30 décembre 2010

Bilan littéraire 2010

2010 s'achève, 2011 s'annonce, c'est donc l'heure du traditionnel bilan.

Il est assez faible cette année, je crois que j'ai entre 60 et 70 livres à mon actif. C'est encore plus mauvais en ce qui concerne ceux qui ont fait l'objet d'un billet, mais je vais essayer d'être plus sage en 2011. Il est parfois difficile de trouver les mots, ou tout simplement le temps et la motivation. J'ai aussi lu beaucoup d'essais, genre dont j'ai du mal à parler sur un blog.
Et puis, une nouvelle passion m'a pris énormément de temps cette année, le cinéma. J'ai enfin pris le temps de me plonger dans des films dont on me parlait depuis des années, et ça a été une véritable révélation. Je suis incapable d'en parler, mais je peux vous dire que la liste de mes fantasmes masculins de mes films préférés a considérablement augmenté.

2010, c'est aussi une fabuleuse lecture commune faite seule (n'est-ce pas Ys ? ^^ ), le Portrait of a Lady Swap, qui a été une belle réussite. Il y a aussi eu une bonne centaine de challenges non tenus, oubliés, au point que j'ai décidé d'être raisonnable en 2011, au moins jusqu'au 15 janvier (j'ai juste craqué pour le swap nécrophile pour l'instant), et d'arrêter de prendre des engagements que je ne tiendrai pas.   

Mais revenons sur mes lectures de 2010.

Pour les coups de cœur :

Tout ce que j'ai lu de Virginia Woolf. La regrettée Mea, avec son Challenge Bloomsbury, m'a poussée à poursuivre ma plongée dans l'univers de ce groupe, qui décidément me fascine. Julia Strachey, E.M. Forster, Vita Sackville-West, Dora Carrington entre autres ont rythmé mon année.
Les Britanniques ont également brillé avec Sir Arthur Conan Doyle (en livre, film ou série) et Lewis Carroll.

Des auteurs de langue allemande ont également eu un écho important en moi. Franz Kafka, avec Le Procès, et Dans la colonie pénitentiaire. C'est sans doute ma meilleure surprise de l'année. Il y a également eu La Marquise d'O d'Heinrich von Kleist.

De la littérature française, avec André Gide et Les Faux-Monnayeurs, ainsi qu'avec Émile Zola et La Faute de l'Abbé Mouret (j'ai toutefois été moins assidue qu'une certaine personne).

Les Américains conservent une place de choix avec Sylvia Plath, Isaac Bashevis Singer Tracy Chevalier, Edith Wharton, Francis Scott Fitzgerald et Bret Easton Ellis (dont j'ai adoré Moins que zéro, dont je vous parlerai peut-être).

J'ai aussi eu des déceptions : Laurence Cossé, Lian Hearn, Claude Pujade-Renaud, Arthur Phillips... mais rien d'irréparable.

 

rose

 

Je vous souhaite à tous et à toutes une merveilleuse année 2011, qu'elle commence dans le brouillard des bulles de champagne ou un peu plus sérieusement.

 

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22 décembre 2010

Pause de Noël

Je vous souhaite à tous un très joyeux Noël.
J'espère que vous pourrez partager des moments chaleureux avec vos proches, que vous mangerez plein de choses riches en calories, et que vous serez couverts de livres.
Je vous retrouve après les fêtes.


Wonderful_Life

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11 décembre 2010

Composition française : retour sur une enfance bretonne

9782070437887FSFolio ; 269 pages.
2009
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Mona Ozouf est une historienne que je connaissais (vaguement) pour ses travaux sur l'histoire de l'éducation en France. Dans Composition française : Retour sur une enfance bretonne, elle adopte une position plutôt originale, puisqu'elle reconsidère "l'austère commandement qui invite les historiens à s'absenter, autant que faire se peut, de l'histoire qu'ils écrivent", et se met en scène pour décrire "la tension entre l'universel et le particulier, si caractéristique de notre vie nationale".

