American Psycho ; Bret Easton Ellis
Points ; 512 pages.
Traduit par Alain Defossé. 1991.
Moi qui croyait être rodée en matière de beurkitude, je viens de me prendre un démenti cuisant en pleine face.
Patrick Bateman est un jeune homme qui correspond parfaitement au type que tout le monde déteste en cette période de crise économique. C'est un jeune loup de la finance superficiel, dédaigneux, obsédé par l'argent, les restaurants huppés, les marques, les belles cartes de visite, et son apparence physique. Accessoirement, il est aussi psychopathe.
Nous le suivons à travers son journal, dans une vie où tout le monde semble pareil à lui. Il est constamment entouré, ne dîne jamais seul, n'a aucune difficulté à ramener des filles chez lui, mais cela ne fait que davantage ressortir sa solitude. Il est riche, donne le sentiment d'être quelqu'un d'important, mais en dehors de quelques types assez inutiles, personne, pas même son avocat, ne connaît son nom.
J'ai ouvert ce livre sans avoir la moindre idée de ce que j'allais y trouver. Les cinq cents pages que composent ce livre pourraient être monotones, mais Patrick Bateman a un truc pour vous captiver qui fait qu'on ne peut pas lâcher son journal avant de l'avoir fini. Je n'ai eu aucun problème à lire les énumérations interminables de noms de marques (et lorsqu'on éprouve autant d'intérêt que moi pour ces choses là d'ordinaire, je vous assure qu'on pourrait aussi bien lire du chinois), les compte-rendus des soirées à répétition, les conversations dépourvues d'intérêt, parce que bien vite, on décèle toute la critique que contiennent les mots et les actes décrits. Tous les êtres que fréquente Bateman sont vides, à l'exception peut-être de sa naïve secrétaire, Jean. Lorsqu'il cite des psychopathes ou évoque ses crimes dans le détail au fil de la conversation, ses interlocuteurs font au mieux comme s'ils trouvaient ça drôle, au pire comme s'ils n'avaient rien entendu (c'est sans doute le cas d'ailleurs, tellement chacun est préoccupé avant tout de sa personne).
Etrangement, c'est lorsqu'il cède à ses pulsions meurtrières que Bateman devient intéressant (pulsions réelles ou fantasmes, d'ailleurs). Certaines scènes sont carrément ignobles. Patrick Bateman, en plus d'aimer tuer, a une imagination débordante en la matière. Il torture ses victimes (il déteste particulièrement les sans-abri, les types qui réussissent mieux que lui, ainsi que les femmes) avant de les laisser agoniser, puis d'aller dîner tranquillement avec ses "amis" (ce qui fait que pendant quelques instants, on prie pour que la victime soit morte). Et c'est de pire en pire. En réalité, il est profondément malheureux parce qu'il se sent aussi vide que les autres.
"Comment pourrait-elle donc comprendre que rien ne pourrait jamais me décevoir, puisque je n'attends plus rien."
Et voilà comment le personnage le plus froid et le plus cruel parvient à attirer la pitié du lecteur...
Un livre qui m'a totalement conquise. J'avais peur que les cinq cents pages se fassent sentir, mais il n'y a pas le moindre coup de mou dans ce texte. C'est assez marqué années 80/90 (je pense aux réflexions sur le SIDA, aux réflexions musicales), mais le fond est indémodable. Et pour couronner le tout, je viens de réaliser que l'adaptation a comme acteur principal mon Christian à moi.
C'est assez moyen comme billet pour débuter l'année, je m'en excuse...
Ofelia, veux-tu m'épouser ? (je plaisante, je voulais juste jouer les briseuses de ménage en ce début d'année)

Commentaires sur American Psycho ; Bret Easton Ellis
- J'ai aimé comme toi les passages où ils se laissent aller à ses pulsions meurtrières. Je lisais ça avec une espèce de dégoût-fascination qui laissait une sensation de malaise... Par contre je n'ai pas du tout accroché aux longues descriptions de costumes pied de poule! ça ne m'aurait pas dérangé que le livre en soit amputé!
même si finalement ce sont ces interminables qui font passé un peu mieux le côté gore du reste du livre! - Fascinant ou mais écœurant aussi... pour la seule fois de ma vie de lectrice, j'ai dû sauter des passages parce que je savais que si je les lisais, ça me ferait du mal ; la scène de la souris (ou du rat, je ne sais plus) est vraiment insupportable.
(Toujours ok pour "Les faux-monnayeurs" le 20 janvier ?) - Voilà un titre qui m'a toujours fait grand peur, sans vraiment savoir pourquoi ! Maintenant, je sais ... 500 pages qui coulent sans que l'on puisse décrocher sur un psychopathe qui ne vit que sur l'apparence, cela doit être réellement fascinant. J'ai vu ce livre dernièrement en librairie et je me demandais s'il pouvait m'intéresser. Je crois que oui, après la lecture de ton billet !
