750997_2878652Un an après La Curée, qui m'avait enchantée, je reprends ma découverte des Rougon-Macquart avec Le Ventre de Paris. Et une nouvelle fois, je bénis ceux qui m'ont permis de redécouvrir Zola, qui s'est imposé comme l'un de mes auteurs préférés, chose qui m'aurait bien fait rire il y a quelques années.

Ce volume se déroule à Paris, aux Halles, où l'on prépare la nourriture, où on la vend, et où les rancoeurs sont dures. Florent revient du bagne. Condamné à l'exil en Guyane en 1851, il a réussi à s'enfuir et à regagner la France au bout de quelques années. A Paris, il retrouve son frère Quenu qui l'accueille chez lui avec sa femme Lisa, la soeur d'une certaine Gervaise. Pour éviter qu'il ne soit repris par la police, Florent se fait passer pour un parent de Lisa.
Cependant, c'est sans compter sur les commères des Halles et les rivalités entre les femmes, particulièrement la belle Lisa et la belle Normande.

Bien que je place ce livre un cran au-dessous de La Curée, j'ai passé un merveilleux moment en sa compagnie. On plonge dans les Halles de Paris, on sent, on voit la nourriture, on entend le bruit, l'agitation des tous ces commerçants, et une fois de plus on découvre un Paris en ébullition.

"Je bats, je bats, je bats, n'est-ce pas ? continua le garçon, en faisant aller sa main dans le vide, comme s'il fouettait une crème. Eh bien, quand je retire ma main et que je la regarde, il faut qu'elle soit comme graissée par le sang, de façon à ce que le gant rouge soit bien du même rouge partout... Alors, on peut dire sans se tromper : 'Le boudin sera bon'."

La modernité s'installe, la politique n'est jamais loin, et la reconstitution de Zola captivante. Florent a été exilé pour des raisons politiques, il revient dans une France toujours gouvernée par l'empereur qu'il déteste. Ce qu'il néglige, c'est le fait que les Halles, qui semblent coupées du monde, où l'on oublie les menaces extérieures, sont avant tout un lieu où les mégères s'épanouissent, et où l'on n'hésite pas à broyer les gens pour le plaisir d'avoir de quoi discuter. Malgré lui, Florent est pris dans la querelle qui oppose sa belle-soeur à une poissonnière, et ses rêves de changer le monde dans ce contexte sont une condamnation à mort.
A nouveau, le portrait des "honnêtes gens" est cinglant. Le passage où Lisa va voir la police afin de dénoncer son beau-frère, et qu'elle découvre les lettres de dénonciation de la plupart des personnages du livre est particulièrement parlant. Elle-même est un personnage ambigü. Ses protestations d'honnêteté sont rapidement contredites, quand elle comprend que ses intérêts sont menacés. Difficile de lutter contre l'hérédité...

Comme d'habitude avec Zola, j'ai terminé ma lecture furieuse contre les personnages (pourtant, Florent n'est pas franchement attachant), mais enchantée par la peinture proposée par l'auteur.
La prochaine fois, on se retrouve à Plassans !

D'autres avis chez Cuné, Kalistina, Stéphie, Cléanthe.

Folio. 470 pages.