9782020363761-monde-selon-garp-leJohn Irving a toujours été cité dans mon entourage comme étant un monstre de la littérature américaine contemporaine. Les blogs aussi sont très enthousiastes, et Ofelia (qui a parfois bon goût) le compte parmi ses grands chouchous. D'où mon plongeon un demi-siècle plus tard dans l'un des romans les plus connus de l'auteur.

S.T. Garp naît d'une étreinte entre Jenny Fields, infirmière résolument indépendante et célibataire, et le sergent Garp, un petit homme agonisant, au point qu'il ne réalise pas ce qui se passe. De cet homme dont Jenny a presque abusé, Garp ne gardera que le nom. Il est élevé à Steering School, où sa mère a été engagée en tant qu'infirmière. Là-bas, il effectue toute sa scolarité, apprend la lutte, et rencontre Helen, qui sera plus tard la femme de sa vie.
Quand Garp atteint dix-huit ans, Jenny et lui quittent Steering, et décident de se rendre à Vienne pour écrire. Durant les quelques mois qu'ils y passent, Garp se lie avec des prostituées, et écrit sa première nouvelle. Jenny sera plus productive, et avec les plus de mille pages de Sexuellement suspecte, son autobiographie, elle devient une icône du féminisme. Rentré aux Etats-Unis, Garp essaiera de concilier ses ambitions d'écrivain, sa vie d'homme, et l'influence que la lutte des femmes exerce sur lui.

Je pense que je garderai une bonne impression de ce livre, mais je ne peux m'empêcher d'être tout de même en partie déçue, car j'attendais bien plus de ce livre.
Garp et moi, on a déjà mal commencé. J'ai eu besoin de plus de cent cinquante pages pour me sentir intéressée par ce que je lisais. C'est sans doute en partie volontaire. John Irving nous livre un récit très déconcertant, dans lequel il faut trouver ses marques. Mais contrairement à d'autres livres étranges, je n'ai pas eu envie de jouer avec l'auteur, et c'est de l'ennui profond que je ressentais jusqu'à ce que le tableau s'éclaircisse.
Une fois le roman lancé, je n'ai plus eu aucune difficulté pour avaler le reste du livre, apprécier l'humour de John Irving et surtout son imagination débordante. Les personnages de John Irving m'ont fait penser à ceux de Dickens, dans le sens où on a l'impression qu'ils ne sont pas humains, qu'ils ont des proportions étranges, des spécificités physiques inhabituelles. J'ai bien aimé aussi la place du féminisme dans ce livre, dans toute sa nécessité comme dans ses excès. Les rapports entre hommes et femmes sont violents, brouillés, la sexualité à la fois omniprésente et absente. L'écriture enfin est le sujet du livre, avec un personnage écrivain, des récits dans le récit, des questionnements sur les rapports entre fiction et réalité.
Mais, parce qu'il y a un mais, j'ai de gros regrets.
Là où le roman pêche, c'est en ne parvenant pas à allier cette loufoquerie avec de la profondeur. Je n'ai jamais eu le sentiment d'être impliquée dans cette histoire. Je n'ai ni ri, ni ragé, ni pleuré avec les personnages. Garp est complètement terrifié à l'idée qu'il arrive quelque chose à ses enfants, il a des faiblesses, mais je me suis sentie très extérieure à tout ce qui lui arrivait. Même les drames (et malgré les apparences, Le Monde selon Garp en contient suffisamment) ne m'ont pas retournée. Ils sont décrits de manière cocasse, alors on les oublie. Il y a bien quelques passages qui ont une résonnance particulière, mais ils sont trop rares à mon goût. Les dernières lignes notamment, avec le fameux "nous sommes tous des incurables", sont brillantes, mais elles m'ont paru collées artificiellement.

Au final, un sorte de conte étrange et sympathique, mais dont je n'ai jamais trouvé la clé.

"Et le pape, qui a fait voeu de chasteté, tranche pour des millions d'êtres le problème de la contraception. Le monde est fou."

D'autres avis chez Kalistina, Praline et Choupynette.

Points. 648 pages.

Traduit par Maurice Rambaud.