29 septembre 2013

A l'ouest rien de nouveau - Erich Maria Remarque

remarque-erich-maria-a-louest-rien-de-nouveauPaul Bäumer n'a pas vingt ans, mais il est déjà presque un vieux soldat dans les tranchées allemandes alors que la Première Guerre mondiale fait d'innombrables victimes. Aux côtés de ses camarades de moins en moins nombreux, il tente de défendre sa patrie et surtout de survivre à cette guerre dont il ne comprend pas les raisons.

En ouvrant ce livre qui m'attendait sagement depuis plusieurs années, j'ignorais que j'allais découvrir un aussi beau roman.
A l'ouest rien de nouveau est un livre très dur, et pourtant il est facile de s'y plonger et de suivre cette bande de gamins au milieu des tranchées.
Ils sont jeunes pour la plupart, y compris le narrateur donc. Et en Allemagne comme en France, cette jeunesse est sacrifiée sur l'autel d'on ne sait quoi. Faire la guerre à vingt ans, c'est courir à la mort, aux mutilations. C'est connaître une vie qui n'est faite que de cadavres et de violence, puisque contrairement aux soldats plus âgés, qui ont déjà une famille, les nouvelles recrues n'ont jamais connu autre chose. Ils n'ont même pas eu le temps d'apprendre, d'avoir les moyens de comprendre pourquoi ils détestent les Français. Comme des enfants, ils ont cru à la sagesse de l'âge adulte.

"Or, le premier mort que nous vîmes anéantit cette croyance. Nous dûmes reconnaître que notre âge était plus honnête que le leur. Ils ne l'emportaient sur nous que par la phrase et l'habileté. Le premier bombardement nous montra notre erreur et fit écrouler la conception des choses qu'ils nous avaient inculquées."

Malgré cela, ils obéissent. Ils ramassent et regardent mourir leurs amis, ils serrent dans leurs bras les recrues terrorisées. Ils se font aussi tirer dessus par les leurs, donner puis retirer de belles tenues neuves lorsque le Kaiser vient les passer en revue... Et comme nous sommes du côté allemand, nous les voyons peu à peu sombrer et perdre la guerre.
Quelques permissions leur sont accordées, mais elle n'ont pas le goût du bonheur. Il faut prétendre que tout va bien, qu'il ne faut pas s'inquiéter et croire ce que l'on raconte. Et puis, ces moments de repos ont toujours une fin, ce qui les rend amers.
Paul Bäumer est un narrateur intelligent, qui se permet de questionner ce qui lui arrive en compagnie de ses camarades. Il est de plus en plus conscient de ce qu'on lui a fait, et espère bien qu'un jour on lui rendra des comptes. C'est aussi un jeune homme bouleversant. Il décrit la peur, la violence ou l'espoir qui l'étreignent, recherchant sans cesse un peu d'humanité dans toutes les bassesses et l'horreur qui l'entourent.

Pour donner un peu d'air à son lecteur, et surtout ne pas sombrer lui-même dans la folie, le narrateur dédramatise malgré tout la guerre en nous livrant des situations cocasses. Il est ainsi questions de caisses servant aux soldats à faire leurs besoins. D'abord pudiques, ils se réunissent peu à peu dans ces moments-là pour échanger et oublier quelques instants qu'ils sont de la chair à canon. Un peu plus loin dans le récit, les Français bombardent un cimetière où les Allemands se sont retranchés. Nous avons donc droit à la description de cercueils volants et de cadavres tués une nouvelle fois. Bien que souvent en demi-teinte, ces remarques sont les seules traces d'insouciance qui demeurent chez ces jeunes soldats.

A la fin du livre, tout ce qui nous reste est une impression de gâchis absolu. Ce réquisitoire contre la guerre superbement écrit est un livre à mettre entre toutes les mains.

Le Livre de Poche. 219 pages.
Traduit par Alzir Hella et Olivier Bournac.
1929 pour l'édition française.

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22 septembre 2013

Bent Road - Lori Roy

liv-3694-bent-roadArthur Scott retourne au Kansas après vingt ans d'absence en compagnie de son épouse Celia et d'Elaine, Daniel et Evie, leurs trois enfants. Arthur avait fui la ferme de ses parents après que la mort de sa soeur Eve, disparue dans d'horribles circonstances. En revenant chez lui sur la très dangereuse Bent Road, il retrouve son autre soeur, Ruth, qui a épousé Ray, le fiancé d'Eve. Au même moment, un fou furieux s'échappe, et la petite Julianne Robison aux grands yeux bleus et aux cheveux blonds, comme Eve, disparaît.