Elle naît en Bretagne, d'un père instituteur combattant pour la cause bretonne, qui disparaît très vite, et d'une mère elle aussi enseignante, qui sera épaulée par la grand-mère de Mona Ozouf après le décès de son époux. La famille de Mona Ozouf est alors déjà tiraillée entre diverses attaches, à l'égard de la Bretagne, de la laïcité et de la France, même si à première vue les trois semblent incompatibles. Ainsi, la jeune fille dévore les livres de la bibliothèque de son père, explorant ainsi le patrimoine breton, sa langue, ses écrivains. Le seul contrôle mis en place par sa mère sont les chiffres tracés au crayon sur la page de garde indiquant l'âge auquel elle autorise sa fille à lire les ouvrages à sa disposition. "J'avais bien sûr fait mon profit de cette découverte en procédant tout à rebours. Je commençais par les gros chiffres, en ignorant tranquillement la consigne implicite."

Elle est inscrite dans une école laïque, et est punie pour cela lorsqu'elle se rend au catéchisme, par une obligation de s'asseoir derrière les "filles des Sœurs", malgré son statut de bonne élève : "entre les deux groupes, jamais un mot ne s'échange, aucune amitié ne se noue. Quand, au retour de l'église, je rapporte à ma mère ce qui est à mes yeux un mode de classement bizarre, habituée à celui de l'école, que le mérite justifie, elle me raconte que dans son enfance léonarde, c'était tout autre chose : l'heure du catéchisme était fixée de telle manière que les filles de la laïque ne pouvaient y arriver qu'en retard"

Plus tard, Mona Ozouf se rend à Paris, où elle étudie, et adhère notamment aux idées communistes. Enfin, adhère... "Devant les non-convaincues il nous fallait sans relâche justifier ce dont nous avions bien du mal à nous convaincre nous-mêmes."

C'est dans la dernière partie (qui est de loin celle que j'ai préférée) qu'elle évoque finalement comment elle conçoit son identité, en reprenant sa casquette d'historienne. Ainsi, elle remonte jusqu'à la Révolution, et à la décision étrange de substituer et non d'associer l'universel au particulier, de faire une Assemblée nationale "une et indivisible" qui triomphe sur "les cahiers de doléances, tout bourdonnants au contraire de revendications locales ; elle n'est pas davantage dans les statuts des députés". Une terreur de la diversité s'impose alors. "On croit y percevoir une contestation sournoise de l'unité et de l'indivisibilité de la patrie : un fédéralisme déguisé". Ce sujet m'intéresse particulièrement, parce que j'ai étudié il y a plusieurs années la question des minorités, et j'avais pu constater à quel point la France est susceptible sur ce point. Elle a ainsi refusé de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Dans son essai, Mona Ozouf parle de la langue bretonne, qui est réduite au statut de langue parlée uniquement dans un cadre privé. Or, c'est l'un des éléments les plus constitutifs d'une identité, avec la religion. Les régions longtemps opprimées ont souvent tenu à les conserver, afin de se distinguer de ceux qu'ils considéraient comme des occupants, ainsi que l'on peut l'observer dans diverses régions ou pays ne serait-ce qu'en Europe.

Malgré sa répugnance historique à considérer le particulier, la France n'a pu empêcher sa subsistance (et heureusement). Mona Ozouf cite ainsi Benjamin Constant pour montrer l'aspect étrange d'un pays des droits de l'homme courant exclusivement après l'universel. "Je découvrais donc que les résistances à une république jacobine étaient apparues à l'intérieur même du projet républicain. Il y avait eu en France, dès l'origine, des hommes attachés à une république autre, plus accueillante aux dissidences et aux particularismes." Elle est convaincue qu'il existe de multiples possibilités pour accorder les deux positions, que le choix ne se fait pas entre l'universel et le particulier, et qu'il est souhaitable de les exploiter pour permettre aux individus de se réaliser. S'il existe des valeurs universelles à poursuivre, celles-ci doivent également s'inscrire dans une histoire afin d'être assimilées. Dès le début, pour évoquer son père, Mona Ozouf évoque son caractère plein de contradictions, de complexité, comme l'est tout individu. Cette idée de composition est applicable au reste.   

Un livre que j'ai donc apprécié, et dont l'actualité est criante si l'on considère certains débats, malgré quelques passages trop longs dans le récit de la vie de Mona Ozouf. Merci à Lise pour l'envoi.

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