30 avril 2010

The Portrait of a Lady Swap : mon paquet !!!

P1150117Quand Lou et Titine ont lancé les inscriptions pour le Portrait of a Lady Swap, j'ai bien entendu été tentée, mais je me suis dit que ce ne serait pas raisonnable.
Finalement, des petites voix dans ma tête (et dans ma boîte mail) m'ont obligée à craquer.
Il s'agissait de confectionner un colis sur le thème des femmes anglaises. Romanza s'en est plus que bien sortie, puisque le facteur m'a apporté un énorme paquet un samedi matin, alors que j'étais déjà en retard... 

Je vous laisse admirer l'intérieur du carton, rempli de paquets bienP1150119 enveloppés (mais pas aussi bien que les miens quand même, allez voir chez ma swappée...), avec des décorations absolument ravissantes et des petits mots sur le papier.

Vous pouvez également admirer la très jolie carte confectionnée par Romanza, extraite de Bright Star, film que je n'ai pas aimé tout en appréciant énormément la beauté des images. Fanny Brawne lit une lettre de Keats, au milieu d'un champ de fleurs.

A l'intérieur de ces paquets, une multitude de choses, toutes plus ravissantes les unes que les autres. Pas moins de quatre livres :

-Moll Flanders de Daniel Defoe, que je voulais découvrir depuis longtemps.
-La Comédienne de William Somerset Maugham, auteur que je souhaite connaître davantage.
-Sarn de Mary Webb, que je n'ai toujours pas lu.
-Fanny Hill de John Cleland, un roman libertin du XVIIIe que j'ai terminé, et sur lequel je ferai un billet prochainement.
P1150120 A cela, vous pouvez ajouter une ravissante tasse, des douceurs, du thé, un miroir en forme de papillon, de quoi écrire, des savonnettes parfumées, des marque-page faits à la main, et une bougie parfumée au fruit rouge.

Romanza, je te remercie une fois de plus pour ce colis élégant et soigné, je suis comblée !!!

En ce qui me concerne, c'est Titine qui a eu la chance (!!) de recevoir mon paquet...

 

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25 avril 2010

La Chasse au Snark ; Lewis Carroll

untitled Folio ; 132 pages.
Traduit par Jacques Roubaud
.
1876.

J'ai découvert Lewis Carroll l'année dernière avec son texte le plus célèbre, Alice au Pays des Merveilles. Plutôt que de le retrouver à la sauce Tim Burton, j'ai préféré me plonger dans La Chasse au Snark.

Il s'agit d'un poème divisé en huit "crises", contant la poursuite d'un Snark par un équipage étrange,  mené par l'homme à la cloche, et formé d'un castor, d'un avocat, d'un banquier, d'un boulanger et d'un boucher. Un bien drôle d'équipage, donc, et qui cherche un animal des plus intrigants. Il a été suggéré que le Snark était un mélange entre un escargot (snail) et un requin (shark), mais même les personnages de l'histoire ne savent pas réellement à quoi s'attendre. En effet, paraît-il, le Snark peut prendre la forme d'un boojum, qui emmène celui qui le voit dans l'oubli.

"Mais oh rayonnable neveu
méfie-toi du jour
Où le Snark sera un boojum car ce jour-là
Tout doucement et
soudainement tu t'évanouieras
Et tu disparaîtras pour toujours."

Avec La Chasse au Snark, Lewis Carroll utilise une forme surprenante, à savoir celle d'un poème épique, mais il le réarrange totalement à sa propre sauce. Ainsi, nous découvrons un texte entre rêve, absurde et réalité, et qui propose à la fois des jeux, du rire, et une histoire empreinte de mélancolie. Qu'est-ce que le Snark symbolise réellement ? Le caractère complexe et multiple des choses, comme le suggèrent la préface ou les remarques au sujet d'Alice de Gilles Deleuze dans Logique du sens

"Prenez par exemple les deux mots "fulminant" et "furieux". Vous vous décidez à dire les deux mots, mais sans savoir par lequel commencer [...] ... si vous êtes doté de la qualité la plus rare, à savoir d'un esprit parfaitement balancé, vous direz "flurieux"." (Préface de Lewis Carroll)

Ou alors ce que chacun veut qu'il soit ? Les illustrations contenues dans ce livre ne proposent aucune représentation du Snark, conformément à la volonté de l'auteur. Ce qui m'a touchée dans ce livre est, outre son caractère délicieusement dérangé, ces personnages qui ne le sont pas moins, et qui recherchent sans même savoir à quoi s'attendre, et au risque de se perdre, cet être qui leur est dans le même temps indispensable.

