27 septembre 2009

Lolita ; Vladimir Nabokov

LolitaFolio ; 501 pages.
Traduit par E.H. Kahane.
1955
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Lettre N du Challenge ABC 2009 :

C'est un long monologue que nous livre Lolita, écrit par un homme qui tente d'expliquer ses actes aux juges que constituent à la fois les individus qui exercent cette profession mais aussi les lecteurs.
Humbert Humbert débute par son enfance, et par celle par qui, nous dit-il, tout a commencé. Elle s'appelait Annabelle, ils étaient enfants, ils se sont aimés, puis il l'a perdue. Dès lors, Humbert Humbert cherche un type particulier de jeunes filles, pas forcément très jolies, pas forcément remarquables par la plupart des gens, mais qui correspondent à sa définition des nymphettes.
Il se marie tout de même à l'âge adulte, puis divorce avant de se rendre aux Etats-Unis. Là-bas, il est interné quelques temps pour des troubles psychologiques. A sa sortie, un concours de circonstances l'amène à prendre pension chez une certaine Mrs Haze. C'est là qu'il voit pour la première fois celle qui deviendra sa plus grande obsession, la fameuse Lolita.

Comme tout le monde, je connaissais ce que l’on dit toujours lorsqu'on évoque le plus célèbre roman de Vladimir Nabokov, à savoir qu’il raconte l’histoire d’un homme d’âge mûr qui tombe amoureux d’une nymphette, Dolorès Haze, douze ans. A première vue, il n’y a pas de raison de chercher plus loin la raison pour laquelle les éditeurs américains refusèrent le texte en 1955. Pourtant, si Lolita est un chef d’œuvre, c’est parce que chaque fibre de ce roman provoque délibérément le lecteur, et pas nécessairement en faisant appel à la relation Humbert Humbert/Lolita.

Lolita nous entraîne en effet dans une histoire où le sarcasme, la mauvaise foi et le délire sont rois. Nabokov n’épargne aucune exagération à son lecteur. Je pense notamment au moment où là mère de Lolita, qui vient de découvrir la personnalité d’Humbert Humbert est éliminée en se faisant réduire le crâne en bouillie. Notre narrateur ainsi libéré peut aller récupérer sa Lolita, et en faire sa maîtresse dans un établissement appelé Les Chasseurs Enchantés, sans doute rempli de personnes bien pensantes. Avec elle, il parcourt l’Amérique, toujours plus vers l’ouest comme un pionnier, et peut intenter un procès à la société de consommation, aux apparences, à la psychiatrie (ce n’est pas Sylvia Plath qui le contredira), etc...

« Je me surprends à penser aujourd’hui que notre voyage n’avait fait que souiller de longs méandres de fange de ce pays immense et admirable, cette Amérique confiante et pleine de rêves, qui n’était déjà plus pour nous, rétrospectivement, qu’une collection de cartes écornées, de guides disloqués, de pneus usés –et des sanglots de Lo dans la nuit, chaque nuit, chaque nuit, dès que je feignais de dormir. »

Lolita est aussi un hymne à la littérature. Humbert Humbert n’est qu’un surnom, son histoire est un récit écrit. Il se protège dernière Poe et sa Virginia pour défendre son amour, la préface du livre est une fausse. On peut aussi voir dans cette œuvre un pastiche des contes de fées, et plus particulièrement du Petit Chaperon Rouge, avec le Grand Méchant Loup et la petite fille qui se fait croquer*. Le texte entier est de toute façon une pure merveille. Quand on prononce le titre « Lolita », il est bien difficile de ne pas ajouter la suite de l’incipit du roman tellement il fait partie de la mélodie. Nabokov joue avec les mots, leur donne une dimension poétique humoristique puis de plus en plus tragique.
Pour preuve, mon stock de mouchoirs a sérieusement souffert durant la dernière partie du livre. Les masques tombent un peu, le propos se fait moins assuré, et on a du mal à s’y retrouver. On pleure pour Lolita, Lolita la manipulatrice qui n’est qu’une enfant, dont on ne connaîtra jamais les pensées, mais qui a été brisée par son existence et qui n’a plus aucun repère.


« Il m’a brisé le cœur. Toi, tu n’as brisé que ma vie. »

Et puis on pleure aussi pour Humbert Humbert, cet homme détestable, qui finit par devenir pathétique. Nabokov avait bien calculé sont coup, car en donnant la parole à un narrateur tel que H.H., qui écrit pour se réhabiliter mais aussi peut-être pour les raisons qu'il énonce à la fin du roman, dans ses dernières lignes, il est impossible pour le lecteur de ne pas finir par ressentir de l'empathie pour le "monstre" de l'histoire. La confrontation entre poésie et perversité est irrésistible, et j'ai refermé le livre complètement piégée par l'auteur et son héros.


