C_Ce-quil-advint-du-sauvage-blanc_960Au milieu du XIXe siècle, alors que les terres inexplorées se réduisent à peau de chagrin et que les sciences humaines se développent, le vicomte Octave de Vallombrun tente de partir à l'aventure et d'apporter une grande découverte à la Société de Géographie. Après une expédition décevante en Islande, il se rend en Australie où, par hasard, il va rencontrer un "sauvage blanc". Il s'agit en fait de Narcisse Pelletier, un marin disparu dix-huit années qui a été recueilli par des autochtones et a assimilé leur culture au point d'en oublier son ancien nom.
Octave, qui se prend d'affection pour cet être insaisissable et qui voit en lui la possibilité de développer une nouvelle science, passera des années à tenter de comprendre ce qui lui est arrivé.

Je n'ai jamais lu Robinson Crusoë et je n'ai jamais vraiment goûté au roman d'aventure, mais j'espère combler en partie cette lacune après avoir découvert le livre de François Garde. Je n'ai pas éprouvé un coup de coeur à sa lecture, mais c'est un récit très prenant et documenté difficile à lâcher.
La vie de Narcisse Pelletier nous est contée par deux narrateurs. Le premier est le principal intéressé, Narcisse Pelletier lui-même, dont on découvre les débuts sur les côtes australiennes. Abandonné par son capitaine, il est recueilli par une communauté régie par des règles qui lui échappent complètement. D'abord peu soucieux de s'intégrer, convaincu que son séjour sera de courte durée, il semble qu'il ait été obligé de se mêler à son nouveau peuple puisqu'il ne sera recueilli que près de vingt ans plus tard. De cette partie de l'histoire on ne saura presque rien, le second narrateur restant incapable de faire parler Narcisse au sujet de son passage forcé en Australie.
Octave de Vallombrun est un personnage très intéressant. Naïf, sincère et enthousiaste, c'est aussi un jeune homme ambitieux, qui voit en Narcisse Pelletier une sorte d'homme de la nature fruit d'une expérience involontaire inéite, qui va pouvoir le renseigner sur la vie de ses sauveurs ainsi que lui permettre d'étudier le mécanisme qui fait qu'on peut oublier jusqu'à son nom.

"Le voyage de retour de Narcisse vers notre monde n'aura lieu qu'une fois et dans un seul sens. J'en serai le scribe."

Malgré tout, le vicomte ne va pas tarder à être surpris par son élève, à douter, et enfin à être déçu. Les découvertes qu'il fait suggèrent des choses inconcevables à ses yeux (et que l'on ne peut rendre publiques). Certains comportements de Narcisse laissent penser que les "sauvages" sont plus civilisés face à certaines situations que les Europées, ce qui va totalement à l'encontre des défenseurs de la Colonisation qui se targuent d'apporter le Bien aux populations non chrétiennes.
Par ailleurs, l'accueil réservé au "sauvage blanc", ainsi que l'on surnomme Narcisse, est celui que l'on ferait à une bête de foire. Narcisse fascine, fait peur, suscite des réserves (qu'est-ce qui nous dit qu'il ne s'agit pas d'un simple menteur ?). Quant aux scientifiques de la Société de Géographie française, elle se montre finalement assez peu convaincue par les recherches d'Octave de Vallombrun sur cet ancien simple matelot, qui a peut-être perdu tous ses repères tout simplement parce qu'il n'était qu'un homme insignifiant et ignorant.
Enfin, Octave devra se résoudre à accepter son échec, et s'interrogera même sur le bien-fondé du retour de Narcisse Pelletier en France.

"Deux fois il a franchi ce passage impossible d'un monde à l'autre. Pour vivre avec les sauvages, il avait dû tout oublier de sa vie de matelot (qui saura jamais au prix de quels efforts !). Revenu parmi les Blances, et se refusant d'instinct à endurer à nouveau pareille ordalie, il s'était réfugié dans l'amnésie volontaire. Répondre lui était impossible, sauf à rabaisser le pont-levis de sa forteresse et laisser le matelot et le diablotin s'affronter en un combat mortel. Sa raison n'y eût pas survécu."

Bref, un livre avec un fond historique comme je les aime, des personnages qui soulèvent des questions passionnantes et un dépaysement total à certains moments. Une très jolie découverte.

Folio. 380 pages.
2012.

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