CVT_Poussiere_4908Contemporaine des membres du Groupe de Bloomsbury, c'est en 1927 que Rosamond Lehmann publie son premier roman, Poussière. Il s'agit de l'un des deux seuls romans de l'auteur que l'on trouve actuellement édité en France, par les éditions Phébus. Jonathan Coe lui a rendu hommage avec La pluie avant qu'elle ne tombe, roman que j'ai lu il y a quelques années, sans comprendre les références à cette oeuvre donc.

Judith Earl est une jeune fille issue de la bonne société du sud de l'Angleterre du tout début du XXe siècle. N'ayant jamais fréquenté l'école, elle passe son temps dans la vaste demeure de ses parents. Ses seules fréquentations sont les Fyfe, un groupe de quatre cousins et d'une cousine, qui vivent chez leur grand-mère dans la propriété voisine de celle des Earl.
Plus jeune qu'eux de quelques années, Judith est fascinée par les Fyfe. La beauté de Charlie et de Mariella l'envoûte, le dévoué Martin la rassure, et les airs mystérieux et inaccessibles de Julien et Roddy l'attirent de façon irrésistible.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale qui a emporté Charlie, elle mêle ses souvenirs à ses rencontres avec eux, tentant de mêler son avenir avec le leur.

S'il m'arrive parfois de faire des overdoses de romans anglais se déroulant dans les belles demeures bourgeoises du début du XXe siècle, je finis toujours par y revenir.

Ce qui m'a d'abord frappée dans Poussière est le style de Rosamond Lehmann. Je n'avais pas remarqué dans l'autre roman que j'ai lu d'elle à quel point elle était moderne dans son écriture. Les scènes qu'elle décrit sont presque des peintures impressionnistes. Elle n'a pas le talent d'une Virginia Woolf, et insère ces tableaux dans un déroulé beaucoup plus traditionnel, mais l'on sent l'influence du début du XXe siècle et de Bloomsbury dans ce roman. 
C'est grâce à cette écriture que l'on est saisi par de la nostalgie tout au long de notre lecture. Judith évoque son passé, son enfance, comme un doux rêve. Toutes les scènes qui la rapprochent de sa maison sont entourées par une ambiance de conte de fées. Bien que d'ordinaire plutôt brillante, Judith fait preuve d'une grande naïveté face aux Fyfe. Cette idéalisation des cousins, très typique de l'adolescence, est parfaitement évoquée, mais cela m'a paradoxalement tenue à l'écart des personnages. Judith se plaît à imaginer les Fyfe, mais ces personnages sont trop énigmatiques pour qui ne partage pas l'obsession de la jeune fille à leur égard. Quant à cette dernière, c'est un personnage qui ne suscite guère l'empathie, à la fois trop immature et de plus en plus narquoise voire cruelle avec des personnages qui ne le méritent pas (bien que cela soit encore une fois une peinture assez réaliste des adolescents).
Vers le milieu du livre, le cadre change puisque notre héroïne part étudier à Cambridge. Là-bas, elle fait des rencontres, fréquente par intermittence ses anciens voisins, et surtout, grandit. Cette partie, plus portée vers l'action, avec des scènes rappelant d'autres romans de la même époque se déroulant à Cambridge, m'a beaucoup plu. L'amour, l'amitié sont des sentiments que Judith vit avec tout l'excès de sa jeunesse, les mêlant souvent et les rencontrant sans toujours le comprendre jusqu'à ce que la réalité des choses lui revienne en pleine figure. Alors, enfin, elle ouvre les yeux. 
La façon dont Judith s'émancipe des Fyfe n'est pas forcément très bien construite. Elle obtient de nombreuses réponses à la toute fin avec une lettre arrivant de façon bien improbable, après une triple rencontre et un rendez-vous raté plutôt opportuns. J'ai toutefois trouvé la dernière page très belle et pleine d'espoir.

Un livre auquel je trouve de nombreuses qualités et que j'ai lu avec un certain intérêt. J'ai cependant été un peu déçue de rester aussi extérieure à l'histoire et de ne pas avoir le même coup de coeur que la plupart des blogueuses dont j'avais lu les avis.

L'avis de Romanza.

Libretto. 376 pages.
Traduit par Jean Talva.
1927 pour l'édition originale.