30 juin 2013

Miss Mackenzie - Anthony Trollope

imagesSuite au décès de son frère, Margaret Mackenzie, une vieille fille de trente-cinq ans se retrouve à la tête d'une petite fortune et d'une jolie liste de soupirants.

Si vous cherchez une lecture victorienne plaisante, pleine de mordant et qui ne vous torturera pas trop les méninges, alors Miss Mackenzie est parfait pour vous. 
L'intrigue est très mince, et pourtant ce livre contient la plupart des ingrédients qui font qu'on aime les auteurs anglais, à commencer par la présence directe de ces derniers dans leurs livres. A l'instar d'une Jane Austen ou d'un Thackeray, Anthony Trollope s'amuse à commenter son récit, à critiquer ou à excuser ses personnages avec une délicieuse ironie.
La plus importante d'entre eux, Miss Mackenzie, est un personnage très bien croqué. Bien que vieille fille et réservée, elle n'a rien d'une gentille idiote que l'on pourrait manipuler à sa guise. Sa générosité lui joue des tours, mais elle est bien déterminée à se faire une place dans le monde. Une fois reçu son héritage, elle se rend donc à Littlebath, où il lui faut déterminer si sa position serait mieux assurée parmi les débauchés qui osent danser et jouer aux cartes ou dans le salon de la terrifiante Mrs Stumfold, l'épouse du pasteur. Miss Mackenzie se verrait bien mariée également, mais elle hésite entre le charmant Mr Rubb, associé de son frère, qui a malgré tout comme défaut d'être d'une honnêteté relative et surtout commerçant de profession, le révérend Maguire, un homme qui louche affreusement, et son cousin John Ball, futur baronnet ruiné, âgé, et à la tête d'une ribambelle d'enfants. Pour faire son choix, elle fait à nouveau preuve de clairvoyance, et refuse de se priver de romantisme en raison de son grand âge (trente-cinq ans, rappelons-le !). J'ai été agréablement surprise de lire un roman de cette époque et écrit par un homme doté d'un personnage féminin si fort.
L'entourage de notre héroïne n'est évidemment pas composé de saints personnages, ce qui donne lieu à des scènes délicieuses. J'avoue avoir connu quelques moments de léger ennui, tellement il est question d'argent durant cinq cents pages, mais je me suis régalée en lisant le compte-rendu des réunions stumfoldiennes à Littlebath, où l'on ne sait où donner de la tête tellement il y a de gens à claquer, ou encore en assistant au dîner ridicule donné par Mrs Tom Mackenzie avant qu'elle ne descende de ses grands-chevaux. Le bazar des orphelins de soldats nègres avec toutes ces pouffiasses victoriennes abandonnant toute fierté est aussi une merveille, tout comme les altercations entre Margaret et sa tante Lady Ball, dignes héritières d'Elizabeth Bennet et de Lady Catherine de Bourgh.

Je voulais découvrir Anthony Trollope depuis longtemps, et je ne suis pas du tout déçue par cette première rencontre !

Alors que le mois anglais se clôture, j'ai fait mes devoirs pour cette lecture commune avec Lou, Romanza et Virgule. Avec cette lecture, je réussis aussi mon challenge Myself, même si je ne serais pas contre une deuxième découverte de Trollope avant la fin de l'année.

Le Livre de Poche. 506 pages.
1865 pour l'édition originale.

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Challenge Myself

 


22 juin 2013

Limonov - Emmanuel Carrère

002129210"Soixante-dix ans d'efforts et de sacrifices nous ont menés là : dans la merde jusqu'au cou."

Oui, je sais, j'ai honte. On est à la fin du mois de juin, du mois anglais qu'on attendait depuis des lustres, et quand je daigne enfin publier un billet, c'est sur un livre complètement hors sujet. Pour ma défense, je pense pouvoir tenir mes engagements concernant Anthony Trollope.

Pour l'heure donc, je vais vous parler d'un livre un peu étrange, que je ne sais pas trop par quel bout prendre puisqu'il s'agit de la biographie d'un personnage dont j'ignorais l'existence avant de débuter ma lecture, un certain Edouard Limonov, homme politique, écrivain et surtout pauvre type.

