30 août 2009

Le Gardien du Feu ; Anatole Le Braz

le_braz_1_Liv'Editions ; 254 pages.
1900
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C'est Wictoria qui m'a donné envie de découvrir cet auteur que je ne connaissais jusque là que de nom.

1876. Goulven Dénès est le gardien du phare de Gorlébella (ou phare de la Vieille), au large de la pointe du Raz, en Bretagne. Ils sont trois à se relayer dans ce lieu coupé de tout, toujours deux dans le phare et un à terre.
Le récit débute alors que Goulven a enfermé sa femme Adèle et Louarn, l'un de ses collègues, dans une chambre du phare. Il a appris quelques temps auparavant que celle qu'il adorait le trompait avec l'homme auquel il a offert une position. Sa vengeance est à la hauteur de sa souffrance, et il laisse ses prisonniers mourir de faim.
La Gardien du Feu est l'histoire de sa vie par lui-même.

Voilà un livre étrange dont j'ai apprécié la lecture, même si j'avoue que je m'attendais à être davantagesecouée.
Il nous fait remonter dans le temps, à une époque où la Bretagne était considérée comme une terre vaste, divisée en pays ayant des coutumes diverses, voire incompatibles. En épousant Adèle, une Trégorroise, Goulven est avertiPointe_du_Raz qu'il pourrait bien le regretter. Surtout qu'ils poussent l'audace jusqu'à se rendre sur la pointe du Raz, là où tout est embrumé, où l'on regarde les étrangers d'un air étrange, et où les légendes ne prédisent rien de bon.
Ceci donnait au livre un côté sympathique mais sans plus. Durant la première partie de ma lecture, j'avais du mal à me fondre réellement dans l'ambiance, et à comprendre l'intérêt que présentait réellement ce texte.
En fait, je suis complètement entrée dans le jeu d'Anatole le Braz, qui manipule la narration et la connaissance qu'il a des mystères de sa Bretagne pour tromper le lecteur, et lui faire lire au premier degré un récit bien plus noir et original qu'il n'y paraît. La fin du livre se lit avec un oeil neuf, douloureusement, parce notre regard n'est plus détourné et que l'on connait déjà l'issue du calvaire conté par un Goulven qui n'entend plus que sa haine. Contrairement à Wictoria, je n'ai aucun doute sur ce qu'il s'est réellement passé, même si l'on ne peut effectivement que le deviner.

Yvon a également lu ce texte. Il existe une adaptation de ce roman en bande dessinée, appréciée par La Liseuse

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24 août 2009

Cosmos ; Witold Gombrowicz

41111E7C12LFolio ; 220 pages.
Traduit par Georges Sedir.
1964
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Le narrateur, brouillé avec sa famille, décide de louer une chambre dans un village avec Fuchs, un autre jeune homme en quête d'apaisement. Les choses commencent mal, avec la découverte par les deux hommes d'un moineau pendu, vraisemblablement par un adulte, à proximité de la pension de famille où ils décident de louer une chambre. Dans le même temps, notre narrateur décèle un lien entre la bouche de Catherette, la servante, et celle de Léna, la fille des propriétaires de la maison.