Inutile de faire durer le suspens, Bent Road est une très belle découverte en cette rentrée littéraire, un livre aussi poignant qu'original.
Tous ses personnages sont touchants et très seuls dans le malheur qui semble les emprisonner un peu plus chaque jour. Nous suivons leurs pensées et leurs confidences, tour à tour. Celia, la mère, se heurte à un mari distant, un beau-frère dont elle n'apprécie pas le regard, une belle-mère désagréable, et surtout à un fantôme, celui d'Eve. Celle-ci lui ressemblait paraît-il, mais personne ne veut lui dire qui l'a assassinée et pourquoi. Les Scott s'acharnent à laisser le passé dans le passé et à refuser son incidence sur le présent.
Daniel a perdu tous ses amis en venant. Son père ne cesse de lui dire qu'il n'est pas un homme et de lui préférer Jonathon, le prétendant de sa soeur Elaine. Alors il apprend à tirer en cachette avec Ian, un être difforme et malade, le seul ami qu'il se soit fait. 
La petite Evie est très isolée également. A l'école, tout le monde lui reproche sa présence, comme si elle était responsable de la disparition de Julianne. Elle s'imagine donc que la tante Eve qui lui ressemble tant et dont elle porte le nom est à ses côtés. Elle porte ses robes en cachette, lui offre à déjeuner et garde précieusement une photo de sa tante disparue dans les bras d'un Ray fou de bonheur.
Enfin, Ruth est une femme adorable mais très malheureuse. Elle a épousé Ray, dont beaucoup pensent qu'il a assassiné sa soeur et qu'il est responsable de la disparition de Julianne, tout en sachant qu'il ne l'aimerait jamais. Devenu alcoolique, il est aussi violent avec elle. L'arrivée de son frère lui permet de voir que tout le monde ne la rejette pas.

"Arthur ne l'a pas regardée comme tous les autres. Il l'a regardée comme s'ils étaient de nouveau jeunes, avant que le malheur frappe. Avant qu'Eve meure. Il l'a regardée comme s'il l'aimait toujours."

Ce livre est décrit comme un roman policier, mais c'est beaucoup plus que ça. Il n'y a pas d'enquête à proprement parler, le rythme est beaucoup plus lent que celui d'un livre à suspens, et les réponses viennent en même temps que les secrets de famille se dévoilent. Bent Road est d'abord un roman d'ambiance, l'histoire d'une famille, d'une communauté. Il parle de drames familiaux, de culpabilité, d'enfants qui voudraient être grands, ou encore du poids du catholicisme. Ray est rejeté et soupçonné par tous d'être un malade, mais aux yeux des gens, et en particulier du Père Flannery, Ruth devrait rester sous sa coupe et serrer les dents. Jusqu'au bout, on ne saisit pas à quel point la malveillance des gens a pu briser des vies.
La fin, que je ne dévoilerais pas, a un côté généreux qui aurait pu être exaspérant mais qui m'a finalement beaucoup plu. Que se serait-il passé si les langues s'étaient déliées plus tôt ? Quelle aurait été la vie des gens alors ? Il n'est pas question d'excuser n'importe quoi, mais d'admettre que les choses ne sont pas aussi simples que le disent le Père Flannery ou même Arthur, et cela seule Celia, avec son regard extérieur, peut le faire.

L'avis de Ys.

Le Masque. 317 pages.
Traduit par Valérie Bourgeois.
2011 pour l'édition originale.

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19 septembre 2013

Bloganniversaire !

LunaOn dit que sept ans, c'est un sacré cap. Pour ma part, je n'ai jamais cru à toutes ces bêtises, mais je crois bien que c'est la première fois que je pense à fêter l'anniversaire de Lilly et ses livres en temps et en heure (avec l'âge vient la sagesse). 

Après plusieurs années à tourner au ralenti, j'ai repris un bon rythme par ici depuis quelques mois et j'en suis très heureuse. Je ne me force pour rien, je lis ce que je veux, j'ai des envies de billets, de challenges, d'échanges, et je crois que c'est tout ce dont on a besoin en tant que blogueur.

La blogosphère a bien changé, je me rappelle le temps où l'on connaissait presque tout le monde et où l'on ne se prenait pas au sérieux. Je me rappelle la petite Allie, la petite Lou, les (déjà grandes) Cuné, Clarabel et Cathulu, et à quel point elles ont fait exploser ma PAL dès mes premiers mois sur la blogo. Aujourd'hui, on découvre encore beaucoup de pépites, des blogs tenus par des gens passionnés et passionnants.
Mais j'ai beau me tenir globalement à l'écart, je n'ai jamais compris le besoin qu'ont certain(e)s d'exister à travers leur blog et de faire tout leur possible pour être dans le haut des classements (de blogs, rappelons le). Je n'en parle pas souvent, mais c'est l'une des dérives les plus lamentables de la blogosphère qui transforme parfois des événements qui ne devraient être que joie et bonne humeur en prétexte à la chasse aux liens et je le déplore d'autant plus que j'ai toujours considéré mon blog comme un loisir pas prise de tête. 