"Ils le chassèrent avec des dés à coudre
ils le chassèrent avec passion
Ils le poursuivirent avec des fourchettes et de l'espoir
Ils menacèrent sa vie
avec une action de chemin de fer
Ils le charmèrent avec des sourires et du savon."

Sous ses airs de texte loufoque, La Chasse au Snark est donc en fait une histoire très touchante, que l'on voit se dessiner peu à peu. Alice au Pays des merveilles m'avait plu, mais le génie de Lewis Carroll s'exprime à mon avis bien plus dans ce livre.

A la suite de ce très beau texte, l'édition folio propose une étude du Jabberwocky*, un poème trouvé par Alice dans A travers le miroir. Alice n'en saisit pas le sens, et pour cause : il est composé de mots "portmanteau", qui sont des mots composés de deux mots (comme "Snark"). De ce fait, la traduction d'un tel texte est un travail risqué et douloureux, puisque moults interprétations sont possibles. Ayant un peu pratiqué la traduction au cours de mon cursus, j'ai trouvé cette partie extrêmement intéressante, tant pour ce qu'elle dit de l'exercice que pour ce que l'on découvre ainsi de l'univers de Lewis Carroll. 

Les avis de Praline, Cryssilda,
Un grand merci à Lise pour ce livre.

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*J'ai découvert depuis que Terry Gilliam, réalisateur dont j'aime beaucoup l'univers, avait fait un film du même nom. J'ai hâte de voir ça !

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19 avril 2010

Carnets Intimes ; Sylvia Plath

000539937 La Table Ronde. 221 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff
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Ce livre se divise entre des extraits du journal de Sylvia Plath et quelques unes de ses nouvelles. Pourtant, de même que les tranches de vie rapportées par Sylvia Plath semblent être des nouvelles, on devine très facilement la part autobiographique des récits de fiction. Souvent, elles se répondent (c'est d'ailleurs plus que clair pour La veuve Mangada, qui est le titre à la fois d'un extrait du journal et d'une nouvelle)

Nous suivons ainsi Sylvia Plath à Cambridge, au début de l'année 1956, fragile, peu sûre de ses talents de poète, et incertaine quant à sa vie amoureuse. Elle a bien un amoureux quelque part, un certain Richard, mais il est loin, et elle ne se prive pas d'observer (et plus si affinités) les hommes qu'elle rencontre. C'est cette année là qu'elle croise Ted Hughes pour la première fois. Elle évoque cette rencontre explosive, entre rêve et réalité, plus loin dans le recueil, avec Le Garçon au Dauphin, sans doute la plus belle des nouvelles. Elle est fascinée par lui avant même de le connaître, pour avoir lu certains de ses textes. Il vient lui parler, elle lui demande de briser les barrières qui la retiennent, puis le mord sauvagement à la joue.
Pas rancunier, bien au contraire visiblement, Ted Hughes tombe sous le charme de la jeune fille. Quelques mois plus tard, ils se marient, et se rendent en Espagne, où ils logent chez la veuve Mangada, une femme en qui Sylvia voit une sorte de sorcière. Les deux jeunes époux se retrouvent en effet confrontés à des inconvénients très matériels, auquels l'imagination de Sylvia donne un aspect presque magique quand elle tire une nouvelle des notes de son journal, où elle prend un malin plaisir à réécrire cette anecdote de façon à en sortir victorieuse.
Les deux derniers textes extraits du journal ont été écrits lors des dernières semaines de sa vie avec Ted Hughes. Ils vivent alors à la campagne avec leurs deux enfants. Rose et Percy B. sont des voisins, et Sylvia Plath va observer la mort lente de Percy. Enfin, Charlie Pollard et les apiculteurs évoque l'acquisition d'une ruche par Ted et Sylvia.

C'est dans les nouvelles que j'ai pris le plus de plaisir à retrouver Sylvia Plath. Son univers est à la fois sombre et enchanté. Elle est hantée par son enfance, par Alice au Pays des Merveilles, par la maternité, par la mort, alors vous imaginez quel étrange et complexe résultat tout ceci peut donner. Je l'ai dit plus haut, Le Garçon au Dauphin, où Sylvia s'appelle Dody et rencontre un Leonard qui semble magicien, est la nouvelle qui m'a le plus touchée.