Les points de départ de cette histoire sont complètement absurdes, et j'imagine que vous avez haussé les sourcils en lisant mon résumé. Pourtant, j'ai compris en lisant Cosmos pourquoi tout le monde sauf moi connaît Gombrowicz depuis toujours. J'ai adoré Les Envoûtés, Cosmos est une révélation.
Je pense que je suis loin d'avoir compris ce texte, mais il m'a captivée de bout en bout. Ici, tout est encore plus travaillé, plus subtil que dans Les Envoûtés. Ce dernier texte a été écrit avant tout pour distraire un large public, et c’est l’intrigue, aux multiples rebondissements, qui donnait du rythme à l’ensemble.
Cosmos est un roman dans lequel il ne se passe presque rien, mais qui donne exactement le sentiment inverse grâce à l'écriture de Gombrowicz. Il règne une ambiance malsaine dans ce texte, et la plume de Gombrowicz prend un plaisir évident à tendre le récit et à jouer avec l'absurde afin de renforcer cette impression. Il martèle les réflexions répétitives de son narrateur, crée des personnages qui usent étrangement du langage, s’attache à creuser tous les détails, et nous fait pénétrer dans une réalité totalement tronquée, car vue à travers les yeux d’un individu perturbé. Les points de départ de cette histoire semblent absurdes car il ne s'agit que d’infimes détails, mais ils permettent à Gombrowicz de construire une analyse très fine de la psychologie humaine.
L'infiniment petit domine, mais il prend des proportions énormes quand on le voit à travers les obsessions de notre narrateur. Un moineau pendu devient un véritable crime, de simples mouvements des mains deviennent suspects, des traits sur les murs deviennent des flèches indiquant d’autres méfaits, et le lecteur se laisse embarquer le plus naturellement du monde dans cette sorte de roman policier sans éléments liés rationnellement, sans victime et sans meurtrier. A quoi bon tout cela ? A montrer que les interprétations d’un seul individu, victime d’ennui (comme le suggère Fuchs), de délires obsessionnels, et de désir passionnel et glauque, peuvent lier entre eux des événements indépendants, faire exploser un cocon, et manipuler à merveille le lecteur.
Il y a sans doute beaucoup plus dans ce livre, mais il faudra certainement que j’approfondisse davantage ma connaissance de Gombrowicz pour le voir. Les auteurs que j'apprécie le plus sont ceux qui semblent avoir des obsessions que l'on retrouve d'un livre à l'autre. Ils me donnent la sensation de chercher des réponses qu'ils ne trouvent jamais, et en bonne curieuse, j'ai envie de chercher avec eux. Gombrowicz doit être de ceux-là. Ainsi, comme dans Les Envoûtés, la correspondance entre les éléments, les personnes et les événements occupe une place capitale, et ce qui est orphelin lui déplaît profondément.

J'ai peur de vous donner l'impression que ce texte est un joyeux n'importe quoi, ou qu'il s'agite beaucoup pour pas grand chose. C'est totalement faux. Il y a quelques semaines, je ne connaissais même pas Witold Gombrowicz de nom, mais Cosmos fait déjà partie de mes livres favoris.

Levraoueg a aussi aimé tout en étant déconcertée. Dominique nous livre diverses interprétations de ce grand roman.

19 août 2009

Sorties Poches

Deux livres que je n'ai pas vraiment compris, mais que je recommande chaudement malgré tout, viennent de sortir en poche.

ailleurs

Ailleurs, de Julia Leigh.

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Les Souffleurs de Cécile Ladjali, qui vient de sortir un nouveau texte. Mon billet.

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15 août 2009

Les Envoûtés ; Witold Gombrowicz

resize_6_Folio ; 468 pages.
Traduit par Albert Mailles, Hélène Wtodarczyk et Kinga Fiatkowska-Callebat.
1939
.

Nous sommes en Pologne à la fin des années 1930. La noblesse terrienne est en crise, et doit se résoudre à des solutions "dégradantes" pour survivre. Walczak, un jeune homme de vingt ans, est ainsi engagé comme professeur de tennis pour la jeune Maya Okholowska, dont la mère prend des pensionnaires pour conserver Polyka son domaine.
Dans le train qui l'amène chez ses nouveaux employeurs, Walczak rencontre Skolinski, un vieux professeur, qui est pour sa part déterminé à découvrir les trésors que renferme Myslotch, le château proche de Polyka, dont le maître a perdu la raison, et est à la merci de Kholawitski, le fiancé de Maya.
La rencontre entre Maya et Walczak est explosive. Ils sont tous deux bourrés de défauts qui les rendent peu sympathiques a priori. Très vite, leur entourage perçoit entre eux une ressemblance indéniable et inexplicable. Ils se cherchent, se cognent (dans tous les sens du terme), et commettent des actes qu'ils ne s'expliquent pas.
En parallèle, la lutte s'engage très vite à Myslotch entre Skolinski et Kholawitski, pour découvrir les secrets du vieux prince, et notamment celui de la Vieille Cuisine, dans laquelle une serviette remue inexplicablement, et où plusieurs y ont laissé la raison.