"Il était indispensable que H.H. subsiste deux ou trois mois de plus afin qu'il te fasse vivre à jamais dans l'esprit des générations futures. Ainsi subsistent les aurochs et les anges, tel est le secret des pigments immuables, tels sont les sonnets prophétiques, tel est le refuge de l'art. Et c'est la seule immortalité que je puisse partager avec toi, oh, ma Lolita."

Je parle très mal de ce livre, mais il m’a véritablement bouleversée. Alors bien sûr, Lolita est un roman sulfureux, même aujourd’hui. Mais pour le lecteur qui parvient à prendre un peu de recul, c’est la découverte d’un chef d'oeuvre qu'il y a au bout.


Les avis d'Erzébeth, Dominique, Essel, Le Livraire, et d'autres sur Blog o Book.


Les plus attentifs d’entre vous se souviennent peut-être que j’ai lu, au début de l’année, un livre de Francis Garnung, La pomme rouge. En relisant mon billet sur ce dernier texte, je réalise à quel point les parcours de François et d’Humbert Humbert sont semblables quand débutent leurs récits. Tous deux ont perdu leur premier amour, tiennent les rênes de l'histoire. Y avait-il des études sur les pédophiles leur donnant un profil type ? Les auteurs se sont-ils influencés (ça paraît étrange) ? Quelqu'un a t-il une explication ?

* Il se peut aussi que Ne le dites pas aux grands d'Alison Lurie, que j'ai lu juste après, me fasse un peu délirer.

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25 septembre 2009

Ethan Frome ; Edith Wharton & Ethan Brand ; Nathaniel Hawthorne

34869442_p_1_Gallimard ; 201 pages.
Traduit par Pierre Leyris.
1911
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Lorsque j'ai acheté Ethan Frome cet été, après avoir découvert de façon plus approfondie Edith Wharton par le biais de L'écueil et d'Eté, ma curiosité était d'autant plus piquée que ce livre de la romancière américaine semble s'inspirer d'un texte très court de Nathaniel Hawthorne, Ethan Brand. Ma récente lecture de La Maison aux sept pignons m'ayant donné envie de me replonger un peu dans la littérature américaine et plus particulièrement dans celle d'Hawthorne, j'en ai profité pour prendre connaissance des deux textes. Il ne s'agit pas du tout de comparer les deux textes, j'en suis bien incapable, mais ces deux lectures sont liées au moins dans mon esprit, donc je les regroupe dans un seul billet.

Notre narrateur est coincé pour une grande partie de l'hiver à Starkfield, un village du Massachussetts. Là-bas vit un étrange personnage, Ethan Frome. Il a une cinquantaine d'années mais en paraît trente de plus. Sa vie est misérable et sa mine basse.
Il porte toute la culpabilité du monde sur ses épaules depuis vingt-quatre ans, lorsqu'un "écrasement" l'a laissé boîteux. Il était alors un jeune homme volontaire, mais mal marié à l'acariâtre et hypocondriaque Zenobia. Dans son malheur était tout de même arrivée une bulle de fraîcheur, la cousine de Zenobia, Mattie. Recueillie par sa parente après le décès de son père, la jeune fille ne tarde pas à faire succomber Ethan.

Je crois que j'ai rarement lu un texte aussi sombre. Sachez qu'en ouvrant Ethan Frome, vous vous embarquez dans un hiver sans fin. Il symbolise les malheurs des personnages, l'isolement dans lequel ils se trouvent, et l'absence de toute issue. Ethan et Mattie sont des êtres naturellement gais, et leurs rires résonnent dans ce livre, mais le contexte dramatique qui les entoure est tel que l'on se sent oppressé en permanence.
Les trois personnages qui habitent la petite ferme des Frome sont emprisonnés, chacun à leur manière, par les autres. Ethan tout d'abord, s'est laissé marier à une femme qui ne sait que se plaindre, et avec laquelle il n'a jamais rien pu partager. La quitter est impossible pourtant, il a trop de conscience pour cela, et ses conditions matérielles ne le permettent pas. Mattie est une jeune fille sans ressources, fragile, maladroite, et qui aurait été condamnée à mort sans le "secours" de sa cousine. Quant à Zenobia, son personnage est peut-être le plus intrigant. Bien entendu, son opposition à l'amour unissant Ethan à Mattie s'explique par le fait qu'être la femme délaissée n'est pas un sort enviable, surtout au début du XXe siècle. Je lui donnerais presque un coeur lorsqu'elle fond en larmes devant son plat de mariage brisé. Mais elle est certainement davantage terrorisée à l'idée de ne plus avoir un petit chien auquel elle peut parler de ses délires d'hypocondriaque, que véritablement attachée à son mari. Tout le livre tourne autour de ce trio, avec seulement quelques incursions dans la vie du village de Starkfield.
Le dénuement du texte est d'ailleurs voulu par Edith Wharton, qui l'indique dans sa préface. Ses personnages sont tout en retenue, il n'y a pas d'étalage de grands sentiments, la misère s'impose d'elle même, et c'est sans doute ce qui rend ce texte si attachant. L'écriture de Wharton nous offre quelques pâles soleils d'hiver, beaucoup de neige et de mélancolie. C'est un très beau texte.