- Le rat, Ys, c'est un rat ! Immonde ! Culte !
Lilly, je suis au regret de t'apprendre que tu ne briseras aucun ménage, déjà parce qu'entre Ofelia et moi, c'est du solide (notre relation a pour bases fondatrices et communes une haine austenienne et un amour spearsien, ce qui est rare et fort), ensuite parce que j'ai adoré ce roman aussi. Donc au pire, on t'adopte et tu rejoins le Clan de Celles Qui Ont Lu et Aimé American Psycho. Les places y sont chères, crois-moi.
C'est un sacré grand roman qui, comme tu dis, finit par nous rendre Bateman presqu'attachant dans sa solitude et sa folie.
Tu verras, le film est assez particulier (et très condensé, évidemment), mais Christian y est culte. Et angoissant.
(et musclé) - N'est-il pas attachant ce Bateman.
J'ai particulièrement aimé les dernières pages qui te feront te demander toute ta vie si tout ce que raconte Bateman est réel... un tour de force admirable!
Je suis ravie que tu aies autant aimé.
C'est effectivement dé-gueu-lasse. Tu lis une scène immonde et tu te dis que tu liras jamais rien d'aussi effroyable, répugnant, à gerber... et la scène d'après monte encore d'un cran dans l'horreur et le gore.
Un régal. Il m'a donné envie de lire d'autres livres du même auteur
Ça frise le génie.
Sinon.
Je suis très flattée mais j'appartiens corps et âme à Erzie. Le coup de foudre a eu lieu en juin dernier quand, sur les berges de la Garonne, en centre-ville de Toulouse (notre belle Toulouse) je me suis exclamée, en parlant de je ne sais plus quelle héroïne austenienne: "Mais quelle gourdasse!"
Mais comme l'a suggéré Erzébeth, on t'adopte et tu viens vivre avec nous. On est über funky et en plus je cuisine
- J'ai tout simplement adoré ce livre qui reste un de mes livres cultes! Ses autres titres aussi d'ailleurs, car j'ai immédiatement voulu enchainer avec tout ce que j'ai pu trouver venant de lui, mais celui-ci reste le meilleur! Comme toi, je ne savais pas exactement à quoi m'attendre en le commençant. Quel choc! J'ai tout de suite été subjuguée! Un de mes meilleurs moments de lecture! C'était avant d'ouvrir mon blog et je n'ai rien écrit sur cette lecture, ce que je regrette bien !
- Attention, je vais dire quelque chose d'horrible. J'ai vu le film qui en a été tiré à sa sortie (c'était il y a 10 ans, j'ai des excuses) et à la lecture des commentaires précédents, j'étais incapable de dire qui était Christian ! Mais je crois que vais plutôt refaire connaissance avec lui dans les 4 filles du Docteur March, parce que ce film ne m'a laissé que quelques souvenirs horribles et encore, je ne me souviens d'aucun rat (mais c'est peut-être un censure de ma mémoire). Quant à Ellis, je ne le connais pas encore, mais je le vois un peu comme un Houellebecq américain, non ?
- American Psycho, ou le grand chef-d'œuvre qui ne m'a jamais particulièrement ému (au contraire de la plupart des autres BEE qui eux m'ont traumatisé). C'est vachement bien, d'une justesse, d'une efficacité, d'une intelligence... oui mais en même temps j'ai jamais été fan de Bateman, j'ignore pourquoi...
- Manu : pas bien... ;o)
Tiphanie : moi ça m'a fait apprendre plein de trucs totalement inutiles ;o)
Ys : le rat, le rat... il paraît que les nazis aimaient bien ça aussi...
Sinon, on va dire que oui pour ce cher André !
Neph : j'ai failli choisir "Lunar Park", mais comme il était indiqué sur la 4e que c'était autobiographique ou partiellement, j'ai eu peur de ne pas tout comprendre.
Nanne : oh oui, lis le ! tu nous ferais un billet fabuleux en plus ;o)
Erzébeth et Ofelia : vous ne m'obligerez plus à aller aux réveillons du jour de l'an en plus ? Mais mes tympans devront supporter Britney toute la journée et des méchancetés sur Jane ? Je vais y réfléchir ;o))
Mango : tu me conseillerais quoi ?
Bouh : le film devrait passer très bientôt par chez moi ;o))
Mea : je ne peux pas te dire pour Houellebecq, mais je pense que Christian en Laurie est bien plus minou qu'en Bateman ;o)
Thom : c'est bizarre, j'aurais pensé que c'était tout à fait ton genre de livres pourtant... - Lilly, évidemment qu'il faudrait aussi rejoindre notre confrérie anti-réveillon, sinon ça ne serait pas drôle.
