15 août 2011

La Pelouse de Camomille - Mary Wesley

9782290016626FSCinq cousins, Calypso, Polly, Walter, Oliver et la petite Sophy, se retrouvent chaque été en Cornouailles, chez leur oncle Richard, amputé d'une jambe pendant la Grande Guerre, et leur tante Helena. La maison est bordée par une pelouse de camomille, et par des falaises, sur lesquelles les jeunes gens ont tracé le Parcours de l'épouvante, jeu auquel Sophy peut enfin participer cette année. Nous sommes en 1939,et c'est le dernier été de presque insouciance. Les jumeaux du pasteur, Paul et David, viennent s'ajouter à la joyeuse bande. Oliver, fraîchement rentré de la Guerre civile espagnol, est adulé par Sophy, mais n'a d'yeux que pour la belle Calypso, qui ne rêve quant à elle que d'épouser un homme riche. De leur côté, Richard et Helena, qui forment un couple morne, font la rencontre de deux réfugiés, Max et Monika Erstweiler, dont le fils Pauli est en camp de concentration.

Ce petit livre écrit par une dame venue à l'écriture à l'âge de soixante-dix ans est un véritable bonbon anglais, plein d'humour, d'impertinence, avec malgré tout un arrière-goût amer.
On se plonge avec délice dans les récits d'enfance de ces cousins, qui arrivent à l'âge adulte la tête pleine d'idées. Les garçons s'engagent dans l'armée le coeur vaillant, les filles restent à Londres pour travailler et, étrange consolation, mènent une vie qu'elles n'auraient jamais eu sans la guerre. A leur manière, Richard et Helena sortent aussi de leur coquille à partir de cet été 1939. C'est avant tout une histoire de femmes, puisque nous restons à l'arrière, et que les hommes sont essentiellement analysés dans leurs rapports avec les personnages de l'autre sexe et montrés sous un jour plutôt défavorable et peu nuancé, mais j'ai eu du mal à ne pas m'attacher aux plus jeunes personnages masculins.
La nostalgie embrume tout le récit, car il s'agit en fait de souvenirs, rapportés par plusieurs protagonistes quarante ans plus tard, à l'occasion d'un enterrement. Les fils de l'histoire sont ainsi peu à peu démêlés, dévoilant des choses que l'on n'aurait pas forcément soupçonnées (et l'on n'est vraiment pas épargnés parfois...).
On grince un peu des dents, parce que les personnages sont souvent égoïstes. Mais, ils mettent suffisamment d'honnêteté dans leurs actions pour qu'on les aime. Même Calypso, qui finit par tomber les masques, et même Helena, souvent détestable, qui apparaît bien plus avisée en vieille dame. Elle qui semblait ne se préoccuper que de sa personne et de ses nouvelles découvertes n'avait finalement pas les yeux dans sa poche pendant la guerre. Et puis, Polly, les jumeaux, Sophy... difficile de ne pas s'inquiéter pour eux, et de vivre leurs drames.1718394131

J'ai passé un excellent moment avec ce livre, lecture idéale en plein mois d'août. Une adaptation du roman existe sous la forme d'une mini-série. Le casting (Jenifer Ehle et Toby Stephens, entre autres) est très prometteur.

"Prenez garde à vos rêves, car ils risquent de se réaliser."

D'autres avis chez Theoma, Karine, Fashion, Lily.

Nouvelle participation au challenge nécrophile, puisque Mary Wesley est morte en 2002.

J'ai lu. 382 pages.
Traduit par Samuel Sfez. 1984.


06 août 2011

Le Monde selon Garp - John Irving

9782020363761-monde-selon-garp-leJohn Irving a toujours été cité dans mon entourage comme étant un monstre de la littérature américaine contemporaine. Les blogs aussi sont très enthousiastes, et Ofelia (qui a parfois bon goût) le compte parmi ses grands chouchous. D'où mon plongeon un demi-siècle plus tard dans l'un des romans les plus connus de l'auteur.

