27 septembre 2017

Les vies de papier - Rabih Alameddine

ob_4781e2_les-vies-de-papier"Pourquoi aurais-je voulu être stupide comme tout le monde ? Puis-je admettre qu’être différente des gens normaux était ce que je recherchais désespérément ? Je voulais être spéciale."

Alors que la nouvelle année approche, Aaliya se demande quelle sera sa prochaine traduction. Cette septuagénaire répudiée depuis plus d'un demi-siècle vit au mileu de ses livres, dans un immeuble abritant également "les trois sorcières", ses voisines, Fadia, Joumana et Marie-Thérèse, surnommées ainsi en raison de leur goût pour les pauses café et les commérages sous les fenêtres d'Aaliya.

Dès les premières lignes, en lisant l'effarement d'Aaliya, découvrant qu'elle s'est involontairement teint les cheveux en bleu, j'ai su que ce roman allait me plaire.
Cette femme est une héroïne inhabituelle, vivant dans un cadre inconfortable pour une personne de son sexe et de son âge. Pourtant, elle a toujours réussi à garder les maigres avantages que la vie lui a donné. De son mariage aussi bref que malheureux, elle a obtenu un appartement qu'elle a férocement conservé, n'hésitant pas à se fâcher avec sa mère et ses frères qui voulaient le lui prendre. Devenue libraire un peu par hasard, son maigre salaire lui a permis de conserver son indépendance et les livres ont été pour elle des amis après la disparition des deux êtres qui ont été là pour elle. Si ce livre est loin d'être complètement optimiste, j'ai apprécié de lire le récit de cette existence simple mais finalement pas plus malheureuse qu'une autre qui correspondrait pourtant davantage aux standards du bonheur (selon la société).  
J'ai aussi aimé cette évocation d'une ville que l'on ne connaît souvent que par les reportages sur les conflits au Proche-Orient. Aaliya habite Beyrouth depuis toujours, et on sent son amour pour cette ville à l'histoire récente mouvementée et partagée entre vétusté et modernité. Elle nous raconte son quotidien dans cette ville souvent en guerre, avec des détails parfois très drôles. Elle aime la taquiner :

"Vivrai-je assez longtemps pour voir un feu tricolore fonctionnant parfaitement à Beyrouth ? "

Mais ce qui m'a le plus attirée dans ce livre, c'est évidemment la place qu'y tiennent les livres. Ils ont toujours eu une grande importance dans la vie d'Aaliya. Elle a ses auteurs préférés, ceux qui l'ont enchantée, ceux qui lui ont permis d'avancer et de réfléchir au monde qui l'entourait. Les passages sur la traduction sont ceux que j'ai préférés. Depuis que j'ai eu des cours à l'université, c'est un sujet que je trouve passionnant (même si j'étais franchement mauvaise, passer des heures à essayer de ressentir un texte pour le retranscrire est une expérience fabuleuse). Qu'est-ce qu'une bonne traduction ? Quelles évolutions dans ce domaine depuis le XIXe siècle ?

"Recourir à la prose edwardienne pour Dostoïevski, c'est comme ajouter du lait à un bon thé. Tfeh ! Les Anglais aiment ce genre de chose."

Etrangement, j'ai trouvé ce livre parfois plombant. Aaliya est une femme intelligente et indépendante, mais c'est aussi une personne très seule. Du fait de son âge et de son histoire, elle n'a pas vraiment foi en l'avenir et ne fait pas toujours confiance au passé, les souvenirs étant des constructions a posteriori. Heureusement qu'elle croise certaines personnes sur sa route, comme cette petite-nièce un peu curieuse. Heureusement aussi que les canalisations de son immeuble ne sont pas neuves.

Ce livre n'est pas un coup de coeur, je me suis ennuyée par moments, mais c'est assurément un beau roman.

Les billets de Violette et de Titine.

Les escales. 329 pages.
Traduit par Nicolas Richard.
2013 pour l'édition originale.