Si vous voulez vous remonter le moral, allez lire le fabuleux billet de la regrettée Renarde  (encore des malheurs) sur ce livre. Alice aussi a lu ce livre.


J'ai donc, suite à ma lecture d'Ethan Frome, découvert Ethan Brand, un texte contenu dans le recueil Contes et récits de Nathaniel Hawthorne (que j'avais déjà commencé à lire l'année dernière et que9782742769308_1_ je recommande). 

Ce n'est pas la neige et le froid qui dominent dans ce texte, mais au contraire le feu et la lumière éblouissante qu'il dégage.

Un chaufournier et son fils s'apprêtent à passer la nuit près du four dont ils ont la garde lorsqu'un rire retentit, celui d'un homme "qui ne rit pas comme un homme qui est content." Lorsque l'inconnu se montre, c'est Ethan Brand, l'ancien chaufournier qui apparaît. Il était parti à la recherche du Péché sans Pardon.

On ne saura jamais avec exactitude ce qu'a fait Ethan Brand, mais ce texte se concentre, comme d'habitude semble t-il avec Hawthorne, sur la culpabilité des personnages. Le texte est très court (une vingtaine de pages), mais la plume d'Hawthorne est puissante et efficace, et l'on en ressort sonné.

Je n'irai pas au-delà de ces quelques mots, ce qui est indigne, parce qu'Ethan Brand mériterait davantage d'attention. J'espère que la curiosité vous amènera quand même à le lire.

16 septembre 2009

Malpertuis, histoire d'une maison fantastique ; Jean Ray

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Espace Nord ; 285 pages.
1943
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Malpertuis est un nom qui a longtemps été pour moi un simple titre sans attache. C'est chez Sentinelle que j'ai appris qu'il s'agissait d'une histoire fantastique, et le fait qu'elle l'ait fortement préféré à Les Envoûtés de Witold Gombrowicz (que j'ai adoré) m'a naturellement mis l'eau à la bouche.

L'histoire de Malpertuis, cette demeure inquiétante située dans une rue tranquille nous est contée par quatre narrateurs. Le premier est un voleur, qui a dérobé dans un établissement religieux les récits manuscrits de trois témoins des événements qui ont provoqué le drame de toute une famille.
Avant sa mort, le richissime oncle Cassave réunit les siens autour de lui, et leur annonce les conditions de sa succession. Tous devront s'installer à Malpertuis sans autorisation de quitter la demeure, et jouiront d'une somme d'argent importante pour leurs dépenses courantes. Les deux derniers à y demeurer, car l'Oncle Cassave compte bien sur quelques désertions et meurtres, devront s'unir, et recevront la totalité de l'héritage du viel homme.
L'homme meurt : " - Mon coeur dans Malpertuis... pierre dans les pierres...", laissant ses descendants se plier à ses dernières volontés.

J'avais de grandes attentes concernant ce roman lorsque je l'ai ouvert, et je n'ai pas du tout été déçue. Ce récit est tout bonnement incroyable, passionnant, et bien plus profond que ce à quoi je m'attendais.
L'ambiance créée par Ray est cauchemardesque. Malpertuis est une bâtisse effrayante de l'extérieur : "Sa façade est un masque grave, où l'on cherche en vain quelque sérénité, c'est un visage tordu de fièvre, d'angoisse et de colère, qui ne parvient pas à cacher ce qu'il y a d'abominable derrière lui. Les hommes qui s'endorment dans ses immenses chambres s'offrent au cauchemar, ceux qui y passent les jours doivent s'habituer à la compagnie d'ombres atroces de suppliciés, d'écorchés vivants, d'emmurés, que sais-je encore ?" A l'intérieur, c'est pire. Les bougies sont soufflées par des forces inconnues, des voix s'élèvent sans qu'aucune créature vivante ne soit présente dans la pièce, des meurtres effroyables sont commis sans que personne ne les mentionne à posteriori, comme si les victimes n'avaient jamais existé, et les habitants de Malpertuis ont tous des comportements inexplicables. C'est Jean-Jacques, l'un des neveux de l'oncle Cassave qui nous raconte la majeure partie des événements, mais l'incompréhension du lecteur est encore renforcée par le fait que d'autres voix, évoquant des faits parfois bien antérieurs au drame final de Malpertuis, s'élèvent.
Il est difficile de parler de ce roman, de vous faire comprendre à quel point il est bien mené, parce que dévoiler ses mystères serait criminel. Mais Malpertuis est bien plus qu'un roman d'épouvante. Jean Ray utilise les légendes et la mythologie pour sonder l'âme humaine et incarner ses idées dans ses personnages. Il embarque le lecteur bien plus loin que d'autres romans fantastiques, parce qu'il est mené par un auteur qui sait parfaitement où il veut en venir. Il faut juste accepter de cesser de se cramponner à une rampe rassurante, et se laisser guider.

