18 novembre 2012

Un hiver en Russie avec Tolstoï

les_cosaques_109437_250_400Je l'ai déjà dit ici, la littérature russe me fait peur. Tolstoï, Dostoïevski, Gogol et compagnie sont des noms qui m'attirent autant qu'ils me font peur. Mais l'hiver arrive, et Titine et Cryssilda ont décidé de nous le faire passer en Russie, donc je me suis dit qu'il était temps de grandir un peu. Et comme je ne fais jamais les choses à moitié, j'ai même pris de l'avance sur la lecture de groupe prévue dans des mois. J'ai donc lu Les Cosaques de Léon Tolstoï, un texte largement autobiographique.

Olénine, un jeune noble endetté et las de mener une vie sans saveur, s'engage comme officier dans l'armée russe et part pour le Caucase. Là-bas, il est hébergé dans une famille cosaque. Il découvre la vie des populations vivant aux confins de la Russie, et aussi l'amour, en la personne de la belle Marion.

Bon, pour être honnête, je me suis beaucoup ennuyée en lisant ce livre. Ca n'avance pas, on a des tonnes de petits riens, des personnages difficiles d'accès et franchement gonflants (les états d'âme d'Olénine m'ont surtout fait bailler)...
Bref, cette rencontre avec le monstre de la littérature russe qu'est Tolstoï n'a pas été une franche réussite, au point de me faire repousser la lecture de Guerre et Paix (parce qu'on y croit tous quand je dis que j'allais m'y mettre, c'était prévu, etc).

Mais comme je suis d'une bizzarerie sans nom, j'ai quand même trouvé ce livre objectivement correct. En fait, je trouve qu'il permet une incursion détaillée dans la vie des Cosaques. Leurs coutumes, leurs habitudes, leurs manières sont très bien décrites. Olénine arrive sans trop savoir à quoi s'attendre, et il est transfiguré au contact de ces gens aux habitudes si simples et directes. Les rapports entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux ne sont pas guindés comme à la cour du tsar, ils sont naturels, ce qui fascine le jeune homme.
Avec ce roman, on a aussi un bon aperçu de la situation dans le Caucase au milieu du XIXe siècle. Les Tchétchènes sont remuants, et les Russes et les Cosaques sont présents pour les repousser, parfois entre deux parties de chasse ou beuveries. On est loin du tableau des guerriers en permanence sur le pied de guerre qu'on se représente lorsqu'on pense au front.
Tolstoï était également fasciné par les paysages du Caucase, et certaines de ses descriptions sont très belles et émouvantes. Juste un peu trop présentes.

En lisant mon commentaire, je me dis que c'est étrange de repprocher à ce livre de manquer d'action, alors que je viens d'adorer Retour à Brideshead, et que je vénère de nombreux livres dans lesquels il ne se passe rien. En fait, je crois que je n'ai pas assez senti le souffle de Tolstoï durant ma lecture. Je l'ai perçu quelques fois, notamment au tout début du livre, mais c'était trop bref.

Comme je ne veux pas finir sur une touche négative, je vais terminer mon billet en écrivant un extrait que j'ai trouvé magique, bien que très secondaire :hiver-russe1

"Jeannot ne répondit rien, seulement, en clignant des yeux, il accompagna son maître d'un regard dédaigneux et hocha la tête. Jeannot ne voyait en Olénine qu'un maître. Olénine ne voyait en Jeannot qu'un serviteur. Et tous deux eussent été fort étonnés si on leur avait dit qu'il étaient amis."

YueYin a heureusement un avis plus argumenté que le mien sur ce livre. En lisant son billet, je me dis que c'est sans doute le côté communion avec la nature et tout et tout qui m'a gonflée. Ca me rappelle La symphonie pastorale, qui avait le même défaut (je n'aurais jamais pu être hippie).

Les Cosaques. Léon Tolstoï
Folio. 304 pages.
Traduit par Pierre Pascal.
1863 pour l'édition originale.

Posté par lillounette à 16:47 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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Commentaires sur Un hiver en Russie avec Tolstoï

    il me tarde de mettre à la littérature russe que je connais mal : j'aime beaucoup les nouvelles fantastiques de ces auteurs... J'ai repéré la fille du capitaine de Pouchkine qui me tente bien ! Si je n'ai pas aimé Oblomov, j'ai adoré crimes et châtiment : l'as-tu lu ? Pour en revenir à Tolstoi, je ne connaissais pas les cosaques mais je vais plutôt me tourner vers A. Karenine dont le premier tiers m'avait complètement emballée...

    Posté par maggie, 18 novembre 2012 à 19:06 | | Répondre
  • Moi, j'ai quand même du mal avec les russes.

    Posté par Manu, 18 novembre 2012 à 19:58 | | Répondre
  • ah, les Russes!!! c'est pas toujours évident, avec eux... j'avais beaucoup aimé Hadji Mourat, qui était très intéressant d'un point de vue actu, puisque je l'avais lu alors que la guerre en tchétchénie faisait les unes des journaux. Il éclairait la situation sous un jour historique qui explique une partie de la situation actuelle dans cette région.

    Posté par choupynette, 18 novembre 2012 à 20:12 | | Répondre
  • Maggie : non, je n'ai pas lu "Crime et châtiment" (dans ma PAL). J'avais moyennement accroché à "La Fille du capitaine", mais "Oblomov" me tente beaucoup (dans ma PAL aussi).

    Manu : pour l'instant, je suis un peu comme toi, mais j'essaie de me soigner.

    Choupynette : "Hadji Mourat", ce sera pour quand j'aurais enfin lu "Guerre et Paix". Mais c'est vrai que c'est bien ces lectures qui permettent de comprendre la genèse de certains conflits qui nous semblent si étranges à nous qui sommes loin.

