12 janvier 2010

Drôle de temps pour un mariage ; Julia Strachey

julia117 pages ; La Petite Vermillon.
Traduit par Anouk Neuhoff.1932
.

Julia Strachey était la nièce de l'historien Lytton Strachey, grand ami de Virginia Woolf. C'est par ce biais qu'elle a rencontré cette denière et son mari, Leonard. En 1932, les Woolf publient Cheerful Weather for the Wedding, à la Hogarth Press.

C'est la fin de l'hiver, et Dolly Thatcham va se marier. Elle épouse un diplomate de huit ans son aîné, qui l'emmènera en Amérique du Sud à la fin de la journée. La maison de sa mère, une veuve dépassée par les événements et plutôt antipathique, est en ébullition. Tout le monde attend la mariée, qui se prépare, en se disputant, au milieu des petits tourments imprévus, comme la couleur des chaussettes du cousin Robert, étudiant à Rugby, ou la présentation du buffet froid.
De ce groupe se dégagent deux personnages. Dolly, tout d'abord, qui se saoule tout en s'habillant. Pour se détendre, mais aussi pour faire face à ce mariage avec un homme qui n'est pas celui qu'elle imaginait. Elle se souvient de celui qui la promenait en bateau l'été précédent. Celui qui attend dans le petit salon l'occasion de lui parler, de lui avouer son amour.

J'ai ouvert ce livre en m'attendant à savourer un petit livre bourré de charme anglais, et j'ai trouvé une pépite.
Julia Strachey écrit remarquablement bien, et j'ai cru parfois voir l'ombre Virginia Woolf en lisant ce livre. Ce récit est fait de tableaux et de reflets.Julia_strachey_1_

"La lumière, qui filtrait de la serre avec sa kyrielle de pots de fougères feuillues sur leurs socles en fil de fer, était d'un ver étincelant.
Assis là sur le canapé, élégamment vêtu d'un costume de tweed, Joseph aurait pu être une statue taillée dans la pierre verte, tant ses cheveux blonds, son visage, sa bouche, ses yeux, ses poignets et ses mains étaient immobiles, et verts."

L'agitation de la maison entrecoupe ces descriptions. Les personnages crient, se disputent, se répètent, se courent après. Joseph prend un malin plaisir à contrarier Mrs Thatcham, Tom est inquiet à l'idée que d'autres élèves de Rugby se trouvent à la cérémonie, et prie son frère de changer de chaussettes. La nostalgie et la défaite imprègnent cette journée. Elle est froide, ratée et amère, quels que soient les consolations que trouvent les personnages.

Elle se mit à repenser à certains incidents, notamment lors d'un grand dîner à l'hôtel, à Malton. Il y avait eu une discussion à propos d'un biscuit croustillant à base de mélasse, qui ressemblait à une dentelle rigide de couleur brune, et qu'on appelait "croquant". "Quoi, tu n'as jamais goûté de croquants ! s'était écrié Joseph à côté d'elle, la dévisageant sous son grand chapeau d'été. Mais tu dois absolument y goûter ! Tu les adorerais ! " Or, en réalité, à travers sa physionomie, et principalement ses yeux, Joseph proclamait de tout son être, avec une ferveur violente, non pas "Tu les adorerais", mais "Je t'adore".

Il s'agit d'un très court texte, mais Julia Strachey est de ceux qui parviennent à exprimer beaucoup en seulement quelques pages, avec toute la délicatesse et la subtilité du monde.

Titine a écrit un billet qui dit tout ce que je pense de ce livre. InColdBlog a été déçu, mais Manu et Cathulu (dont je n'arrive pas à ouvrir le blog...) ont été conquises.


Commentaires sur Drôle de temps pour un mariage ; Julia Strachey

    j'ai aussi été un peu déçue...
    Quant à Cathulu, je crois qu'il y a un pb de plateforme ?

    Posté par keisha, 12 janvier 2010 à 14:01 | | Répondre
  • Rien à rajouter!! J'ai été comme toi totalement conquise et je trouve également que c'est une pépite. En revanche je ne sais pas si elle écrit d'autres oeuvres.