C'est un coup de coeur.

"A plusieurs reprises, j'ai vu une jeune fille de grande beauté, assise immobile auprès de ce tombeau.
J'ai voulu lui adresser la parole, mais chaque fois que je me dirigeai vers elle, je la vis disparaître comme une fumée. J'ai pourtant pu voir qu'elle portait un bandeau noir sur les yeux et que sa chevelure, rouge comme du cuivre brûlant, était bien étrange."

Les avis de Laurence, A girl from Earth, La liseuse et Sophie (qui n'a pas du tout aimé)

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13 septembre 2009

La Maison aux sept pignons ; Nathaniel Hawthorne

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Gallimard ; 348 pages.
Traduit par Claude Imbert et Marie Elven.
The House of the Seven Gables. 1851
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Voilà un livre qui occupait ma bibliothèque depuis ma découverte de Nathaniel Hawthorne l'année dernière. C'est suite à ma lecture de Malpertuis de Jean Ray (dont je vous parle bientôt) que j'ai eu envie de me replonger dans cet auteur qui me semble de plus en plus fascinant.

La Maison aux sept pignons débute en Nouvelle-Angleterre, au XVIIe siècle. Le colonel Pyncheon est alors l'un des personnages les plus influents de la région, et sa volonté d'établir une dynastie portant son nom ne supporte aucune contradiction. Ainsi, lorsqu'il jette son dévolu sur la terre de Matthew Maule, un homme modeste qui a dégagé un coin de forêt pour s'établir, il est persuadé d'obtenir ce qu'il veut. Le bras de fer s'achève sur l'échafaud, où Maule doit être exécuté après avoir été reconnu coupable de sorcellerie. Ses dernières paroles sont pour le colonel Pyncheon, qui a orchestré la fin de son rival. Maule lui promet de façon solennelle qu'il périra en buvant du sang.
L'orgueilleux homme n'en tient aucun compte, et demande au fils de sa victime de lui bâtir une demeure somptueuse à l'emplacement même où se trouvait la terre des Maule. C'est ainsi qu'est bâtie la maison aux sept pignons, qui ne tarde pas à révéler que la malédiction des Maule la hante. Le jour où le colonel décide de convier tous les habitants de la région pour parader devant eux dans sa nouvelle demeure, il est retrouvé mort dans son fauteuil, du sang lui coulant de la bouche.
Les générations qui suivent seront également poursuivies par le mauvais sort. La source de Maule, qui coule dans leur jardin, est empoisonnée, la maison tombe en désuétude, et les Pyncheon perdent peu à peu de leur grandeur, sous le regard du portrait sévère du colonel trônant dans la demeure qu'il n'a pas eu le temps d'occuper.
Au XIXe siècle, il n'y a plus qu'un fantôme qui hante la vieille bâtisse : la vieille Hepzibah, si myope que son visage est parcouru en permanence d'une horrible grimace qui la rend encore plus laide qu'elle n'est. Son seul ami est un jeune photographe, Holgrave, qui habite l'un des pignons de la maison. Dépourvue de tout argent, Hepzibah est contrainte, alors que débute le livre, à ouvrir une épicerie dans le sein de sa maison. Il y a bien son oncle, le juge Pyncheon, l'image vivante de son cruel ancêtre, qui voudrait lui offrir de l'argent pour tenir son rang, mais Hepzibah refuse toute aide de sa part. Dans les jours qui suivent, Phoebé, une jeune cousine d'Hepzibah, arrive chez la vieille dame. Elle est imitée très vite par Clifford, le frère d'Hepzibah, qui vient d'être libéré après trente années passées en prison pour le meurtre de son oncle.