"Pour toute réponse, Leonard tapa du pied. Il piétina le sol.Un coup sur le sol, et les murs disparurent. Un coup sur le sol, et le plafond s'envola vers le royaume des cieux. Arrachant le bandeau rouge que Dody avait dans les cheveux, il le mit dans sa poche. Une ombre verte, une ombre moussue, lui effleura la bouche. Et au coeur du labyrinthe, dans le sanctuaire du jardin, un adolescent de pierre se fêla et vola en éclats, brisé en millions de morceaux."   

J'ai aussi été bouleversée par cette jeune fille qui se fait prendre en flagrant délit de mensonge dans Un jour de juin, et pour qui cela a une importance que personne ne peut mesurer. Par ce frère et cette soeur qui retournent à l'adolescence sur les lieux de leur enfance, et qui découvrent que ce qui leur semblait immense a rétrécit. Par cette petite fille que son père n'emmènera jamais plus chasser les bourdons, et celle dont le père doit partir dans un camp d'internement où l'on met les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui comprend que Dieu n'existe pas. Ou encore par cette jeune fille, un sosie d'Esther Greenwood, qui n'a personne à qui parler, à part le soleil, qu'elle déteste.

L'écriture de Sylvia Plath est empreinte de mystère, de poésie, de nature, et surtout d'elle même. Je suis incapable de parler de ce livre, mais il faut que vous lui fassiez une place.

Je suis ravie d'avoir accepté ce premier partenariat avec BOB et les éditions de la Table Ronde, et les remercie chaleureusement. 

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15 avril 2010

L'histoire d'un mariage ; Andrew Sean Greer

1066279_gfPoints ; 263 pages.
Traduit par Suzanne V. Mayoux. 2008
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Pearlie Cook prend la parole pour nous raconter sa vie dans les années 1950. Elle vivait alors avec Holland, son mari, et leur fils Sonny. "Les gens se font une idée des années cinquante. Ils parlent des jupes ballon décorées d'un caniche en laisse, des grèves de transports routiers, d'Elvis ; ils parlent d'une jeune nation, d'une nation innocente. Je ne sais pas pourquoi ils se trompent tellement ; ce doit être un dérapage de la mémoire, car tout cela est venu plus tard, à mesure que le pays se transformait. En 1953, rien n'avait changé." Pearlie et Holland se sont connus et aimés durant leur adolescence. La guerre les sépare, mais ils se retrouvent finalement lorsqu'elle s'achève, et se marient. Pearlie se pense alors heureuse, malgré une étrange mise en garde de la part d'une tante de son époux la veille de son mariage, malgré la maladie cardiaque dont souffre son époux, qui l'oblige à censurer son journal, afin que seules les bonnes nouvelles y figurent, et malgré une vie conjugale peu trépidante.
Tout cela vole en éclats lorsque Charles "Buzz"  Drumer sonne à la porte des Cook un jour de 1953, forçant ainsi Pearlie à reconsidérer son mariage, son époque, et des souvenirs qu'elle aimerait bien pouvoir effacer. 

Je me suis jetée sur ce livre lors de sa sortie en poche, certaine de découvrir un excellent roman, mais je dois reconnaître que je suis finalement mitigée. L'Histoire d'un mariage est construit de façon à faire défiler différentes époques, et à parsemer le récit de révélations censées lui donner un rythme, mais tout cela me semble finalement bien artificiel. Excepté la première information fournie par Buzz, je n'ai pas compris la nécessité de cacher (même si on a quelques indices au début) ce qui est révélé en toutes lettres à la page 72, et le personnage d'Annabel n'avait pas non plus besoin d'être gardé en stock aussi longtemps. De ce fait, ce roman s'étire inutilement en longueur entre le moment où tout bascule et celui où Pearlie sort de sa torpeur et nous permet de la suivre pour une remise à plat des faits.
Je regrette également les nombreux passages où de grandes phrases éculées nous sont balancées comme s'il s'agissait de révéler l'âme humaine et sa profondeur pour la première fois. "Nous croyons connaître ceux que nous aimons." est une jolie expression, mais ce thème n'en est pas moins courant et traité ici de façon conventionnelle en fin de compte. L'histoire d'un mariage est un roman sur les choix, plus ou moins prometteurs de bonheur, qui s'offrent aux personnages dans le contexte des années 1950, sur l'absence de communication, et sur la possibilité de ressusciter des sentiments bridés depuis des années. Il y a aussi tout un pan (considérable) de l'histoire qui demeure inconnu. Pearlie, en femme mariée des années 1950, est seule à se débattre, et n'aura jamais accès aux pensées de son époux, qui est pourtant parfaitement au courant de la situation.