J'ai complètement adoré ce livre passionnant de bout en bout. Il mélange tous les genres de façon admirable. C'est son ambiance désuète et quelque peu gothique qui m'a d'abord séduite. Myslotch est une demeure captivante, délabrée, entourée d'une végétation sauvage qui l'isole, et pourvue de passages secrets. Le surnaturel a par ailleurs envahit les lieux suite à des drames dont plus personne ne se souvient.

"La nuit tombait et couvrait déjà les feuillages de son voile. Une lune démesurée émergea au-dessus des prés. Des chiens aboyèrent au loin. Walczak, interrogeant les ténèbres grandissantes, ne pouvait réprimer une étrange inquiétude. Soudain il pensa qu'il rêvait..."

Le mystère ne s'arrête pas là puisque le lecteur est également amené à s'interroger sur le lien qui unit Maya et Walczak, la jeune aristocrate et le prodige du tennis. Il semble bien que la proximité du château y soit pour quelque chose, mais même à Varsovie, où les deux jeunes gens ont fuit après s'être violemment battus pour mieux se retrouver ensuite, ils semblent faits l'un pour l'autre. Kholawitski est blessé, les pensionnaires de Polyka sont choqués mais se régalent d'un tel scandale, et les deux principaux intéressés sont eux aussi perplexes. D'autant plus que des crimes pour lesquels Maya et Walczak se soupçonnent mutuellement sont commis.
Amours, fantômes, envoûtements, meurtres, luttes de pouvoir, étude psychologique, bouleversements sociaux, tout est réuni pour donner lieu à un roman foisonnant servi par une très belle écriture. La fin du livre, retrouvée seulement en 1986, est un peu prévisible, mais mon côté fleur bleue n'a pas résisté.

Un gros coup de coeur, qui me donne très envie de découvrir davantage la littérature polonaise.

Praline a également été conquise. Sentinelle a moins aimé. 

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12 août 2009

Le Proscrit ; Sadie Jones

resize_6_Buchet Chastel ; 377 pages.
Traduit par Vincent Hugon.
The Outcast. 2008.

J'attends depuis des mois que Fashion s'impatiente de ne pas revoir son livre, et qu'elle m'envoie le Docteur pour le récupérer. En vain...*

Angleterre, 1957. Lewis vient de sortir de prison, et il décide de rentrer à Waterford, chez son père et sa belle-mère, là où tout le monde voudrait l'avoir oublié. Deux ans plus tôt, alors qu'il n'avait que dix-sept ans, Lewis a incendié l'église du village.
Nous suivons dès lors le fil de sa vie, depuis le retour de Gilbert, son père, du front de la Deuxième Guerre mondial, alors que Lewis n'a que sept ans. Trois ans plus tard, sa mère, une femme aimante, et originale selon la communauté de Waterford, se noie sous les yeux impuissants de Lewis. Gilbert se remarie quelques mois plus tard avec Alice, une jeune femme qui ne parviendra pas plus que son époux à établir un lien avec l'enfant, qui va peu à peu être mis à l'écart par les autres, jusqu'à ce qu'il commette un crime. "Lewis était pour elle pareil à un oiseau blessé. Et les oiseaux blessés finissaient toujours par mourir."  