S.T. Garp naît d'une étreinte entre Jenny Fields, infirmière résolument indépendante et célibataire, et le sergent Garp, un petit homme agonisant, au point qu'il ne réalise pas ce qui se passe. De cet homme dont Jenny a presque abusé, Garp ne gardera que le nom. Il est élevé à Steering School, où sa mère a été engagée en tant qu'infirmière. Là-bas, il effectue toute sa scolarité, apprend la lutte, et rencontre Helen, qui sera plus tard la femme de sa vie.
Quand Garp atteint dix-huit ans, Jenny et lui quittent Steering, et décident de se rendre à Vienne pour écrire. Durant les quelques mois qu'ils y passent, Garp se lie avec des prostituées, et écrit sa première nouvelle. Jenny sera plus productive, et avec les plus de mille pages de Sexuellement suspecte, son autobiographie, elle devient une icône du féminisme. Rentré aux Etats-Unis, Garp essaiera de concilier ses ambitions d'écrivain, sa vie d'homme, et l'influence que la lutte des femmes exerce sur lui.

Je pense que je garderai une bonne impression de ce livre, mais je ne peux m'empêcher d'être tout de même en partie déçue, car j'attendais bien plus de ce livre.
Garp et moi, on a déjà mal commencé. J'ai eu besoin de plus de cent cinquante pages pour me sentir intéressée par ce que je lisais. C'est sans doute en partie volontaire. John Irving nous livre un récit très déconcertant, dans lequel il faut trouver ses marques. Mais contrairement à d'autres livres étranges, je n'ai pas eu envie de jouer avec l'auteur, et c'est de l'ennui profond que je ressentais jusqu'à ce que le tableau s'éclaircisse.
Une fois le roman lancé, je n'ai plus eu aucune difficulté pour avaler le reste du livre, apprécier l'humour de John Irving et surtout son imagination débordante. Les personnages de John Irving m'ont fait penser à ceux de Dickens, dans le sens où on a l'impression qu'ils ne sont pas humains, qu'ils ont des proportions étranges, des spécificités physiques inhabituelles. J'ai bien aimé aussi la place du féminisme dans ce livre, dans toute sa nécessité comme dans ses excès. Les rapports entre hommes et femmes sont violents, brouillés, la sexualité à la fois omniprésente et absente. L'écriture enfin est le sujet du livre, avec un personnage écrivain, des récits dans le récit, des questionnements sur les rapports entre fiction et réalité.
Mais, parce qu'il y a un mais, j'ai de gros regrets.
Là où le roman pêche, c'est en ne parvenant pas à allier cette loufoquerie avec de la profondeur. Je n'ai jamais eu le sentiment d'être impliquée dans cette histoire. Je n'ai ni ri, ni ragé, ni pleuré avec les personnages. Garp est complètement terrifié à l'idée qu'il arrive quelque chose à ses enfants, il a des faiblesses, mais je me suis sentie très extérieure à tout ce qui lui arrivait. Même les drames (et malgré les apparences, Le Monde selon Garp en contient suffisamment) ne m'ont pas retournée. Ils sont décrits de manière cocasse, alors on les oublie. Il y a bien quelques passages qui ont une résonnance particulière, mais ils sont trop rares à mon goût. Les dernières lignes notamment, avec le fameux "nous sommes tous des incurables", sont brillantes, mais elles m'ont paru collées artificiellement.

Au final, un sorte de conte étrange et sympathique, mais dont je n'ai jamais trouvé la clé.

"Et le pape, qui a fait voeu de chasteté, tranche pour des millions d'êtres le problème de la contraception. Le monde est fou."

D'autres avis chez Kalistina, Praline et Choupynette.

Points. 648 pages.

Traduit par Maurice Rambaud.

Posté par lillounette à 13:47 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
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