Le Monde selon Garp - John Irving
John Irving a toujours été cité dans mon entourage comme étant un monstre de la littérature américaine contemporaine. Les blogs aussi sont très enthousiastes, et Ofelia (qui a parfois bon goût) le compte parmi ses grands chouchous. D'où mon plongeon un demi-siècle plus tard dans l'un des romans les plus connus de l'auteur.
S.T. Garp naît d'une étreinte entre Jenny Fields, infirmière résolument indépendante et célibataire, et le sergent Garp, un petit homme agonisant, au point qu'il ne réalise pas ce qui se passe. De cet homme dont Jenny a presque abusé, Garp ne gardera que le nom. Il est élevé à Steering School, où sa mère a été engagée en tant qu'infirmière. Là-bas, il effectue toute sa scolarité, apprend la lutte, et rencontre Helen, qui sera plus tard la femme de sa vie.
Quand Garp atteint dix-huit ans, Jenny et lui quittent Steering, et décident de se rendre à Vienne pour écrire. Durant les quelques mois qu'ils y passent, Garp se lie avec des prostituées, et écrit sa première nouvelle. Jenny sera plus productive, et avec les plus de mille pages de Sexuellement suspecte, son autobiographie, elle devient une icône du féminisme. Rentré aux Etats-Unis, Garp essaiera de concilier ses ambitions d'écrivain, sa vie d'homme, et l'influence que la lutte des femmes exerce sur lui.
Je pense que je garderai une bonne impression de ce livre, mais je ne peux m'empêcher d'être tout de même en partie déçue, car j'attendais bien plus de ce livre.
Garp et moi, on a déjà mal commencé. J'ai eu besoin de plus de cent cinquante pages pour me sentir intéressée par ce que je lisais. C'est sans doute en partie volontaire. John Irving nous livre un récit très déconcertant, dans lequel il faut trouver ses marques. Mais contrairement à d'autres livres étranges, je n'ai pas eu envie de jouer avec l'auteur, et c'est de l'ennui profond que je ressentais jusqu'à ce que le tableau s'éclaircisse.
Une fois le roman lancé, je n'ai plus eu aucune difficulté pour avaler le reste du livre, apprécier l'humour de John Irving et surtout son imagination débordante. Les personnages de John Irving m'ont fait penser à ceux de Dickens, dans le sens où on a l'impression qu'ils ne sont pas humains, qu'ils ont des proportions étranges, des spécificités physiques inhabituelles. J'ai bien aimé aussi la place du féminisme dans ce livre, dans toute sa nécessité comme dans ses excès. Les rapports entre hommes et femmes sont violents, brouillés, la sexualité à la fois omniprésente et absente. L'écriture enfin est le sujet du livre, avec un personnage écrivain, des récits dans le récit, des questionnements sur les rapports entre fiction et réalité.
Mais, parce qu'il y a un mais, j'ai de gros regrets.
Là où le roman pêche, c'est en ne parvenant pas à allier cette loufoquerie avec de la profondeur. Je n'ai jamais eu le sentiment d'être impliquée dans cette histoire. Je n'ai ni ri, ni ragé, ni pleuré avec les personnages. Garp est complètement terrifié à l'idée qu'il arrive quelque chose à ses enfants, il a des faiblesses, mais je me suis sentie très extérieure à tout ce qui lui arrivait. Même les drames (et malgré les apparences, Le Monde selon Garp en contient suffisamment) ne m'ont pas retournée. Ils sont décrits de manière cocasse, alors on les oublie. Il y a bien quelques passages qui ont une résonnance particulière, mais ils sont trop rares à mon goût. Les dernières lignes notamment, avec le fameux "nous sommes tous des incurables", sont brillantes, mais elles m'ont paru collées artificiellement.
Au final, un sorte de conte étrange et sympathique, mais dont je n'ai jamais trouvé la clé.
"Et le pape, qui a fait voeu de chasteté, tranche pour des millions d'êtres le problème de la contraception. Le monde est fou."
D'autres avis chez Kalistina, Praline et Choupynette.
Points. 648 pages.
Traduit par Maurice Rambaud.
Commentaires sur Le Monde selon Garp - John Irving
- Selon moi,Garp n'est pas le meilleur livre de J. Irving contrairement à ce qui est généralement répandu. Bon sang! Il y en a des pages en trop, en particulier les cinquante dernières pages. Il y a même de très mauvais romans de J. Irving, je pense entre autres au dernier dont même le titre m'a échappé et où il est question d'une twisted river... et dans lequel l'auteur règle ses comptes littéraires. En revanche, je citerai en tête : "L'oeuvre de Dieu et la part du diable" qui devrait faire partie des fondamentaux eu égard à toutes les questions qu'il pose. Je citerai aussi "L'épopée du buveur d'eau" et "Un enfant de la balle". Irving est souvent capable de génie mais, hanté par ses obsessions, il peut donner des romans très ennuyeux,....
- Je l'ai lu la semaine passée, sans réussir à le terminer. Je n'ai pas non plus réussi à m'intéresser aux personnages. J'ai l'impression d'une suite d'anecdotes bien contées, mais sans réelle portée.
Le roman contient un fort potentiel de dérision. Mais pour cette même raison,je ne parviens pas à accrocher...