Les Anglais ont vraiment un don pour savoir écrire des romans passionnants, oppressants, même lorsqu'au départ, le sujet n'était pas particulièrement original.
L'hypocrisie de la société, la peur de l'autre, le besoin de se trouver des boucs émissaires et d'en créer sont des éléments que l'on retrouve dans nombre de romans, mais c'est malgré tout une histoire particulièrement intense que nous livre Sadie Jones. Ce livre est douloureux et sa lecture n'est pas souvent agréable, car les personnages que l'on voit évoluer sont pour beaucoup au bord de l'étouffement. Il fait gris en permanence, et l'explosion finale semble de plus en plus inévitable. Rien n'est dit, aucune tentative de parler d'autre chose que du temps qu'il fait n'aboutit. Les personnages, qui s'expriment tour à tour, vont de malentendu en malentendu. C'est particulièrement visible entre Lewis, son père et sa belle-mère, mais chez les Carmichel, la situation est tout autant tendue. L'alcoolisme, la mort, les coups, la maladie, tout se fait en secret. Dire la vérité est donc le pire des crimes. "Frapper sa femme avait quelque chose d'irrationnel et leur avait toujours paru honteux à tous les deux, tandis que corriger sa fille, même avec une grande sévérité, appartenait au domaine des comportements admis. Peut-être Kit ne s'en porterait-elle que mieux. Claire ne voulait simplement pas voir ça."
Par conséquent, un personnage comme Lewis est tout simplement intolérable, d'autant plus que la petite Kit Carmichel est amoureuse de lui, et que sa famille lui a donné de nombreuses raisons de se rebeller. Le parcours de ce garçon, qui passe d'une enfance avec une mère aimante à un foyer froid se développe logiquement sous les regards dédaigneux des bourgeois de Waterford et impuissants du lecteur. Lewis est près à tourner la page et à rentrer dans le rang, mais il fait trop peur aux autres, qui ne tardent pas à le cataloguer, et finalement à le pousser à réagir exactement à l'opposé de ce qu'ils voulaient.

Un très beau roman qu'il est difficile de lâcher une fois commencé.

Les avis de Fashion (qui ajoute une vidéo du teaser, qui rappelle furieusement Expiation de Ian McEwan je trouve, mais qui donne bien le ton), de Cathulu, de Lily, de Cuné, de Clarabel, d'Amanda et de Tamara.

*merci quand même !

10 août 2009

La Métamorphose ; Franz Kafka

28163_0_2_Le Livre de Poche ; 177 pages.
Traduit par Alexandre Vialatte.
Die Verwandlung. 1912.

Grégoire Samsa, un jeune homme travaillant pour une compagnie commerciale afin de rembourser les dettes de ses vieux parents et de subvenir aux besoins de toute la famille, se réveille un matin transformé en monstrueux insecte. Lorsque sa famille le découvre, elle est horrifiée, mais ne le rejette pas complètement. Grete, la soeur de Grégoire, se charge de le nourrir et de nettoyer sa chambre. La mère aussi voudrait lui venir en aide, mais elle est trop effacée pour oser entreprendre quoi que ce soit.
Confiné dans sa chambre pendant des mois, incapable de faire comprendre aux siens qu'il les comprend, Grégoire se retrouve dans une situation de plus en plus délicate. Au fur et à mesure que les difficultés financières s'accumulent et que sa famille parvient à se défaire du lien de dépendance qui la liait à lui, et qui la maintenait dans une certaine culpabilité à son égard, le jeune homme voit ses parents et sa soeur changer dangereusement d'attitude.