Finalement, ce qui m'a plu dans ce livre, ce ne sont pas tant les relations entre Pearlie, Holland et Buzz, mais l'époque qui transparaît derrière eux. "J'écris une histoire de guerre. Je ne l'avais pas prévu. Au début, c'était une histoire d'amour, l'histoire d'un mariage, mais la guerre s'y est incrustée partout, tel un verre brisé en mille éclats. Non pas une histoire ordinaire de combattants, mais de ceux qui ne partirent pas à la guerre. Les lâches et les planqués..." (pour ceux qui craignent les spoilers, sachez que c'est en réalité bien plus compliqué). Le procès des époux Rosenberg, le maccarthysme, la guerre de Corée, le racisme, l'homophobie, le puritanisme hypocrite transparaissent dans ce récit, comme des échos à la vie conjugale et au passé de Pearlie. Le quartier tranquille où vivent les Cook a beau condamner tout ce qui sort de l'ordinaire, le goût prononcé des habitants pour les histoires sanglantes et le zèle dont certains habitants font preuve, font rire jaune.

Il ne s'agit pas d'un roman abominable. Il se lit avec beaucoup de facilité, mais il fait preuve de trop de maladresse et cède trop facilement à certains clichés pour sortir du lot.

Les avis d'Amanda, Clarabel, Cuné, Titine, Manu et Papillon.

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05 avril 2010

Plus jamais d'invités ! ; Vita Sackville-West

9782253126287_G_1_Le Livre de Poche ; 213 pages.
Traduit par Micha Venaille. 1953
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Séance de rattrapage pour ce livre, lu il y a déjà plusieurs mois, mais qui vaut le détour. De Vita Sackville-West j'avais déjà dévoré Toute passion abolie, un texte plein de charme. Le Livre de Poche a eu la très bonne idée de nous offrir un nouveau roman d'elle il y a quelques mois, que je me suis empressée de découvrir.

Rose Mortibois, mariée depuis plus de vingt ans à Walter, un mari qui lui offre tout le confort matériel qu'elle peut souhaiter mais qui semble n'aimer que son chien, Svend, décide d'inviter sa soeur, le mari de cette dernière ainsi que leur fils qui revient des Indes, pour le week-end de Pâques. Gilbert, le frère de Walter, est présent également, ainsi que Juliet Quarles, une amie des Mortibois plutôt extravagante.
Les conversations entre ces individus qui se côtoient finalement peu d'ordinaire, ou alors de façon superficielle, vont faire voler en éclat la tranquillité de ce week-end à la campagne.

Ce qui m'a plu dans ce roman est sa légèreté feinte. Vita Sackville-West nous surprend en effet avec ses personnages, qui se révèlent peu à peu bien différents de ce que l'on imaginait au premier abord.
Dick et Lucy sont bien plus coincés que Rose et Walter en réalité. Rose est une femme honteuse de sa condition, et le contrat imposé par Walter la blesse bien plus qu'elle ne veut se l'avouer. Dick est plutôt en retrait. Quant à Lucy, qui donne l'impression d'être une femme ouverte en ménage et libre d'esprit, elle se retrouve finalement dans le rôle d'une bigote coincée, à côté de la plaque et ridicule. La scène où Rose lui parle d'un communiste et imagine qu'elle lui annonce qu'elle ne va pas à l'église pour Pâques est irrésistible. Seul Walter reste inatteignable, mais il est tout de même à l'image de tous ces gens "biens" qui peuplent le roman, à savoir une image qui se brise dès que l'on y regarde de plus près. Cette mise à jour des vrais visages des personnages du livre est favorisée par un point de vue changeant ainsi que par un usage recours appuyé aux dialogues.
C'est là qu'intervient Gilbert, le frère de Walter, image du savant un peu fou et décalé, qui n'en peut plus de voir sa belle-soeur malmenée.

"-Pauvre Rose, ce n'est pas une vie ! D'abord ce cocon qui ne se laisse pas approcher. Puis une chrysalide toute raide sur son lit, enfin un papillon qui s'envole jusqu'au Palais de Justice où vous ne pouvez plus le poursuivre avec vos bouillottes et votre arrow-root."

Les thèmes abordés par ce roman qui semble un peu léger sont pourtant très sérieux. La sexualité, la religion, les relations conjugales et filiales, le pourquoi de l'existence imprègnent les dialogues entre les personnages.

Il ne s'agit pas d'un roman extraordinaire, mais j'y ai trouvé une histoire attachante peuplée de personnages que j'aurais apprécié voir davantage dévoilés.

L'avis de Papillon.

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