    Posté par Titine, 12 janvier 2010 à 14:02 | | Répondre
  • et bien moi je ne l'ai pas fini ;-((

    Posté par Sandrine(SD49), 12 janvier 2010 à 16:28 | | Répondre
  • J'ai très envie de le lire, surtout parce qu'il y a un lien avec Woolf (on y revient toujours ) et la Hogart Press. Malheureusement, pour le moment il n'est que noté, je n'arrive pas à mettre la main dessus... Mais ça viendra!

    Posté par Allie, 12 janvier 2010 à 20:04 | | Répondre
  • Oh oui, quel délicieux roman anglais ! Encore un excellent billet de ta part.

    Posté par Manu, 12 janvier 2010 à 20:55 | | Répondre
  • Keisha : tu as publié un billet, je ne trouve rien ?

    Titine : apparemment, il est difficile de les trouver, même en anglais...

    C'est dommage Sandrine, quelque chose en particulier t'a déplu ?

    Allie : il est en poche, même pas de culpabilité à la clé !

    Merci Manu !

    Posté par Lilly, 13 janvier 2010 à 10:05 | | Répondre
  • je n'aurais pas pensé m'arrêter sur ce titre mais ton billet me fait changer d'avis !

    Posté par Choco, 13 janvier 2010 à 17:21 | | Répondre
  • Comme Choco, rien que le titre et l'illustation de couverture me décourageaient. Mais finalement on verra...

    Posté par Mea, 13 janvier 2010 à 22:10 | | Répondre
  • Choco : il en vaut vraiment la peine !

    Mea : tu es obligée de le lire toi, il ne peut que te séduire.

    Posté par Lilly, 13 janvier 2010 à 22:54 | | Répondre
  • A force de lire des commentaires élogieux sur ce roman (et à force de le voir comparé à ma bien-aimée Virgina Woolf), je vais finir par craquer ...

    Posté par Céline, 14 janvier 2010 à 11:38 | | Répondre
  • Et tu aurais raison, d'autant plus qu'il est très court !

    Posté par Lilly, 17 janvier 2010 à 13:57 | | Répondre
  • Alors si c'est une pépite et s'il est très court, je le note illico ! )

    Posté par Leiloona, 18 janvier 2010 à 06:13 | | Répondre
  • J'étais passée à côté de ce livre mais il a tout pour me plaire !! Comme tu t'en doutes, je note immédiatement... ce n'est plus tous les jours que je découvre des Anglais inconnus

    Posté par Lou, 19 janvier 2010 à 20:11 | | Répondre
  • Ca a l'air très très bien!

    Posté par camille, 20 janvier 2010 à 11:13 | | Répondre
  • Lou : et pourtant, il doit y en avoir un paquet quand on y pense ! Julia Strachey devrati te plaire en tout cas, je peux te le prêter si tu veux.

    Camille : et ça l'est!

    Posté par Lilly, 20 janvier 2010 à 22:09 | | Répondre
  • Je ne connais pas du tout cet auteur (en fait je n'ai même jamais lu Lytton Strachey) mais j'aime beaucoup la manière dont tu en parles et le dernier extrait me plaît !

    Posté par Gaelle Nohant, 01 février 2010 à 17:05 | | Répondre
  • Gaelle : moi non plus je n'ai jamais lu Lytton, je le connais seulement par le biais de textes sur Woolf. Ce texte est très beau, j'espère que tu prendras le temps de le découvrir un jour !

    Posté par Lilly, 01 février 2010 à 21:43 | | Répondre
  • Ecoute, oui, je l'espère aussi. Le temps est un peu ce qui me manque en ce moment... je rêve de vacances, d'une pile de livres et d'un bon feu de cheminée

    Posté par Gaelle Nohant, 02 février 2010 à 08:51 | | Répondre
  • C'est gentil mais je crois que j'aimerais bien l'avoir ensuite dans ma bibliothèque (blushing...)... c'est que je me connais Par contre je te prête volontiers "Moonfleet" par exemple (et peut-être aussi les romans dont je dois parler bientôt, notamment les Wilkie)... as you like ^^

    Posté par Lou, 08 février 2010 à 23:26 | | Répondre
  • Lou : aucun problème ! en ce qui me concerne, j'ai de quoi faire dans les semaines à venir...

    Posté par Lilly, 09 février 2010 à 13:56 | | Répondre
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