Dans une langue somptueuse*, qui décrit aussi bien les merveilles de la nature que la misère des âmes,250px_Nathaniel_Hawthorne_1_ Nathaniel Hawthorne étudie l'héritage que l'on reçoit nécessairement de ses ancêtres, le fil qui relie "un passé lointain au présent qui déjà s'éloigne de nous", et qu'il aimerait bien pouvoir rompre. Il utilise ici une famille, mais l'on ne peut que songer à faire un parallèle avec la jeune Amérique qui possède déjà un lourd passé empreint de puritanisme et d'immuable à l'époque d'Hawthorne. En effet, La Maison aux sept pignons, bien que plus fantaisiste et ensoleillé que La Lettre écarlate, est un roman très engagé. La critique du puritanisme, de son hypocrisie, et de l'idée de classes supérieures, est grinçante. C'est l'auteur lui même qui se charge de narrer son histoire, ce qui donne un caractère à la fois désinvolte et assumé au livre. La Chasse aux sorcières dont a été victime Matthew Maule est l'occasion d'une vive critique des autorités religieuses et laïques. "Ce fut l'un des martyrs de cette terrible illusion qui devrait nous montrer, entre autres leçons, que les classes influentes et ceux qui prennent la tête du peuple sont capables des mêmes erreurs et des mêmes passions que les foules les plus frénétiques. Prêtres, juges, hommes d'Etat - les plus sages, les plus calmes, les plus saints personnages du temps - aux meilleures places devant les potences, furent les premiers à applaudir à cette oeuvre sanguinaire, et les derniers à reconnaître leur misérable erreur."
La conséquence de toute cette folie est un gâchis immense. La vieille Hepzibah, qui a un nom et une personnalité qui m'ont un peu fait penser à Dickens, est murée dans sa demeure délabrée, et ne parvient plus à en franchir le seuil, quand son aïeul imaginait un destin de seigneur pour les siens. La culpabilité est trop grande. "Ils ne pouvaient pas s'enfuir : le geôlier avait bien pu laisser la porte entrouverte, et se cacher pour les voir fuir, au seuil ils avaient senti sa poigne ! Car il n'est de pire cachot que son propre coeur, ni de plus inexorable geôlier que soi-même !" 
Il y a eu d'autres drames avant celui d'Hepzibah. Celui d'Alice tout d'abord, qui un jour a jeté des graines entre deux pignons, donnant ainsi naissance au "bouquet d'Alice", avant d'être victime de la haine entre les Maule et les Pyncheon. Quant à Clifford, le frère d'Hepzibah, c'est brisé qu'il rentre chez lui après sa libération. Amoureux du beau et de la lumière, c'est en Phoebé qu'il retrouve la force de vivre.
On oscille entre ombre et lumière dans ce roman. Les très nombreuses descriptions pleine de poésie et souvent d'humour m'ont donné le sentiment d'être dans une maison magique inoffensive. Les premiers pas d'Hepzibah en tant que marchande sont touchants, tout comme l'apétit pantagruélique du jeune Ned Higgins. Mais la cruauté et les sarcasmes ne sont jamais loin (le chapitre XVIII est à la fois abominable et jouissif) et donnent des accents gothiques à ce roman, rappelant ainsi au lecteur la malédiction qui pèse sur la maison aux sept pignons.

Alors bien sûr, La Maison aux sept pignons n'a pas la puissance de La Lettre écarlate. J'aurais aimé une fin plus tragique, et ne pas deviner tous les secrets de cette demeure avant qu'ils ne soient expliqués. Cela ne m'a pas cependant empêché d'en savourer chaque ligne.

* en VF en tout cas, je n'ai malheureusement pas osé tenter la version anglaise.

11 septembre 2009

Paulina 1880 ; Pierre Jean Jouve

P1130654Folio ; 245 pages.
1925
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Je ne sais plus pourquoi j'en suis venue à acheter Paulina 1880 de Pierre Jean Jouve, mais je sais que je m'attendais à trouver une histoire effrayante et sulfureuse. Cela vient sans aucun doute de la merveilleuse quatrième de couverture de mon édition, qui est la reproduction de la page 235 (sur 246 !), et qui a pour caractéristique de dévoiler tous les mystères du livre...

Paulina Pandolfini est la fille d'un noble milanais. Chérie et surprotégée par un père qui l'aime plus qu'il ne le devrait, elle passe une enfance insouciante et heureuse. "Paulina courait le long des petits canaux sur l'herbe nouvelle, et dans l'eau jusqu'aux cuisses en avril elle mangeait des fleurs à pleine bouche. Elle se croyait aimée par le vent comme certaines créatures mythologiques, elle connaissait les légendes des paysans ou les histoires des anciens dieux, faisait parler les arbres, devenait dryade, et croyait même intriguer avec un faune dans la plus grande des bandite, celle de Torano où une très sombre cipressaia descendait sur le lac de Côme."
Mais l'adolescence arrivant, le corps de Paulina se transforme. C'est avec vanité que la jeune fille considère ses nouveaux atouts, et elle ressent bientôt un désir de séduction exacerbé. Elle a dix-neuf ans lorsque le comte Cantarini, un ami de la famille mal marié, lui fait tourner la tête. Ils deviennent amants dans le plus grand secret. "Gravement, avec la douceur et la force d'un ange, il l'aimait. Elle inanimée flottait comme Ophélie dans des eaux lointaines. La voix qui les réveilla, après le jugement, leur dit qu'à partir de cette nuit ils étaient scellés l'un à l'autre dans la foi, la volupté et la détresse."
A la mort de Mario Giuseppe Pandolfini puis de la femme de Michele, un union légitime devient possible. Mais Paulina est une femme trop passionnée et trop tourmentée pour accepter une situation sans vagues.

