26 août 2012

Shot in the heart

9782757823538"J'ai une histoire à raconter. C'est une histoire de meurtres : des meurtres de la chair et de l'esprit, des meurtres nés de la douleur, de la haine, du châtiment. C'est l'histoire de la genèse de ces meurtres, de la manière dont ils ont pris forme et déteint sur nos actes, dont ils ont transformé nos vie, dont ils ont imprégné le monde et l'histoire autour de nous."

Le 17 janvier 1977, Gary Gilmore est fusillé en Utah. Il est le premier détenu à être exécuté après le rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis, mais sa célébrité vient surtout du fait que c'est lui même qui a insisté pour que la sentence soit appliquée.
Dans cet Etat où les mormons sont très présents, il a commis deux meurtres de sang-froid après avoir passé plus de la moitié de sa vie en prison.

De cet événement, Norman Mailer tira Le Chant du bourreau, écrit à partir d'entretiens avec Gary et sa mère. Un autre membre de la famille préféra conserver sa voix, Mikal Gilmore, le petit frère de Gary, qui donne sa version des faits dans ce livre témoignage. Un long silence se lit comme un roman policier dont on connaît l'issue, puisque l'auteur part du jour où l'on a "déchiré le coeur de son frère" pour retracer l'histoire de sa famille à partir d'interviews, de rapports et de ses propres souvenirs.
Tout commence au XIXème siècle, lorsque les mormons arrivent en Utah. Ils fondent Salt Lake City sous la conduite de leur chef, Brigham Young. Nous en apprenons sur l'histoire de cette communauté et sur ses pratiques, qui expliquent pourquoi des décennies plus tard, Gary choisira le peloton d'exécution comme moyen de mise à mort. En effet, ainsi que nous l'explique l'auteur, les mormons considèrent que verser le sang d'un homme coupable est un moyen d'expiation pour ses actes. Or, par leur mère Bessie, les quatres fils Gilmore, Frank Jr, Gary, Gaylen et Mikal, sont mormons. Bessie est née et a grandit en Utah, entourée de ses parents et de nombreux frères et soeurs.
Un jour, elle fuit sa famille pour épouser un certain Frank Gilmore. Il est plus âgé qu'elle, et ce n'est que plus tard qu'elle apprend qu'il a déjà eu un certain nombre de femmes et d'enfants. Pourtant, cette fois, Frank reviendra toujours vers sa nouvelle famille. Il devient vite clair qu'il vit d'escroqueries, ce qui le force, avec sa femme puis leurs enfants, à fuir continuellement. C'est un homme très dur, alcoolique, cruel et violent. Frank Jr et Gary, les deux aînés, subissent particulièrement les coups de leur père. Mikal, le dernier de la famille et l'auteur de ce livre, ne naît que lorsque la famille est enfin sur le point de se poser. C'est déjà trop tard pour Gary, qui se lance dans l'enfer de la délinquance, et qui n'en sortira plus jusqu'à son exécution. 
Mikal Gilmore nous livre le récit de l'enfance de sa mère, du passé secret de son père, de l'éducation de ses frères. Il est clair qu'il cherche à saisir le moment, les raisons qui ont conduit son frère à être le symbole du rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis. Pour autant, j'ai trouvé l'auteur assez mesuré. Il a beau chercher des excuses à son frère Gary, il met en avant le fait que Frank Jr, qui a pourtant vécu la même enfance, n'est pas devenu un assassin pour autant.

Si je devais donner un titre à ce livre, ce serait celui-là : Expiation. Expiation pour les parents Gilmore d'abord, qui ont fait vivre leurs quatre garçons dans un univers de terreur, de violences, de non-dits.

"Frank Gilmore et Bessie Brown étaient deux être pitoyables et misérables. Je les aime, mais je dois dire ceci : c'est une tragédie qu'ils aient eu des enfants."

Expiation pour les deux frères décédés ensuite, Gaylen l'assassiné, et Gary l'assassin. Et enfin expiation pour les deux frères survivants, Frank Jr et Mikal, qui ont dû vivre en étant les frères de celui qui a rétablit la peine de mort aux Etats-Unis.
Certes, Gary Gilmore est le point central de cette histoire, mais il reste très insaississable, et sert aussi de prétexte à l'auteur pour se défaire de cette culpabilité qui le hante au point parfois de souhaiter ne jamais avoir existé.