La Métamorphose est une nouvelle très brève, mais cela ne l'empêche pas d'être riche, solide et bouleversante.
Grégoire Samsa se transforme en un être absolument répugnant. Kafka décrit ses pattes, évoque sa mandibule, le fait qu'il grimpe aux murs, adopte des positions effrayantes, et sente mauvais en plus d'être sale. Apétissant, non ?
Pourtant, la métamorphose dont parle le titre ne désigne pas seulement le jeune homme. Si Grégoire parvient un temps à apprivoiser sa nouvelle apparence, sa famille ne peut réprimer le dégoût qu'il lui inspire. Son attitude évolue à une vitesse effrayante et atteint des proportions cruelles et finalement fatales. Il y a un léger mieux, comme des remords : "La pomme, que personne n'osa extraire du dos de Grégoire, demeura incrustée dans sa chair comme un souvenir palpable de l'événement, et la grave blessure dont il souffrit pendant plus d'un mois sembla avoir rappelé au père lui-même que son fils, malgré sa triste et répugnante métamorphose, n'en demeurait pas moins un membre de la famille ; il ne fallait donc pas le traiter en ennemi ; le devoir exigeait au contraire qu'on surmontât son dégoût et qu'on supportât Grégoire, qu'on le supportât seulement." Mais la situation ne dure pas. Grete, la soeur aimée, celle qui comprend avant même de l'avoir vu, que son frère est en difficulté, celle à qui Grégoire voulait offrir le meilleur, est celle qui prononce la terrible sentence. Le père ne reconnaît plus son fils depuis le début, et la mère est bien trop effacée pour intervenir.
La transformation de Grégoire en ce qu'il y a de plus dégoûtant est bien évidemment une représentation symbolique imaginée par Kafka afin de sonder la nature humaine. Je n'ai pas vraiment eu le sentiment, une fois les premières pages passées, de lire une histoire fantastique. Moi qui déteste les insectes répugnants, j'ai eu du mal à ne pas grimacer en lisant ce texte, mais pas à cause de Grégoire. C'est sa famille qui m'a donné la nausée.

Du grand art.

Les avis de Lune de Pluie, de Lou, de Romanza et de Thom.

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08 août 2009

Le Tour d'écrou ; Henry James

jpg_le_tour_d_ecrou_1_Librio ; 155 pages.
Traduit par Jean Pavans.
The Turn of the Screw. 1898.

Au moment de Noël, un groupe d'amis se réunit le soir autour du feu et se raconte des histoires terrifiantes. L'un d'eux propose soudain de livrer à ses amis un récit véridique, que lui a fait une femme qu'il a aimée bien des années auparavant. C'est elle qui prend le relais pour dire son histoire au lecteur. Après un entretien avec un jeune homme qui lui a fait une forte impression, notre narratrice, alors âgée d'une vingtaine d'années, est engagée comme gouvernante de deux enfants, à la condition de ne jamais solliciter son maître, leur oncle.
Arrivée à Bly, une magnifique demeure, elle rencontre d'abord l'adorable petite Flora, et se lie d'amitié avec l'intendante, Mrs Grose. La première contrariété que connaît la gouvernante est le renvoi du jeune Miles de sa pension. Cependant, lorsqu'il arrive à son tour à Bly, il est au moins aussi attachant que sa soeur, et il paraît impensable qu'il puisse avoir fait quoi que ce soit qui mérite qu'il se retrouve dans une telle situation.
Les choses deviennent définitivement inquiétantes lorsque les spectres de Miss Jessel, l'ancienne gouvernante, et de Peter Quint, un ancien domestique de Bly, apparaissent, et semblent menacer les enfants.

Lors de la fameuse soirée au coin du feu, Douglas s'interroge : "Si l'implication d'un enfant [dans une histoire d'épouvante] donne un tour d'écrou supplémentaire, que diriez-vous de celle de deux enfants... ? " Pour ma part, ce fait a sans aucun doute contribué à me faire un énorme effet.
Ce livre est un véritable bijou, qui joue sur toutes les ambiguïtés permises par sa construction. Le début du livre m'a fait penser à Jane Eyre, mais ici la menace semble venir de partout, et l'on sombre toujours plus loin dans le macabre. C'est la gouvernante qui nous raconte l'histoire, et alors qu'elle tente tout ce qu'elle peut pour protéger ses élèves, le lecteur voit plus loin derrière les sourires angéliques. Miles et Flora sont les êtres qui mènent la danse quand les adultes font des cauchemars. La situation est malsaine, et il faut attendre les dernières lignes pour comprendre à quel point.
En effet, la fin est magistrale, et l'on se moque bien que le récit de la gouvernante ait balayé tout le reste. J'ai lu ce livre fébrilement, incapable de le reposer avant de l'avoir achevé. Naturellement, j'ai été frustrée et encore plus déconcertée, comme le savent tous ceux qui ont déjà lu ce texte. Généralement, les textes "effrayants" du XIXe siècle ne m'impressionnent pas par leur capacité à avoir conservé cette dernière caractéristique. Mais Henry James jongle tellement bien avec l'esprit humain que cette fois-ci, je n'avais pas l'impression d'avoir davantage de recul qu'un lecteur de la fin du XIXe siècle. Si vous ne connaissez pas ce chef d'oeuvre, jetez-vous dessus !