Moi aussi,j'en avais entendu dire tellement de bien...! Et au final ce n'est pas pour moi... - J'ai lu ce livre il y a... misère, plus de vingt ans, et bien sûr je ne pourrais pas en raconter l'histoire. Par contre, la scène d'ouverture dans la voiture est irrémédiablement restée en moi, j'ai dû pousser un cri ou quelque chose, tout en rigolant, car oui, ce livre m'a fait rire, de même que les autres romans d'Irving que j'ai lus.
- Tout pareil qu'Ys : je l'ai lu il y a 20 ans et je suis tombée en amour pour John Irving dont j'ai tout lu, même si les derniers sont moins bons... Chaque été je me promets de relire Le monde selon Garp mais je ne tiens jamais ma promesse, je crois que j'ai peur d'être déçue par rapport à mon souvenir.
- Maggie : c'était quel livre ?
Sidonie : si une fan d'Irving me donne l'absolution, je me sens rassurée
Manu : oh non, ne sois pas triste ! En plus, je ne tourne pas définitivement la page. Le titre que tu me cites est en effet beaucoup cité, avec "Une prière pour Owen", comme étant son meilleur. Mais j'attendrais un peu.
Dominique : tu résumes assez mon avis, même si j'ai davantage accroché que toi.
Petite Fleur : si tu commences à dire du mal de "L'oeuvre de Dieu...", je ne vais jamais oser l'ouvrir.
Ys : la scène de la voiture n'est pas du tout au début du livre, mais je comprends que tu t'en souviennes encore...
Et c'est vrai que l'humour est assez présent dans ce livre.
Papillon : c'est un risque...
Bene : je comprends que ça ait pu devenir un livre culte. Il est très marqué par une certaine époque. - J'ai tenté deux fois d'entrer dans le monde d'Irving mais l'ennui, et parfois même l'agacement, l'ont emporté sur ma bonne volonté. Alors que chez William Boyd l'humour croise le drame sans désarticuler le récit, chez Irving ce mélange ne passe pas. (mais chez Irving, il faudrait plutôt parler de loufoquerie que d'humour ou de dérision). On ne croit pas un seul instant en la réalité des personnages ni en celle de leur destinée. Tout cela manque de corps, d'âme et de vérité humaine.
Evidemment après lu les géants que sont - par exemple - William Styron ("La proie des flammes" etc...)ou Robert Penn Warren ("Un endroit où aller")il est bien difficile de côtoyer des auteurs d'une stature (bien) plus modeste.
Cela dit, j'aime beaucoup votre site, Lilly. Je le trouve intéressant, franc, curieux, drôle et - comment dire - rafraîchissant. En plus, votre façon de faire le grand écart entre Brett Easton Ellis et Barbara Cartland n'a pas fini de me surprendre.
Bonne continuation. - Coriolan : j'ai tenté de lire Boyd il y a quelques années, et je n'ai même pas pu finir le livre... Du coup, je suis irrécupérable des deux côtés !
En revanche, Robert Penn Warren m'attire énormément. Je viens d'acquérir un de ses livres, j'espère en parler prochainement ici.
Pour la diversité de mes lectures, je suis une lectrice en construction, et à vrai dire j'aimerais être un peu plus curieuse.
Maggie : je n'ai pas compris ton PS^^ - J'adore cet auteur et particulièrement "une prière pour Owen" et "l'oeuvre de Dieu, la part du Diable"! c'est vrai que "le monde selon Garp" est un peu spécial; je pense qu'il ne se renouvelle pas vraiment dans ses derniers livres notemment le dernier qui n'a pas bonne critique et que je n'ai pas encore lu
- Lilly : essayez "Les Nouvelles Confessions" de Boyd. Si vous vous obstinez durant les cent premières pages, je vois mal comment vous pourriez résister à l'attrait de cette passionnante histoire qui embrasse toute la destinée d'un être sans jamais négliger l'écrin historique dans lequel elle s'inscrit.
Quant à Penn Warren, là on pénètre dans les hautes sphères de la littérature. Puissance de l'écriture et puissance de l' histoire, le tout traversé par un souffle poétique assez rare. Lisez "Les fous du roi" si vous le pouvez (car ce chef d'oeuvre n'a malheureusement pas été réédité et certains libraires ignorent jusqu'à l'existence de cet écrivain majeur).
Puis il y a Styron, dont je ne me lasserai jamais, auteur de romans époustouflants comme "La proie des flammes", "Un lit de ténèbres", "Les confessions de Nat Turner" et bien sûr "Le choix de Sophie".
Bon, je vais m'arrêter là !
Désolée d'avoir été un peu longue...
Bonne lecture ! - Caillebotte : j'ai pu voir que beaucoup de gens sont déçus par ses derniers romans, même ceux qui l'adorent. Si je relis Irving, j'éviterais ces titres.
Lepetitmouton : je serais curieuse de lire ton avis
Coriolan : je ne connaissais même pas le nom de Penn Warren jusqu'à très récemment. Je pense qu'il y a de toute façon trop d'écrivains majeurs pour tous les connaître. Même quand on est libraire.
A part ça, je note les conseils !
Karine : j'ai vu que tu étais dingue d'Irving. Désolée de te décevoir...
