Voilà un texte très curieux. Je ne sais pas si c'est le cadre italien ou la fin tragique qui me fait penser une telle idiotie, mais Paulina 1880 semble s'inscrire dans les codes de nombreuses histoires d'amour mythiques, comme Roméo et Juliette. Certes, ce n'est pas ici aussi fin et poussé que dans le chef d'oeuvre dont nous parlait récemment Erzébeth, mais tout le monde n'a pas le talent de Judith Arnold*.
Plus sérieusement, Paulina 1880 est un récit composé de 119 tableaux mettant en scène l'oscillation de Paulina entre amour charnel et amour mystique. J'ai trouvé ce texte un peu trop austère, malgré toute la poésie de la plume de Jouve, pour le considérer comme étant réellement moderne, mais les interrogations de Paulina vont plus loin que celles s'une simple pleurnicheuse. Il s'agit d'une femme obsédée par le lien physique qui cherche sa place, qu'elle soit dans les bras de son amant terrestre ou dans ceux de son amant mystique. Elle va jusqu'à se faire physiquement mal, au grand effroi de la mère supérieure du couvent où elle se réfugie quelques temps, puis jusqu'à commettre l'irréparable pour atteindre l'apaisement face à l'hypocrisie des hommes et de la religion.
Le métier de poète de Jouve transparaît entre ces pages, et permet de donner un caractère passionné et douloureux au texte. Certains chapitres sont juste enchanteurs. 

Paulina 1880 est un roman lent, avec très peu de dialogues, qui m'a ennuyée par moments, et que j'aurais situé à une date bien antérieure à sa publication. Je pense aussi ne pas y avoir compris grand chose, mais il a toutefois su me toucher et m'intriguer. Je l'ai lu d'une traite.

Sylvie en parle bien mieux que moi.

* pour les visiteurs non habitués de la blogosphère qui sauteraient au plafond en lisant ces mots, je plaisante...

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08 septembre 2009

Mon Enfant de Berlin ; Anne Wiazemsky

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Gallimard ; 246 pages.
2009
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Ecrire un roman sur ses parents est certainement difficile. Ecrire un roman sur l'amour de ses parents l'est sûrement encore plus. Cela nécessite une capacité à prendre du recul importante que je n'ai retrouvée à aucun moment dans Mon Enfant de Berlin.

Le roman débute en 1944, dans le sud de la France, où Claire est infirmière pour la Croix-Rouge. Avec ses compagnes, elle est dehors en permanence, à la recherche de blessés, quel que soit leur camp. Elle est une jeune femme indépendante, déterminée à se rendre utile et à cesser d'être "la fille de François Mauriac" aux yeux de tous.
Quand la guerre s'achève en France, elle redoute de rentrer à Paris, dans l'appartement bourgeois de ses parents, et de devoir embrasser un simple destin de femme en épousant Patrice, son fiancé, qui a passé toute la guerre en tant que prisonnier en Allemagne. 

Il y avait vraiment de quoi faire avec ce texte, mais je me suis ennuyée pendant la quasi-totalité des 250 pages qui composent ce livre, habitée en permanence par l'impression de lire une histoire gentillette écrite par une enfant qui refuse de considérer ses parents autrement que comme des héros.
Durant les cent premières pages, Anne Wiazemsky nous dresse le portrait d'une femme volontaire dans l'Europe détruite de l'après Seconde Guerre mondiale. Claire Mauriac nous décrit un continent qui doit mettre sa confiance dans de très jeunes femmes, pour se rendre sur les lieux des combats, conduire des ambulances sur de très grandes distances, et aussi remonter le moral des soldats. Quand vient la paix, tous s'attendent à ce que Claire, la petite bourgeoise, la fille du grand Mauriac, rentre sagement chez elle. Mais Claire a été transformée par ces années de guerre, et son enthousiasme n'est pas près de s'éteindre. Elle trouve le courage de rompre avec son fiancé malgré tout ce qu'il a enduré, et part pour Berlin, où les Alliés commencent à ne plus s'entendre, où les Allemands vivent dans des conditions misérables, et où Claire trouve enfin quelqu'un qui ignore qui est son père.
Cette première partie est la plus intéressante, même si elle est écrite dans un style que j'ai trouvé au mieux complètement plat, au pire très mièvre, et qui m'a beaucoup agacée.
A partir du moment où Wia arrive, je n'ai presque plus rien trouvé d'intéressant dans ce livre. Pire, j'ai réalisé que cette figure de femme forte que nous décrivait l'auteur dans la première partie s'intégrait en fait dans le processus d'idéalisation des parents d'Anne Wiazemsky. Comme je l'ai dit, il y a beaucoup d'aspects abordés dans ce livre. Mais tous servent à montrer combien Claire et Wia sont formidables, et relèvent dès lors de l'anecdotique. Des Allemandes se font enlever les enfants qu'elles ont eu de Français, c'est pour montrer que Claire a le courage d'en cacher une pour lui éviter ce sort cruel. Les Russes rendent les négociations de prisonniers très difficile, mais heureusement, Wia est un charmeur et un diplomate hors pair.    
Anne Wiazemsky est habitée par une pudeur, naturelle vis-à-vis de parents, problématique vis-à-vis de personnages. Quand j'ai compris que Wia serait toujours le plus beau, le plus fort, et Claire toujours la plus jolie, la plus indépendante, j'ai aussi compris que l'auteur ne nous racontait pas davantage que l'histoire (idéalisée) de ses parents. Les personnages évoqués ont existé, figurent pour certains dans les remerciements, et je pense que l'auteur n'a pas su se détacher de leur réalité.
Il y a bien quelques pistes évoquées qui m'ont intéressée, comme la situation politique en France, les menaces contre Mauriac, les accusations portées contre Wia, le décalage social entre Claire et Wia. Mais le tout m'a paru insipide. Je n'ai pas ressenti l'espoir et la volonté de vivre après l'horreur dont parle Olga, parce que je n'ai pas vu l'horreur dans ce livre.