Les avis de Nibelheim, de Sylvie, de La liseuse, de Tamara, de Dominique, et d'autres sur BOB...
Cécile a lu la BD qui a été tirée de ce texte.

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03 août 2009

Le coeur cousu ; Carole Martinez

resize_4_Folio ; 442 pages.
2008.

Heureusement qu'il y a des jours où le nombre de livres que l'on a emportés en vacances est trop peu important, et où en plus il fait un temps qui rend toute baignade/ballade impossible, parce que je ne sais pas si j'aurais terminé ce livre dans d'autres circonstances, et cela aurait été dommage.

Espagne, fin du XIXe siècle. Soledad est une vieille femme avant l'heure quand elle prend la plume pour nous conter l'histoire de sa mère, la couturière qui possédait un don pour coudre les vêtements, mais aussi les coeurs, et pour réparer les chairs. Mariée à seize ans, elle donne naissance à de nombreux enfants, dont un fils, tous dotés d'étranges pouvoirs. Il y aura les frasques de son mari, les accoucheuses un peu sorcières, l'ogre, mais aussi l'exil, les tourments politiques et amoureux, et enfin l'Afrique du Nord, où elle pourra transmettre à ses filles la mystérieuse boîte qui appartient à sa famille depuis des générations, et qui contient les secrets des femmes. "Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le masculin couche avec l'Histoire. Mais il est d'autres récits. Des récits souterrains transmis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l'oreille des filles, sucés avec le lait, des paroles bues aux lèvres des mères."   

J'ai finalement passé un moment très agréable avec ce roman, mais il m'a fallu cent-cinquante pages pour que j'arrête de soupirer devant ce roman qui ne me paraissait pas vraiment original, et certainement bien moins captivant que je l'espérais. Le tout était bien mignon, mais cela n'allait pas plus loin.
Puis, le dépaysement est venu, avec la dimension plus profonde et plus noire du récit. J'ai sans doute enfin pu capter des éléments qui ne se contentaient pas simplement de me faire un effet semblable à celui que j'ai ressenti en lisant La Mécanique du coeur (roman qui manque à mon avis cruellement de profondeur avant de foncer tête baissée dans l'ennui).
Au final, je ne sais pas vraiment ce que je peux vous dire pour ne pas vous effrayer, et vous faire penser à tort que je n'ai pas aimé ce livre. Carole Martinez est parvenue à jouer avec les codes du conte, les histoires de grand-mère et les clichés, afin d'en tirer un récit émouvant, familier, et conscient de la noirceur des choses et des hommes. Même la magie ne peut rien contre la cruauté, les médisances et l'ombre, mais les enfants Carasco, dans toute leur innocence, parviennent à peu près à s'en sortir et à nous ensoleiller entre les mauvaises rencontres. J'ai notamment  lu la dernière partie avec le coeur très très gros. 
Il ne s'agira pas pour moi du roman de l'année, mais il est incontestablement doté d'un pouvoir de séduction très fort. Ce livre est finalement surprenant (il m'a un peu fait penser à Sylvie Germain) et je ne peux que rajouter Carole Martinez à ma liste d'auteurs à suivre.

Les avis de Fashion, Dda, Clarabel, Sylvie, Liliba, Karine, Leiloona, Schlabaya, Amanda,  (je crois que ce serait plus simple de recenser ceux qui ne l'ont pas lu... allez voir sur Blog-o-Book en fait ! )

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