Tout commence dans les années 1940. Edouard Limonov naît en URSS dans une famille plutôt pauvre. Son père est un soldat de second ordre, qui n'a jamais fait la guerre, à la grande honte de son fils lorsqu'il le découvre. Edouard passe son adolescence avec des amis dont l'existence est aussi vide que la sienne. Il s'échappe de sa condition en rencontrant Anna, une femme trop vieille pour lui, dépourvue de charme et atteinte de problèmes psychologiques, mais avec qui il se rend à Moscou, où il espère gravir les échelons en fréquentant des cercles d'écrivains. C'est un semi-échec, qui le pousse à s'exiler aux Etats-Unis, où il rencontre encore la misère, puis en France, où le succès est enfin au rendez-vous. Pendant ce temps, il n'aura jamais oublié la Russie, qui sombre avec la chute du communisme. 

Le livre d'Emmanuel Carrère est donc l'histoire d'un homme sur plus de soixante ans, mais aussi à travers les yeux de ce dernier, le récit d'une époque, celle de l'Union soviétique puis de la période post-communiste. Pour être honnête, je n'ai pas éprouvé un grand intérêt pour Limonov lui-même. Le récit de ses mésaventures et de ses conquêtes le font ressembler à l'un de ces anti-héros que l'on trouve dans nombre de romans américains, en beaucoup moins bien. Limonov n'est pas Martin Eden, et c'est donc lorsqu'il apparaît plutôt en toile de fond, comme un prétexte pour raconter l'histoire de l'Europe depuis les années 1980, que le livre devient vraiment captivant. Auparavant, on a malgré tout des passages intéressants sur l'URSS. On découvre ainsi la vie artistique sous le régime soviétique. Le talent n'est pas quelque chose que l'on vous accorde en fonction de vos oeuvres mais de votre statut. Si le pouvoir vous mène la vie dure, vous êtes un génie. Un cynique dirait certes qu'on n'a pas besoin d'aller en URSS pour trouver ce type d'exemple, mais Limonov croise nombre de types médiocres perçus comme de grands écrivains simplement parce qu'ils ont fait ceci ou cela (ou parce qu'ils ne l'ont pas fait). Cela le rend mauvais, d'autant plus qu'il est convaincu de valoir mieux qu'eux. Par la suite, devenu un écrivain reconnu (du moins d'après ce livre), Limonov ayant renoué avec sa patrie se lance dans la politique en créant un parti douteux, ce qui finit par lui valoir la prison. Entretemps, il sera aussi allé apporter son soutien aux Serbes pendant la guerre en ex-Yougoslavie.
Je suis trop jeune pour avoir suivi la chute du communisme en direct, et la Russie n'est pas un pays que j'ai eu l'occasion d'étudier en détail, donc j'ignorais nombre des événements décrits dans ce livre concernant la façon dont nous en sommes arrivés à la situation actuelle. Il est beaucoup question de Gorbatchev, de Elstine et de Poutine, et de la façon dont la Russie a découvert la démocratie (j'ai presque envie de mettre des guillemets). On découvre un pays qui se réveille avec la gueule de bois. L'inflation est galopante, les ressources sont immédiatement monopolisées par une bande d'oligarques qui comptent bien ne pas rejoindre leur compatriotes plongés dans la misère, l'espérance de vie régresse... Face à cela, la possibilité de pouvoir enfin l'ouvrir semble être un faible lot de consolation, et grande est la tentation de regretter l'époque où l'on ne payait pas le gaz. 

J'ai souvent du mal avec les livres qui mêlent des tas de choses, et notamment des faits et des interprétations personnelles, mais Limonov a une immense qualité, il fait réfléchir. En fait, Emmanuel Carrère nous y livre sa version de nombreux faits, de décisions prises par des personnages politiques, mais avec suffisamment d'éléments contradictoires pour nous donner envie d'aller fouiner ailleurs.