Une grosse déception donc, qui ne me donne pas du tout envie de retrouver Anne Wiazemsky dans mes prochaines lectures.

Clarabel, Alice, Cathe et Sylire ont aimé sans réserve.

Challenge du 1% littéraire : 3/7.

06 septembre 2009

Terre des affranchis ; Liliana Lazar

terreGaïa ; 197 pages.
2009
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Nous sommes en Roumanie, sous le régime de Ceausescu. Le village de Slobozia est situé près de La Fosse aux Lions, un lac maudit, où de nombreux Turcs se sont noyés lors de tentatives d'invasion au XVIe siècle, et où pêcher est interdit, sous peine de mort, car les moroï (ou morts-vivants) habitent ce lieu. 
Pourtant, le jeune Victor Luca entretient un lien d'amour avec ce lieu, qui emporte son père violent. Plus tard, quand le jeune homme tue pour la première fois une jeune fille, c'est encore La Fosse aux Lions qui détourne les chiens de Victor. Ce dernier est victime de pulsions meurtrières, qui l'obligent à se terrer dans la maison qu'il partage avec sa mère et sa soeur pendant plus de vingt ans.
D'abord convaincu qu'il est condamné à l'Enfer, Victor finit par trouver un moyen d'expier son crime en recopiant des textes de l'Église catholique, distribués clandestinement par le prêtre du village, opposant au régime.

Terre des affranchis est un premier roman dépaysant, intriguant et riche.
Avec ce livre, le lecteur est d'abord amené à penser qu'il va lire un conte effrayant.  Victor se fera t-il prendre ? Va t-il réussir à se pardonner ses actes ? Il est traqué, d'abord par tout le village, puis par le policier du village, et même par la police communiste, qui recherche l'auteur des copies de livres religieux que le régime tente de faire disparaître. 
Ce texte est en fait bien plus complexe. Liliana Lazar crée une ambiance entre nature et civilisation, entre superstition, religion et foi politique, pleine de contradiction et d'hypocrisie, sans doute assez proche de ce qui devait régner sous Ceausescu. Le sorcier côtoie le curé et le politicien, parfois dans un seul corps, sans que personne ne puisse rien dire. Les traditions roumaines se superposent sans oser se combattre en plein jour. Les persécutions de religieux se font en silence. Le père Illie est torturé puis tué, avant d'être déclaré en fuite par les autorités. Dans un système où personne n'a jamais rien fait, il est d'autant plus facile pour les bourreaux de l'époque de Ceausescu de se faire passer pour des résistants de la première heure une fois le communisme anéanti.
Les pulsions meurtrières de Victor trouvent ainsi un espace dans lequel elles peuvent s'exprimer presque en toute sécurité. Les cadavres de La Fosse aux Lions sont attribués à la malédiction qui entoure le lac, et dans ce monde que chacun pense maîtriser, la menace ne peut venir que de l'extérieur. Je ne vais pas aller plus loin pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n'ont pas encore lu ce livre, mais l'aveuglement et l'amnésie des gens est à la fois impressionnant et parfaitement logique. Chacun cherche faussement sa rédemption.   
Beaucoup de descriptions ponctuent ce livre pour nous faire pénétrer à Slobozia, souvent avec succès. Nous baignons véritablement dans une ambiance pleine de croyances. J'ai tout de même trouvé que certaines explications étaient un peu lourdes, et que l'on m'expliquait parfois longuement des façons de faire roumaines uniquement pour que je puisse bien tout comprendre.   

Je n'ai pas eu un coup de coeur pour ce livre (contrairement à Télérama, je n'ai vu ni Barbey d'Aurevilly ni Bram Stoker* à travers ces pages), mais il s'agit d'une bonne surprise qui m'a fait sortir de mes lectures habituelles. Une romancière à suivre.   

Anne-Sophie, Cathulu, Lael et Béné ont adoré ou aimé ce livre.

Challenge 1% de la Rentrée Littéraire 2009 : 2/7.
* Heureusement, en ce qui concerne ce dernier...