"Ça n'ira jamais. Jamais. Ça n'ira jamais."

Un très beau livre.

Un Long silence. Shot in the heart (VO)
Points. 610 pages.
Traduit par Fabrice Pointeau.
1994 pour l'édition originale.

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14 août 2012

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - Stieg Larsson

9782330004996Attention, ce post va être plein de mauvaise foi !

Six ans après la bataille, je me suis enfin lancée dans cette série sur laquelle on a beaucoup beaucoup écrit. Je lis peu de romans policiers, et je suis honteusement frileuse dès qu'il s'agit de se plonger dans autre chose que de la littérature anglo-saxonne ou française, mais Daniel Craig ma curiosité a finalement été la plus forte.

Alors, pour les retardataires : Mikael Blomkvist, journaliste économique à la réputation jusque là irréprochable, vient d'être condamné pour diffamation dans l'affaire de détournement de fonds qui l'opposait au financier Hans-Erick Wennerström. Alors qu'il songe à son avenir et à celui de Millenium, le journal dont il est le coresponsable avec son amie-amante Erika, il est contacté par Henrick Vanger. Le riche industriel souhaite l'engager pour enquêter sur le meurtre de sa petite nièce, Harriet, qui a disparu en 1966.
Lisbeth Salender a vingt-quatre ans, des tatouages et des piercings, et travaille pour Milton Security en tant qu'enquêtrice. Son chemin va finir par rejoindre celui de Mikael Blomkvist.

Soyons honnêtes : j'ai avalé ce livre en trois jours, j'ai envie de lire la suite et j'ai déjà entamé un autre polar nordique. C'est donc que Millénium a un côté addictif et des qualités. J'ai apprécié la présentation détaillée de l'intrigue, qui permet de se plonger dans l'ambiance du livre, de découvrir les personnages, le contexte. Le fait que la rencontre et l'enquête ne démarrent que tardivement ne m'a pas du tout gênée. J'ai aussi très bien marché en suivant Mikael dans sa recherche de la vérité, et le génie de Lisbeth pour découvrir ce qui échappe aux autres. Pour finir, je trouve que c'était judicieux et original d'imbriquer deux histoires, l'affaire Wenneström et l'affaire Vanger.
Malgré tout, j'ai du mal à ne pas voir les défauts de ce livre. Tout d'abord, côté écriture, on est loin d'avoir affaire à un grand styliste. De plus, j'ai noté sur le début du livre des répétitions d'informations données un peu plus tôt, ce qui alourdit le livre. On va dire que l'auteur n'a pas eu le temps de se relire...
En ce qui concerne le fond, j'ai été gênée par le fin mot de l'histoire. Je ne vais pas le dévoiler, mais je m'attendais à quelque chose de très différent. Là, c'est tiré par les cheveux à l'extrême, et je trouve ça dommage lorsque la résolution du meurtre dévoile quelque chose qui n'a rien à voir avec ce qui est proposé dans le reste du livre. Je n'aurais strictement rien vu tellement je suis mauvaise enquêtrice, mais ça donne toujours plus de profondeur au livre lorsqu'à la relecture d'un roman policier notamment on peut voir les indices laissés par l'auteur avec un oeil nouveau. La seule très bonne surprise a été le moment où j'ai compris le titre, très bien trouvé (s'il s'agit de celui de l'édition originale).
J'ai aussi été un peu déçue par le côté caricatural des personnages. J'apprécie Mikael et Lisbeth, mais ils ont un côté très cliché, surtout Lisbeth, qui cumule vraiment tous les problèmes du monde. D'une façon générale, j'ai trouvé que Stieg Larsson voulait en faire un peu trop côté glauque, mais c'est tellement poussé que ça rend le résultat artificiel et peu crédible (comme la confrontation entre Lisbeth et son tuteur). Certaines scènes auraient dû provoquer un sacré malaise en moi, mais une fois passées, j'avais tourné la page pour de bon.

Mon billet semble plus sévère que je le voudrais. En fait, ce livre est un très bon divertissement, mais ce n'est pas un roman poignant qui marque durablement. Je suis prévenue pour la suite.

D'autres avis chez Manu, Fashion et Karine.

Babel. 705 pages.
Traduit par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain.
2005 pour l'édition originale.

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