Hum... je crois que j'ai plombé l'ambiance. Ne me demandez jamais de porter un toast à votre mariage. Pour me faire pardonner, je vous offre de délicieuses chouquettes que Luna ne semble pas trouver à son goût, et du champomy pour célébrer les sept ans de mon blog.

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15 septembre 2013

La lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson

livre_l_572074Une fois n'est pas coutume, de nombreux livres me font de l'oeil en cette rentrée littéraire. Parmi eux se trouvait un roman islandais, une destination qui m'attire de plus en plus.

Bjarni vient de perdre sa femme. Lui-même sur le point de mourir, il entreprend d'écrire une dernière lettre à Helga, celle qu'il a aimée et perdue.

Bergsveinn Birgisson possède une jolie plume, empreinte à la fois de nostalgie et d'humour. Il offre aussi à son personnage un grand amour de la poésie, dans laquelle il puise pour exprimer ses sentiments aussi bien envers la femme qu'il aime qu'à l'égard du mode de vie pour lequel il a sacrifié son bonheur sentimental.
Tout le livre tourne en effet autour du choix que Bjarni a dû faire. Marié à Unnur, qu'il aimait, celle-ci devient physiquement incapable d'avoir des relations sexuelles suite à une opération ratée. Son amertume et sa jalousie empoisonnent dès lors son union avec Bjarni. Helga est elle-même mal mariée, ce qui conduit inévitablement à une relation adultère entre elle et son voisin.
Lorsque vient l'heure du choix, Bjarni refuse cependant de renoncer à sa ferme, à sa vie, et à la société islandaise en laquelle il croit. Nous sommes entre les années quarante et soixante, l'écart se creuse entre Reykjavik la moderne et les campagnes traditionnelles, et pour Bjarni il est inconcevable de quitter la terre de son père ou de cesser d'aller chercher des cadavres fumés dans les coins les plus isolés. Dans sa lettre écrite une fois que c'est trop tard, il tente de justifier son manque de courage et d'exprimer ses regrets.

Malheureusement, je ne pense pas garder un grand souvenir de ce livre. Je viens d'évoquer ses qualités, mais même quelqu'un comme moi qui ne connaît que très peu les auteurs scandinaves peut percevoir le manque d'originalité du roman de Bergsveinn Birgisson. L'humour noir, l'âme scandinave, les amours impossibles sont des thèmes récurrents chez les auteurs que j'ai pu lire, et bien qu'ils soient bien traités dans ce roman, on n'obtient pas grand chose de plus. Quelques passages sont magnifiques (j'ai notamment savouré le résumé de sa vie par Bjarni à la toute fin du livre, aussi triste que drôle), mais cela ne suffit pas à rendre cette lecture plaisante marquante.

Je n'ai donc pas été autant envoûtée par ce livre que je l'aurais voulu, et Jón Kalman Stefánsson peut facilement conserver son titre de romancier islandais de l'année entre ces pages, mais vous pouvez trouver des avis beaucoup plus enthousiastes que le mien chez Cathulu ou Jérôme.

Zulma. 131 pages.
Traduit par Catherine Eyjólfsson.
2010 pour l'édition originale.

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11 septembre 2013

Lettre à mon ravisseur - Lucy Christopher

lettre_a_mon_ravisseur-18a6b"Avant toi, j'adorais le chocolat, maintenant, l'odeur seule me soulève le coeur."

Gemma, une jeune lycéenne, est kidnappée à l'aéroport de Bangkok. Son ravisseur s'appelle Ty. Il est australien, et c'est au coeur du bush qu'il l'emmène, à l'écart de toute trace humaine. Gemma nous raconte son histoire à travers une lettre adressée à celui qui l'a enlevée.

