34869442_p_1_Gallimard ; 201 pages.
Traduit par Pierre Leyris.
1911
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Lorsque j'ai acheté Ethan Frome cet été, après avoir découvert de façon plus approfondie Edith Wharton par le biais de L'écueil et d'Eté, ma curiosité était d'autant plus piquée que ce livre de la romancière américaine semble s'inspirer d'un texte très court de Nathaniel Hawthorne, Ethan Brand. Ma récente lecture de La Maison aux sept pignons m'ayant donné envie de me replonger un peu dans la littérature américaine et plus particulièrement dans celle d'Hawthorne, j'en ai profité pour prendre connaissance des deux textes. Il ne s'agit pas du tout de comparer les deux textes, j'en suis bien incapable, mais ces deux lectures sont liées au moins dans mon esprit, donc je les regroupe dans un seul billet.

Notre narrateur est coincé pour une grande partie de l'hiver à Starkfield, un village du Massachussetts. Là-bas vit un étrange personnage, Ethan Frome. Il a une cinquantaine d'années mais en paraît trente de plus. Sa vie est misérable et sa mine basse.
Il porte toute la culpabilité du monde sur ses épaules depuis vingt-quatre ans, lorsqu'un "écrasement" l'a laissé boîteux. Il était alors un jeune homme volontaire, mais mal marié à l'acariâtre et hypocondriaque Zenobia. Dans son malheur était tout de même arrivée une bulle de fraîcheur, la cousine de Zenobia, Mattie. Recueillie par sa parente après le décès de son père, la jeune fille ne tarde pas à faire succomber Ethan.

Je crois que j'ai rarement lu un texte aussi sombre. Sachez qu'en ouvrant Ethan Frome, vous vous embarquez dans un hiver sans fin. Il symbolise les malheurs des personnages, l'isolement dans lequel ils se trouvent, et l'absence de toute issue. Ethan et Mattie sont des êtres naturellement gais, et leurs rires résonnent dans ce livre, mais le contexte dramatique qui les entoure est tel que l'on se sent oppressé en permanence.
Les trois personnages qui habitent la petite ferme des Frome sont emprisonnés, chacun à leur manière, par les autres. Ethan tout d'abord, s'est laissé marier à une femme qui ne sait que se plaindre, et avec laquelle il n'a jamais rien pu partager. La quitter est impossible pourtant, il a trop de conscience pour cela, et ses conditions matérielles ne le permettent pas. Mattie est une jeune fille sans ressources, fragile, maladroite, et qui aurait été condamnée à mort sans le "secours" de sa cousine. Quant à Zenobia, son personnage est peut-être le plus intrigant. Bien entendu, son opposition à l'amour unissant Ethan à Mattie s'explique par le fait qu'être la femme délaissée n'est pas un sort enviable, surtout au début du XXe siècle. Je lui donnerais presque un coeur lorsqu'elle fond en larmes devant son plat de mariage brisé. Mais elle est certainement davantage terrorisée à l'idée de ne plus avoir un petit chien auquel elle peut parler de ses délires d'hypocondriaque, que véritablement attachée à son mari. Tout le livre tourne autour de ce trio, avec seulement quelques incursions dans la vie du village de Starkfield.
Le dénuement du texte est d'ailleurs voulu par Edith Wharton, qui l'indique dans sa préface. Ses personnages sont tout en retenue, il n'y a pas d'étalage de grands sentiments, la misère s'impose d'elle même, et c'est sans doute ce qui rend ce texte si attachant. L'écriture de Wharton nous offre quelques pâles soleils d'hiver, beaucoup de neige et de mélancolie. C'est un très beau texte.

Si vous voulez vous remonter le moral, allez lire le fabuleux billet de la regrettée Renarde  (encore des malheurs) sur ce livre. Alice aussi a lu ce livre.


J'ai donc, suite à ma lecture d'Ethan Frome, découvert Ethan Brand, un texte contenu dans le recueil Contes et récits de Nathaniel Hawthorne (que j'avais déjà commencé à lire l'année dernière et que9782742769308_1_ je recommande). 

Ce n'est pas la neige et le froid qui dominent dans ce texte, mais au contraire le feu et la lumière éblouissante qu'il dégage.

Un chaufournier et son fils s'apprêtent à passer la nuit près du four dont ils ont la garde lorsqu'un rire retentit, celui d'un homme "qui ne rit pas comme un homme qui est content." Lorsque l'inconnu se montre, c'est Ethan Brand, l'ancien chaufournier qui apparaît. Il était parti à la recherche du Péché sans Pardon.

On ne saura jamais avec exactitude ce qu'a fait Ethan Brand, mais ce texte se concentre, comme d'habitude semble t-il avec Hawthorne, sur la culpabilité des personnages. Le texte est très court (une vingtaine de pages), mais la plume d'Hawthorne est puissante et efficace, et l'on en ressort sonné.

Je n'irai pas au-delà de ces quelques mots, ce qui est indigne, parce qu'Ethan Brand mériterait davantage d'attention. J'espère que la curiosité vous amènera quand même à le lire.