Merci à Lise pour le livre.

Folio. 488 pages.
2011.

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01 juin 2013

Harry Potter à l'Ecole des sorciers - J.K. Rowling

QUIZ_Harry-Potter-a-lecole-des-sorciers-facile_9576Pour commencer le Mois anglais par ici, j’ai décidé de me replonger dans Harry Potter, une série découverte avec une copine dans le CDI de mon collège. Elle avait détesté, moi je n’ai jamais pu en sortir. Harry Potter, c’est donc mon adolescence, plein d’échanges passionnés avec les copains et mon frère sur les livres, les films... C’est aussi la première fois que j’ai lu un livre en anglais, des livres de plusieurs centaines de pages lues et relues, des cris de rage (je suis toujours traumatisée par la fin du tome 5). Et puis surtout, Harry Potter c’est un monde qu’on a presque l’impression de connaître par coeur (je sais, je suis folle).
Le premier tome de Harry Potter était le seul que je n’avais jamais relu. Je craignais de le trouver trop léger, trop bébé... mais J.K. Rowling n’a pas eu un tel impact sur la littérature jeunesse pour rien.

Vernon et Petunia Dursley mènent une vie tranquille à Privet Drive avec leur bébé Dudley jusqu’au jour où des personnages étranges déposent devant leur porte le neveu orphelin de Petunia, Harry Potter. Le garçon est donc élevé pendant dix ans par une famille qui le méprise au point de le faire dormir dans un placard et de ne lui accorder que le strict nécessaire tandis que Dudley est un enfant pourri-gâté.
Le jour des onze ans de Harry cependant, une lettre arrive, lui annonçant son admission à Poudlard, une prestigieuse école de sorcellerie.

J’ai beau avoir dans la tête les images des films, connaître toute l’histoire presque par cœur, j’ai trouvé ce premier tome passionnant. Le point de vue adopté par J.K. Rowling pour nous conter le début de l’histoire est celui d’une personne normale, d’un « moldu ». Par conséquent, les premières apparitions de la magie ressemblent à des événements bizarres, les sorciers vêtus de capes et de chapeaux ont l’air de personnes excentriques, et le lecteur est aussi déconcerté qu’Harry lorsqu’il découvre qu’il est un sorcier.

« Je suis un quoi ? »

C'est alors un monde incroyable qui s'ouvre à Harry et au lecteur. Ensemble, ils découvrent le Chemin de Traverse, Gringotts, le quai 9 3/4, Poudlard, ses maisons, ses fantômes et ses couloirs interminables, le quidditch... C'est aussi parti pour de belles aventures, puisque Harry va devoir affronter pour la première fois Voldemort, le sorcier qui a semé la terreur pendant des années et qui a tué James et Lily Potter avant de disparaître en essayant de tuer leur fils.
Outre la magie, Harry Potter à l'Ecole des sorciers, c'est aussi la découverte par un petit garçon de ce qu'est l'amitié. C'est en effet là que le trio Ron, Hermione, Harry débute. Pour la première fois de sa vie, il a des gens qui se préoccupent de lui. Même les adultes, Hagrid, Dumbledore et McGonagall le prennent sous leur aile.
Lire ce livre tout en connaissant la fin de l’histoire est également très intéressant. Beaucoup de détails ont une importance bien plus grande lorsqu’on sait ce qu’ils cachent en réalité, et on ne peut que saluer la façon donc J.K. Rowling a semé des indices dès le début de sa saga. Ca m’a amusée de lire les réactions de certains personnages, certains dialogues (impossible d’être plus précise, je ne veux pas que des âmes innocentes en apprennent trop à cause de moi).

J'ai vraiment replongé avec plaisir dans cet univers, et je pense que je vais relire toute la série (même si je garde un souvenir moyen du tome 2). Si vous ne connaissez pas encore Harry Potter, c'est l'occasion de vous lancer avec le Mois anglais de Titine et Lou !

Folio Junior. 305 pages.
Traduit par Jean-François Ménard.
1997 pour l'édition originale.

 

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