Je n'aime pas les histoires glauques, mais ce livre a été encensé par la plupart de ses lecteurs, ce qui a attiré mon attention. En fin de compte, j'ai presque eu un coup de coeur pour ce roman.
La kidnapping est un sujet difficile, surtout en littérature jeunesse. Pourtant, Lucy Christopher le traite admirablement bien. Ty est obsédé par Gemma, son caractère est instable, mais il ne lui fait subir aucune violence sexuelle. D'abord terrorisée, l'adolescente parvient à établir des règles avec son ravisseur, tente de prendre le dessus, de s'enfuir, et de savoir qui est ce jeune homme qui l'a enlevée après l'avoir suivie durant des années. Tout comme elle, le lecteur finit par développer le Syndrôme de Stockholm. Ce que fait Ty est condamnable, et comme dans tout roman jeunesse, le méchant est puni à la fin, mais il apparaît surtout comme un gamin pitoyable, seul et désabusé. Des rêves plein la tête au début du livre, j'ai vraiment eu de la peine pour lui lorsque la réalité le rattrape (bien que ce soit inévitable).
En face de lui, on découvre une jeune fille pas forcément bien dans sa peau au début de l'histoire. Ses meilleurs amis sortent ensemble, ses parents ne lui montrent pas assez leur affection, et son camarade Josh a eu une attittude très déplacée à son encontre. Sa captivité, puis les moments qui suivent sa libération, lui permettent de mettre sa vie à plat, de s'affirmer et de grandir, donnant un côté roman d'apprentissage à ce livre. Dans sa conclusion, Gemma s'est transformée en jeune fille mature et généreuse, avec beaucoup de clairvoyance. J'ai bien conscience que c'est une vision très idéalisée du kidnapping, mais je pense que cela s'explique par le fait que ce l'enlèvement et la captivité de Gemma sont surtout des prétextes pour évoquer le passage à l'âge adulte.
Enfin, ce qui m'a le plus plu dans ce livre, c'est la découverte du bush australien. Difficile de résister à ces évocations de terre rouge, de plantes en forme de porc-épic, ou encore de chamelle affectueuse, même si ça grouille de serpents et de scorpions. Certains passages comme le tableau vivant du Bush sont absolument magnifiques, et font presque oublier le caractère dramatique de la situation.

"Il est difficile de haïr quelqu'un une fois qu'on l'a compris."

Au final, un livre traitant un sujet grave avec originalité et délicatesse.

Les avis de Stephie et Hérisson.

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01 septembre 2013

La plume empoisonnée - Agatha Christie

LaPlumeEmpoisonnee"Comment veux-tu que, dans un coin comme celui-ci, il vous arrive quelque chose de fâcheux ?"

Après ma relecture du délicieux Dix petits nègres, je n'ai pas eu envie de quitter Agatha Christie. Cette fois, j'ai choisi un titre que je ne connaissais pas et qui est très différent.

Suite à un accident d'avion, Jerry Burton est contraint de partir se reposer à la campagne. Il s'installe donc à Lymstock, un charmant village à l'écart de Londres en compagnie de sa soeur. Seulement, il n'y trouve pas le calme escompté. A peine installés, Jerry et Joanna reçoivent une lettre les accusant de ne pas être frère et soeur. Ils découvrent alors qu'ils ne sont pas les seules victimes du mystérieux corbeau.

Voilà un livre tout à fait charmant qui prend son temps pour installer l'intrigue. Dans La plume empoisonnée, l'auteur décortique la vie d'un village anglais où l'on transforme le moindre geste en ragot afin de tromper l'ennui. Les destinataires des lettres sont choquées, mais tout le monde se régale d'une telle intrigue, même lorsqu'une première victime, la très respectable épouse du notaire, est à déplorer.
Il y a également énormément d'humour dans ce livre. Joanna, la soeur du narrateur, est très sarcastique, Megan est impertinente, le narrateur lui même ne se prive pas de faire quelques traits d'humour, ce qui rend l'ambiance presque plaisante et les rappels en fin de chapitre que nous sommes en présence d'une affaire de crime, n'en sont que plus délicieux. Agatha Christie s'amuse en effet avec son lecteur en parsemant son récit d'indices alambiqués qui ne servent qu'à le faire trépigner davantage et rager devant son incapacité à résoudre l'énigme. 
Finalement, Miss Marple fait son entrée de façon assez saugrenue. Pour qui ne connaîtrait pas du tout la vieille dame, il est très difficile de voir en elle un détective hors pair. Elle est présentée comme une simple amie de la femme du pasteur de passage dans la petite ville où les crimes sont commis.
L'auteur est tellement tranquille qu'elle nous offre même des intrigues amoureuses. Celles-ci sont moyennement intéressantes, mais une intrigue de village sans histoires de coeur, c'est toujours étrange.

Au final, un roman qui est loin d'égaler Dix petits nègres, mais plein de charme et intéressant dans la mesure où il permet de montrer qu'Agatha Christie est capable de jouer sur différents registres de romans policiers.

L'avis de Cécile.

1942 pour l'édition originale.

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