    Posté par lillounette, 18 novembre 2012 à 22:32 | | Répondre
  • je ne trouve pas que ce soit le meilleur Tolstoï, moi aussi (et pourtant je suis fan) ce texte m'ennuie un peu
    j'aime par contre énormément sa longue nouvelle : maitre et serviteur, là ils se passe quelque chose et tout le talent de Tolstoi éclate

    Posté par Dominique, 19 novembre 2012 à 09:10 | | Répondre
  • Lisez "La mort d'Ivan Illitch" ainsi - comme l'écrit Dominique - que "Maître et Serviteur". Deux nouvelles bouleversantes qui abordent la mort selon deux axes différents. Je les relis régulièrement et je ne m'en remets toujours pas.
    Bon courage pour "Guerre et Paix"...

    Posté par coriolan, 19 novembre 2012 à 15:56 | | Répondre
  • Moi aussi j'ai toujours une petite crainte quand ma main approche un ouvrage russe... et pourtant !
    J'en ai peu lu, dont 2 Tolstoï et 2 Dostoïevski et à mes yeux, le second est beaucoup plus accessible que le premier, dans son langage, dans sa description (néanmoins terrible) de l'âme humaine. Au pire, je me fais une petite fiche des noms (pour bien retenir les diminutifs et autres de chacun), mais ensuite, ça roule. J'aime Fedor. J'ai lu "Crime et châtiment" cette année, impossible de trouver les mots pour en parler, c'est une œuvre étrange en plus (dans son déroulement temporel... où tu vas avoir 300 pages qui se passent sur la même journée et ensuite, des années sont expédiées en quelques paragraphes) mais vraiment, vraiment accessible. Je l'aime, Fedor (mais je crois que je me répète).
    Quant à ce titre que tu as lu, j'ai l'impression que c'est juste du masochisme de ta part

    Posté par erzie, 19 novembre 2012 à 17:18 | | Répondre
  • Dominique et Coriolan : je connais déjà "Maître et serviteur", grâce à une BD dans "Je Bouquine".

    Erzie : ça me fait plaisir de te lire !
    Tu me donnes envie de plonger dans Dostoïevski, j'ai "Crime et châtiment" qui m'attend en plus.

    Posté par lillounette, 19 novembre 2012 à 18:36 | | Répondre
  • J'hésite à rejoindre Titine et Cryssilda dans ce challenge, je suis déjà plongée dans le challenge du Prix Campus, le prix Kiltissime et j'avais envie de lectures scandinaves et allemandes également. Mais me connaissant je vous suivrai quand même avec un ou deux billets et je vais me régaler en vous lisant

    Posté par Lou, 19 novembre 2012 à 23:23 | | Répondre
  • Je pense (mais je ne l'ai pas lu donc ....) que ce n'était pas le meilleur roman pour débuter Tolstoï .... Tu as été très courageuse de t'y atteler! J'en suis certaine que les 2000 pages de "Guerre et paix" passeraient beaucoup mieux (je ne l'ai pas lu non plus celui-là ... mais il reste, selon les dire, très accessible!) .... Ou les 1000 d'"Anna Karenine", que je te conseille fortement (celui-là je l'ai lu!)

    Posté par romanza, 20 novembre 2012 à 20:42 | | Répondre
  • Lou : c'est pas bien loin la Scandinavie et l'Allemagne si on regarde de très très loin

    Romanza : je ne m'affole pas outre mesure parce que je pense comme toi que les deux cent cinquante pages de ce livre sont plus difficiles que les 2000 de "Guerre et Paix", mais comme d'autres auteurs russes me tentaient aussi, je les ai fait passer devant.

    Posté par lillounette, 21 novembre 2012 à 13:16 | | Répondre
  • Je suis une grande voyageuse ;o)

    Posté par Lou, 22 novembre 2012 à 22:34 | | Répondre
  • Voilà un titre qui ne m'aurait pas attirée. Une histoire de guerre et d'amour...bof! mais il est vrai que Guerre et paix c'est aussi la guerre et l'amour...
    J'avais aimé Anna Karénine. Je pense lire encore Tolstoï mais plutôt des textes courts : Maître et serviteur c'est une bonne idée.

    Posté par dominique, 24 novembre 2012 à 17:24 | | Répondre
  • Voilà un titre qui ne m'aurait pas attirée. Une histoire de guerre et d'amour...bof! mais il est vrai que Guerre et paix c'est aussi la guerre et l'amour...
    J'avais aimé Anna Karénine. Je pense lire encore Tolstoï mais plutôt des textes courts : Maître et serviteur c'est une bonne idée.

    Posté par dominique, 24 novembre 2012 à 17:24 | | Répondre
  • Jeannot et son maître.

    Posté par la bacchante, 25 novembre 2012 à 07:06 | | Répondre
  • Comme tu t'en es rendue compte, tu es très en avance ! Je dois également lire "Les cosaques" pour fin janvier et en général j'aime bien le côté communion avec la nature ! Je devrais aimer !

    Posté par Titine, 26 novembre 2012 à 15:50 | | Répondre
  • Les histoires d'amour et de guerre ça attire tout le monde

    Posté par mo, 05 décembre 2012 à 12:53 | | Répondre
  • Dominique : "Anna Karénine" me tente, même si je n'irai pas voir le film (je n'aime pas Joe Wright).

    Titine : je te le souhaite !

    mo' : oui, mais c'est plus ou moins réussi

    Posté par lillounette, 08 décembre 2012 à 11:02 | | Répondre
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