
Que je moissone mes succès :
Cris, racontars, mauvais procès ! "

Je n'ai pas seulement lu ce livre en me laissant porter par l'histoire. J'ai cherché à observer sa construction, les thèmes qu'il aborde et je me suis davantage documentée que d'ordinaire. Je vais essayer de voir une représentation de ce texte, je pense qu'il m'enthousiasmera davantage (pour l'instant, j'ai surtout conscience de ne pas avoir saisi les trois quarts du texte). Et je vais pouvoir découvrir Songe à la douceur, malgré tout le mal qu'en pense Maggie...

Titine avait été enchantée par ce livre.

Babel. 378 pages.
Traduit par André Markowicz.
1825-1832 pour la première publication.