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17 septembre 2017

Freedom - Jonathan Franzen

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"Pour l'accusation : Ses motivations étaient mauvaises. Elle était en compétition avec sa mère et ses soeurs. Elle voulait que ses enfants soient un reproche vivant adressé à ces dernières.
Pour la défense : elle adorait ses enfants."

Difficile de se lancer dans une lecture exigeante, surtout quand tout le monde appuie sur le fait qu'elle n'est pas toujours facile. Pourtant, quelle récompense !

Patty et Walter Berglund habitent un tranquille quartier pavillonaire dans le Minnesota. Mère au foyer dévouée, voisine exemplaire et épouse comblée, l'image d'elle-même que Patty s'est forgée en plus de vingt ans de vie de famille se fissure lorsqu'elle découvre que son fils Joey fréquente Connie, la fille de la vulgaire voisine des Berglund.
Dès lors, Patty sombre dans la dépression et l'alcool, devenant la risée de ses voisins conservateurs et une source d'embarras pour ses proches.
Comment cette championne de basket universitaire, fille de bonne famille, promise à un bel avenir, a-t-elle pu choisir le sérieux Walter plutôt que Richard, celui qui lui plaisait vraiment ? En prenant la plume pour rédiger son autobiographie, Patty va revenir sur sa vie et celle de sa famille, dressant au passage le portrait de la société dans laquelle elle vit.

Difficile de résumer ce livre foisonnant, au style percutant et dont les personnages, bien que pour la plupart antipathiques, sont tellement vivants qu'il est difficile de les quitter une fois la dernière page tournée. 
C'est Patty la principale narratrice du livre, bien qu'il s'agisse d'un roman choral faisant aussi intervenir directement Walter, Richard et Joey. En rédigeant un livre dans le livre, Franzen nous propose un roman aux ramifications complexes mais parfaitement maîtrisé. C'est grâce à cette structure que l'on comprend les personnages de Freedom, leurs interactions, leurs choix, leurs regrets et leurs excès. Ils sont souvent ridicules et faibles et le lecteur a souvent le sentiment qu'il y a des claques qui se perdent. En même temps, Patty, Walter et Joey sont tellement humains dans leurs maladresses et leurs mesquineries (voire leurs trahisons), qu'ils ressemblent à n'importe quelle famille psychotique sur laquelle les voisins se délectent de bavasser. La relation entre Patty et Walter, qui résulte du hasard au départ, ne fait pas franchement rêver à première vue. Pourtant, en découvrant leurs histoires familiales respectives jusqu'à une remarque de Richard, le jour où il découvre le livre de Patty, c'est une tout autre vision de leur relation que l'on adopte.
En arrière-plan de l'histoire de ces personnages se dessine une fresque incroyable de l'Amérique. Culture du viol, sytème judiciaire américain, attentats, guerre en Irak, environnement, batailles entre écologistes, hypocrisie, augmentation de la population mondiale, capitalisme, tout y passe à travers des scènes et des portraits souvent très drôles. Cela a beau être avant tout une critique de l'ère Bush, le discours n'a pas pris une ride.

Ce portrait de l'Amérique est dur, et l'espoir et les relations saines se font rares. J'ai aimé que Jonathan Franzen n'accable pas ses personnages outre mesure et qu'il leur offre une fin presque heureuse. Je ne suis pas certaine que j'aurais eu la patience de lire ce livre en format papier. La version audio, en revanche, m'a enchantée du début à la fin.

Le beau billet de Papillon.

C'est ma quatrième participation au challenge Pavé de l'été de Brize et également un billet pour le Mois américain de Titine.

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Thélème. 21h.
2010 pour l'édition originale.

 

03 septembre 2017

Pêle-mêle de lectures

J'ai lu un certain nombre de livres sur lesquels je n'aurais pas le temps de faire des billets spécifiques, alors c'est parti pour un post commun.

001992658Le premier livre que j'ai lu n'est plus vraiment à présenter puisqu'il a eu un immense succès lors de sa sortie en 2009 et a été adapté au cinéma dès 2011.