Pour Britney, pas trop d'inquiétude de mon côté, je n'en inflige l'écoute qu'à moi-même. Et Jane, bah, on s'en moque quand il le faut. Pour ne pas perdre la main. Mais Ofelia et moi, on sait très bien se moquer de tout un tas de choses (et de tout un tas de gens). Je suis sûre que tu t'adapterais très bien
- Un livre profondément malsain, comme tu le dis. Il paraît que ça a fait un gros scandale à l'époque de la parution ! Ce n'est pas un bon souvenir de lecture pr moi, et c'est, de manière paradoxale, ce qui en fait un grand livre. Et puis, je ne sais pas toi, mais j'ai eu de mal avec le style très pauvre, pour, évidemment, renforcer le discours.
- Merci Liliba !
Cryssilda : toi aussi tu te souviens du rat ? ;o)
Alexielle : c'est une intrigue qui se déroule à mi-mots, surtout au début, mais je n'ai pas du tout eu un sentiment d'immobilisme en lisant ce livre.
Tamara : oui, ne sont-elles pas attendrissantes ?;o)
Erzébeth : bon, d'accord... dans ces conditions, je suis des vôtres ;o)
Oranee : il n'y a pas de grandes envolées, mais c'est quand même très rythmés, et ça a plus de gueule que beaucoup d'autres auteurs.
Karine : Tu comprends sans comprendre ? ;o) Trop forte !!! (j'ai compris ce que tu voulais dire, hein) - Coucou !
J'ai décidé de fermer mon blog. Si tu souhaites toujours me lire, je peux te proposer de nous rejoindre sur un forum consacré à la littérature et à la culture britannique, que j'ai créé avec des amis.
Tu peux le trouver à cette adresse : http://whoopsy-daisy.forumactif.net/forum.htm
A bientôt j'espère ! - Bonjour,
j'avais lu ce livre lors de sa sortie et il m'a fasciné longtemps et c'est avec celui ci que je suis rentré dans l'univers de Ellis.
Le plus magistral, c'est l'ambivalence du texte qui montre l'ambivalence d'une société. C'est un livre bien en avance et visionnaire sur la société de consommation. Par la litanie des marques, des descriptions de vétements et autres, Ellis percevait déja la déshumanisation et la mise en avant définitive de l'image façe au fond.
Du coup pour contre balancer, c'est dans les scènes de meurtres et autres supplices que Ellis adopte un style naturel, cru, d'où le phénomène de dégoût que tout lecteur a eu à un moment ou a un autre en lisant ce livre. N'empèche que l'humain n'est présent que dans ces scènes là, ce qui est le plus effrayant - Chinchilla : oui, je lirai à nouveau Ellis, j'ai vraiment passé un très bon moment. Et en vérité, je ne suis pas du tout traumatisée, j'ai juste eu quelques moments délicats pendant ma lecture ;o)
Fashion : tu crois que le film montre tout ? Parce que si oui, Christian risque de rester sans moi...
Le rat à la page : non, c'était mon premier Ellis, mais "Lunar Park" suivra ;o)
Bartllebooth : entièrement d'accord avec toi !
Cryssilda : en effet... - J'ai été traumatisée par le film d'une nullité épouvantable, du coup je fais maintenant un blocage sur cet auteur. J'avais lu Lunar Park, je l'avais même dévoré et même s'il semble très différent j'avais trouvé le procédé intéressant. J'ai 3 Ellis dans ma PAL dont celui-ci... tu me donnes (enfin) envie de leur redonner une chance (j'hésitais même à les revendre chez Gibert).
- C'est marrant, je ne pourrais pas vraiment dire que j'ai aimé ce livre. Même si je dois reconnaître que dans son genre, il est trés réussi.
Par moment, certaines scènes m'ont véritablement donné la nausée et à ceux qui m'ont par la suite demandé si je leur conseillais ce livre, je n'ai pas su quoi répondre.
En tout cas, je n'ai pas eu le goût de lire un autre roman de Bret Easton Ellis depuis... - Lou : nul dans quel sens ? Et c'est très violent ?
Isabelle : je pense qu'il faut voir au-delà de la violence et du côté tape à l'oeil du livre, mais ça ne doit pas être évident quand on n'a pas l'habitude de ce genre de livres. Moi aussi je pense que je ne saurais pas si je peux conseiller ce livre à mes proches. - Le rat, le rat, moi cette scène ne m'a pas marquée plus que ça
C'est surtout l'ambiance et l'histoire qui sont mémorables dans le sens où il n'y a rien d'équivalent en littérature. Comme dit Erzébeth, c'est culte !
Je ne pense pas avoir vu le film, mais il ne peut pas être pire que le livre, qui laisse toute sa place à l'imagination gore du lecteur.