02 septembre 2009

Ordalie ; Cécile Ladjali

5175020da6fa0f243cc12c429b2b9137_300x300_1_Actes Sud ; 201 pages.
2009
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Comme l'année dernière, j'ai décidé de participer au challenge organisé par Levraoueg, qui consiste à lire 1% des nouveautés de la rentrée littéraire. Ceux qui lisent régulièrement ce blog savent que l'actualité littéraire et moi ne sommes pas souvent en harmonie, mais une fois par an, ça ne peut pas faire de mal. J'ai donc jusqu'à août 2010 pour vous présenter sept des textes publiés en ce moment. Mon premier choix s'est naturellement porté sur Cécile Ladjali, dont j'ai adoré Les Vies d'Emily Pearl et aimé Les Souffleurs.

Nous sommes en 1989. Le Mur de Berlin vient de tomber, et Zakharian pense à Ilse, sa cousine, qu'il a passionnément aimée durant toute sa vie.
Il est âgé d'une dizaine d'années quand ses parents sont tués dans un bombardement allié sur Berlin, durant la Deuxième Guerre mondiale. Recueilli par son oncle et sa tante, il va désormais partager le quotidien de ses cousins Otto, Lotte, et surtout Ilse, en Autriche.
Après la guerre, Ilse étudie la philosophie, fréquente les intellectuels de son époque, rêve de créer un monde meilleur, et devient une figure majeure de la littérature germanophone de son époque. Et puis surtout, elle rencontre Lenz, un poète juif apatride détruit par la guerre, qu'elle ne cessera jamais d'aimer. "Ilse et Lenz étaient trop semblables pour s'entendre ou pour envisager de mener une vie commune. Je pense qu'il aurait fallu pour cela une certaine insouciance qui jamais ne fut une composante de leurs caractères respectifs. La poésie les rongeait et ne leur laissait aucune place pour le coeur d'autrui, la compassion ou l'empathie. L'amour comporte ces dimensions. Mais je me trouve bien ridicule à philopsopher sur l'amour quand je sais de quoi je suis capable."
Zak ne pourra qu'être le témoin impuissant de cette passion destructrice entre les deux poètes. Toujours présent aux côtés de sa cousine, afin de grappiller un peu de son attention, il se nourrira seulement des souffrances des acteurs et victimes de cette histoire, ainsi que de celles de Rachel, sa petite voisine, qui aime Zak comme ce dernier aime Ilse.

Ordalie est un roman très bien ficelé, qui me fait toujours plus apprécier Cécile Ladjali, qui se renouvèle de roman en roman tout en gardant quelques sujets de prédilection (l'obsession des mots notamment).
Ilse et Lenz, ce sont en fait Ingeborg Bachmann et Paul Celan, deux poètes majeurs de l'après-guerre profondément blessés, qui se sont nourris l'un de l'autre, dans leurs oeuvres et dans leurs vies. Ordalie utilise leurs écrits pour dévoiler leur passion mais aussi une Europe détruite de l'après guerre confrontée à des choix. En suivant cet amour décrit par un narrateur plus pathétique qu'appréciable, nous traversons en effet l'Europe et les dilemmes de l'après guerre grâce à un jeu de miroirs habilement mis en place par Cécile Ladjali.
Ilse ne renonce jamais vraiment à Lenz. Lui se marie, avec une femme qui ne pourra jamais prendre la placebachmann_celan_1_ d'Ilse, mais avec laquelle il peut fonder une famille. En ce qui concerne le reste, le gouffre qui sépare les deux amants est le même. Après la guerre, il y a ceux qui, comme Ilse, croient encore au pouvoir des mots, tentent de le raviver, et de créer quelque chose de nouveau. La vision de Lenz et de Zak est beaucoup plus pessimiste, même si c'est pour des raisons opposées. Zak, malgré la fascination qu'exerce sa cousine sur lui, demeure nostalgique de l'époque nazie. Quant à Lenz, la guerre l'a laissé incapable d'espérer. Il se détourne de la politique, dédaigne les groupes littéraires qu'il juge snobs et vains. Pour les deux hommes, le verdict est sans appel : "Ilse s'était acharnée à vouloir faire fleurir les pierres", alors que "le coeur de l'humanité avait cessé de battre depuis sept ans."
La guerre n'est jamais mise au premier plan dans ce récit, qui se concentre exclusivement sur les personnages d'Ilse et de Lenz. Pourtant, à travers eux, c'est toute l'Histoire qui apparaît, et donne à cette biographie romancée d'un amour tourmenté une nouvelle dimension.

Paul Celan s'est donné la mort en 1970. Ingeborg Bachmann est morte brûlée vive trois ans plus tard, à Rome, dans l'incendie de sa chambre d'hôtel.

Je recommande plus que chaudement !

Challenge 1% de la Rentrée Littéraire 2009 : 1/7.
Photo : Ingeborg Bachmann et Paul Celan en 1952.