Nous suivons trois femmes à Jackson, dans le Mississippi, au début des années 1960. Minnie et Aibileen sont employées de maison, considérées comme des êtres pas tout à fait humains et même indignes de s'asseoir sur les mêmes toilettes que les Blancs. Skeeter est quant à elle la fille d'un propriétaire terrien. Fraîchement sortie de l'université et déterminée à percer dans le journalisme, elle décide d'écrire sur les conditions de travail des femmes noires dans le sud des Etats-Unis, traditionnellement attaché à la ségrégation entre Blancs et Noirs.

J'ai adoré ce livre que je craignais de ne pas apprécier après en avoir autant entendu parler.
Les personnages sont bien campés, crédibles. Sans être un roman trop violent (il n'aurait jamais pu toucher autant de monde si ça avait été le cas), il contient des épisodes montrant bien l'horreur de la ségrégation et la dangerosité de ce que font les trois héroïnes qui prennent tour à tour la parole.
J'ai aimé aussi l'absence de manichéisme dans les témoignages, l'existence de belles histoires, et aussi l'emploi de l'humour. Si certains, comme Holly, sont clairement cruels, on voit aussi que le racisme dont font preuve d'autres personnages n'est pas de la méchanceté, mais vraiment dû à leur ignorance (ce qui est encore plus difficile à combattre).

J'ai aussi apprécié la fin, qui montre les conséquences d'une telle entreprise tout en laissant un peu de place pour l'espoir.

Un découverte à faire absolument.

Actes Sud. 608 pages.
Traduit par Pierre Girard.
2009 pour l'édition originale.

 

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La loterie annuelle du village va avoir lieu. En attendant que les habitants se rassemblent, les enfants jouent avec des cailloux, les parents discutent. Deux heures plus tard, la fête sera finie et tout le monde pourra retourner vaquer à ses occupations. 

Suite à plusieurs billets sur l'album tiré de la nouvelle La Loterie de Shirley Jackson, j'ai pris le temps de découvrir cette histoire glaçante. Elle fait une dizaine de pages, mais l'auteur a le temps de créer une atmosphère angoissante en nous décrivant cette journée du 26 juin où toutes les conditions semblent réunies pour que tout se passe bien, mais qui va tourner au cauchemar. C'est cruel, gratuit, et c'est sans doute pour cela que ce texte réussit si bien à nous horrifier.
Je pense sortir rapidement Nous avons toujours vécu au château de ma bibliothèque.

Le billet de Brize sur l'album.

Pocket. 1949 pour l'édition originale.

 

9782356419910-TOn finit avec un autre succès planétaire en littérature young adult cette fois, Nos étoiles contraires.

Hazel est atteinte d'un cancer. Bien qu'elle se sente plutôt bien parfois, elle se sait condamnée à plus ou moins brève échéance. Alors qu'elle participe à une séance de thérapie de groupe, elle rencontre Augustus, lui aussi touché très jeune par la maladie, mais en rémission. Ensemble, ils découvrent l'amour évidemment, mais cherchent aussi à connaître la fin d'Une impériale affliction de Peter Van Houten, un roman qui raconte l'histoire d'une jeune fille dont le destin est semblable à celui d'Hazel et d'Augustus.

J'ai lu ce livre suite à des avis très enthousiastes de lectrices dont je respecte particulièrement les avis et qui juraient que John Green était une voix originale de la littérature jeunesse. Sans crier au chef d'oeuvre, c'est effectivement un bon roman, mêlant humour (parfois très noir, les funérailles anticipées étant une scène très réussie) et réalisme. Au-delà de la réflexion sur la maladie, John Green interpelle chacun de nous sur la brièveté de la vie et son intérêt. 

Le billet de Tiphanie.

Audiolib. Lu par Jessica Monceau.
7h57.
2012 pour l'édition originale.

Ces trois lectures permettent de participer au Mois américain de Titine.

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