Viol, une histoire d'amour - Joyce Carol Oates
Le soir du 4 juillet 1996, Tina Maguire et sa fille Bethie traversent le parc pour rentrer chez elles, quand elles sont agressées par un groupe de jeunes voisins. Traînée avec sa mère sous le hangar à bateaux, Bethie parvient à s'enfuir et à se cacher. Elle entend alors, impuissante, sa mère se faire violer et battre par leurs agresseurs. Tina est finalement laissée pour morte, mais survit après quelques jours de coma. Bethie parvenant à identifier la plupart des jeunes coupables, leur condamnation pourrait être facile.
Sauf que Tina était habillée de manière provocante, et elle est bien fichue. En plus, elle fréquente un homme toujours marié. On se met alors à murmurer qu'elle l'a bien mérité.
Je viens à peine de découvrir Joyce Carol Oates, mais je crois que je suis accro.
Encore une fois, ce qui m'a frappée, c'est l'efficacité de l'écriture de cet auteur. Avec un simple mot, après, répété encore et encore, Joyce Carol Oates parvient à exprimer le point de rupture que constitue le viol de Tina dans la vie des filles Maguire.
"Dès que ta mère et toi avez été traînées dans le hangar de Rocky Point, tu as commencé à exister dans l'après. Jamais plus tu ne pourrais exister dans l'avant."
Le narrateur est extérieur mais brutal. Il explique à Bethie que plus rien ne sera jamais comme avant, il exprime les sentiments des personnages, il poursuit tous les acteurs de l'histoire. Les chapitres sont courts, les phrases sont brèves, percutantes, sans aucun enrobage.
Ca permet de créer un malaise grandissant chez le lecteur. La deuxième partie du livre relâche la pression, mais j'ai été au bord de l'asphyxie durant les premiers chapitres. Pourtant, le vocabulaire employé est simple, il n'y a pas d'étalage de violence. C'est la froideur ambiante qui étouffe le lecteur et le rend de plus en plus révolté.
Après l'agression, Tina et Bethie sont victimes de menaces, et doivent affronter un procès. La fragilité de la position des victimes de viol est mise en avant à travers les regards accusateurs, les avocats véreux, les femmes jalouses et idiotes.
La justice se fera, mais d'une manière un peu étrange, et insatisfaisante en ce qui me concerne (je ne peux pas vous en dire plus malheureusement). C'est le seul reproche que je ferai à ce livre. Je trouve toutefois qu'il est bien récupéré par les dernières paroles de Gladys Haaber à la fin du livre. On peut s'apercevoir que la frontière entre les coupables et les victimes continue à faire débat.
Un roman choc, qui ne m'a pas autant convaincue que Délicieuses pourritures, mais qui soulève des questions fondamentales.
D'autres avis chez Manu, Ankya, Restling et Stephie.
Points. 182 pages.
Traduit par Claude Seban. 2003.
Commentaires sur Viol, une histoire d'amour - Joyce Carol Oates
- Le titre de ce roman-ci me file la chair de poule à chaque fois que je le lis - à tel point que je ne m'étais jamais vraiment penchée sur son contenu (même si je me doutais que ça parlait de viol), mais ce côté "si elle a été violée, c'est qu'elle a dû le chercher", terrifiant et abject, me donne curieusement envie de le lire. Parce qu'il faut avoir du cran pour écrire sur un tel sujet et... oui, vraiment, ça m'interpelle !
- Niki : heureusement, c'est très court.
Stephie : je te conseille vraiment "Délicieuses pourritures". Il y a pas mal de similitudes avec celui-ci (construction...) donc ça devrait te plaire.
Emeraude : j'étais dans le même cas il n'y a même pas un mois.
Erzie : malheureusement, les viols sont vraiment considérés de manière étrange. J'ai pu le constater dans mon entourage, on a tendance à minimiser, à se dire que ça n'est pas si grave ou comme ici, que les choses ne sont pas si simples qu'elles le paraissent. Moi aussi ce livre m'a fichu la trouille pendant un moment, mais je ne regrette pas d'avoir craqué ! - SandRyne : en effet, si ça n'est pas le moment...
Céline : j'espère que tu ne seras pas déçue.
Tiphanie : ce n'est pas un sentiment agréable, mais je trouve que c'est plutôt bon signe qu'un auteur fasse cet effet.
Maggie : je ne connais pas le livre que tu cites, mais je comprends que "Délicieuses pourritures" t'ait poussée en librairie.
Manu : il faudrait que je m'attaque aux pavés maintenant !
Lou : oui, j'ai vu que tu étais aussi amatrice de l'auteur.
















