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Espace Nord ; 285 pages.
1943
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Malpertuis est un nom qui a longtemps été pour moi un simple titre sans attache. C'est chez Sentinelle que j'ai appris qu'il s'agissait d'une histoire fantastique, et le fait qu'elle l'ait fortement préféré à Les Envoûtés de Witold Gombrowicz (que j'ai adoré) m'a naturellement mis l'eau à la bouche.

L'histoire de Malpertuis, cette demeure inquiétante située dans une rue tranquille nous est contée par quatre narrateurs. Le premier est un voleur, qui a dérobé dans un établissement religieux les récits manuscrits de trois témoins des événements qui ont provoqué le drame de toute une famille.
Avant sa mort, le richissime oncle Cassave réunit les siens autour de lui, et leur annonce les conditions de sa succession. Tous devront s'installer à Malpertuis sans autorisation de quitter la demeure, et jouiront d'une somme d'argent importante pour leurs dépenses courantes. Les deux derniers à y demeurer, car l'Oncle Cassave compte bien sur quelques désertions et meurtres, devront s'unir, et recevront la totalité de l'héritage du viel homme.
L'homme meurt : " - Mon coeur dans Malpertuis... pierre dans les pierres...", laissant ses descendants se plier à ses dernières volontés.

J'avais de grandes attentes concernant ce roman lorsque je l'ai ouvert, et je n'ai pas du tout été déçue. Ce récit est tout bonnement incroyable, passionnant, et bien plus profond que ce à quoi je m'attendais.
L'ambiance créée par Ray est cauchemardesque. Malpertuis est une bâtisse effrayante de l'extérieur : "Sa façade est un masque grave, où l'on cherche en vain quelque sérénité, c'est un visage tordu de fièvre, d'angoisse et de colère, qui ne parvient pas à cacher ce qu'il y a d'abominable derrière lui. Les hommes qui s'endorment dans ses immenses chambres s'offrent au cauchemar, ceux qui y passent les jours doivent s'habituer à la compagnie d'ombres atroces de suppliciés, d'écorchés vivants, d'emmurés, que sais-je encore ?" A l'intérieur, c'est pire. Les bougies sont soufflées par des forces inconnues, des voix s'élèvent sans qu'aucune créature vivante ne soit présente dans la pièce, des meurtres effroyables sont commis sans que personne ne les mentionne à posteriori, comme si les victimes n'avaient jamais existé, et les habitants de Malpertuis ont tous des comportements inexplicables. C'est Jean-Jacques, l'un des neveux de l'oncle Cassave qui nous raconte la majeure partie des événements, mais l'incompréhension du lecteur est encore renforcée par le fait que d'autres voix, évoquant des faits parfois bien antérieurs au drame final de Malpertuis, s'élèvent.
Il est difficile de parler de ce roman, de vous faire comprendre à quel point il est bien mené, parce que dévoiler ses mystères serait criminel. Mais Malpertuis est bien plus qu'un roman d'épouvante. Jean Ray utilise les légendes et la mythologie pour sonder l'âme humaine et incarner ses idées dans ses personnages. Il embarque le lecteur bien plus loin que d'autres romans fantastiques, parce qu'il est mené par un auteur qui sait parfaitement où il veut en venir. Il faut juste accepter de cesser de se cramponner à une rampe rassurante, et se laisser guider.

C'est un coup de coeur.

"A plusieurs reprises, j'ai vu une jeune fille de grande beauté, assise immobile auprès de ce tombeau.
J'ai voulu lui adresser la parole, mais chaque fois que je me dirigeai vers elle, je la vis disparaître comme une fumée. J'ai pourtant pu voir qu'elle portait un bandeau noir sur les yeux et que sa chevelure, rouge comme du cuivre brûlant, était bien étrange."

Les avis de Laurence, A girl from Earth, La liseuse et Sophie (qui n'a pas du tout aimé)