10 juillet 2011

"C'est la seule histoire que je serais jamais capable de raconter"

9782266125338

Je vais vous donner un conseil si vous n'avez pas lu ce livre : Ne lisez pas mon billet. N'en lisez aucun d'ailleurs. Sachez juste qu'il FAUT lire Le Maître des illusions.

"On aime à croire que cette vieille platitude, amor vincit omnia, a quelque chose de vrai. Mais si j'ai appris une chose pendant ma triste existence, c'est que cette platitude est un mensonge. L'amour ne vainc pas tout. Qui croit cela est un imbécile."

Richard Papen est juste un étudiant fauché de vingt ans quand il quitte la Californie pour aller étudier à Hampden, dans le Vermont. Là-bas, il espère poursuivre l'étude du grec ancien, mais on lui signifie rapidement que Julian Morrow, l'unique enseignant dans ce domaine, est très sélectif. Il choisit lui-même ses étudiants, et leur nombre est très restreint.
Richard tente tout de même sa chance, mais se fait rembarrer. Il croise finalement plus tard les cinq étudiants de Julian, Henry (le plus brillant, riche, et le préféré de Julian), Francis, Bunny (le cancre), et enfin les jumeaux Charles et Camilla. Ils sont très peu appréciés des autres sur le campus, mais ils adoptent Richard à la première rencontre, et lui font intégrer leur classe. Désormais, Richard va évoluer dans un cercle de passionnés, mais qui se révèle aussi de plus en plus destructeur.

Je suis incapable de vous dire depuis combien d'années j'avais prévu de me lancer dans la lecture de ce pavé, mais aujourd'hui je m'en veux de ne pas l'avoir fait plus tôt.
Il s'agit d'un récit rétrospectif, qui commence par un assassinat. Lorsque nous découvrons finalement qui sont les jeunes gens qui vont devenir des meurtriers, les choses se compliquent. Les nouveaux copains de Richard sont un peu étranges, déconnectés du monde, mais tout ça est lié au fait qu'ils vivent à l'heure grecque. A priori, si on succombe aux clichés, ils devraient être les êtres les plus ennuyeux du monde. Sauf que, contrairement à ce qu'on croit, les Grecs aussi avaient des vices, et nos petits gosses de riches ne se sont pas contentés d'en piocher seulement quelques uns.   
Ce qui est incroyable dans ce livre, c'est la manière dont on se fait ballader du début à la fin. Je m'en suis voulu d'avoir suivi le même parcours que Richard, de n'avoir pas fait preuve de davantage de clairvoyance que lui ! On en arrive à participer au meurtre de Bunny, à vouloir sa mort sans se poser la moindre question. D'ailleurs, à la moitié du livre, je pensais l'histoire quasiment bouclée. Bunny est mort, et il s'agit de faire bonne figure. A ce stade, je me demandais où l'auteur avait l'intention de m'emmener, et j'étais déçue que ce soit aussi facile. Je me demandais où étaient les personnages ambigus promis par la quatrième de couverture, et surtout comment j'allais être intéressée par la deuxième moitié du livre dans ces conditions.
J'ai été servie... Après avoir assassiné Bunny, nos héros sont loin d'être sortis d'affaire, mais pas dans le sens où nous l'entendions. Un deuxième roman commence, dans lequel Richard connaît mieux les protagonistes, et ça n'est vraiment pas joli à voir. Je crois que c'est la partie que j'ai préférée, pour l'ambiance, qui bascule encore d'un cran dans le glauque, et l'étude des personnages à laquelle se livre enfin Donna Tartt, révélant tout son génie.

Un excellent roman, sans le moindre temps mort, dont les sept cents pages se dévorent à toute allure. Décidément, il se passe des choses passionnantes sur les campus américains ! Maintenant, j'ai hâte de me lancer dans Le Petit copain, même si les avis sont très contrastés d'après ce que j'ai pu lire.

D'autres avis chez Erzie, Karine, Kalistina, Leiloona, Allie, et Madame Charlotte (qui n'a pas aimé).

Le Maître des illusions. Donna Tartt.
Pocket
.705 pages.

Posté par lillounette à 11:26 - - Commentaires [26] - Permalien [#]
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