resize_4_Folio ; 442 pages.
2008.

Heureusement qu'il y a des jours où le nombre de livres que l'on a emportés en vacances est trop peu important, et où en plus il fait un temps qui rend toute baignade/ballade impossible, parce que je ne sais pas si j'aurais terminé ce livre dans d'autres circonstances, et cela aurait été dommage.

Espagne, fin du XIXe siècle. Soledad est une vieille femme avant l'heure quand elle prend la plume pour nous conter l'histoire de sa mère, la couturière qui possédait un don pour coudre les vêtements, mais aussi les coeurs, et pour réparer les chairs. Mariée à seize ans, elle donne naissance à de nombreux enfants, dont un fils, tous dotés d'étranges pouvoirs. Il y aura les frasques de son mari, les accoucheuses un peu sorcières, l'ogre, mais aussi l'exil, les tourments politiques et amoureux, et enfin l'Afrique du Nord, où elle pourra transmettre à ses filles la mystérieuse boîte qui appartient à sa famille depuis des générations, et qui contient les secrets des femmes. "Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le masculin couche avec l'Histoire. Mais il est d'autres récits. Des récits souterrains transmis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l'oreille des filles, sucés avec le lait, des paroles bues aux lèvres des mères."   

J'ai finalement passé un moment très agréable avec ce roman, mais il m'a fallu cent-cinquante pages pour que j'arrête de soupirer devant ce roman qui ne me paraissait pas vraiment original, et certainement bien moins captivant que je l'espérais. Le tout était bien mignon, mais cela n'allait pas plus loin.
Puis, le dépaysement est venu, avec la dimension plus profonde et plus noire du récit. J'ai sans doute enfin pu capter des éléments qui ne se contentaient pas simplement de me faire un effet semblable à celui que j'ai ressenti en lisant La Mécanique du coeur (roman qui manque à mon avis cruellement de profondeur avant de foncer tête baissée dans l'ennui).
Au final, je ne sais pas vraiment ce que je peux vous dire pour ne pas vous effrayer, et vous faire penser à tort que je n'ai pas aimé ce livre. Carole Martinez est parvenue à jouer avec les codes du conte, les histoires de grand-mère et les clichés, afin d'en tirer un récit émouvant, familier, et conscient de la noirceur des choses et des hommes. Même la magie ne peut rien contre la cruauté, les médisances et l'ombre, mais les enfants Carasco, dans toute leur innocence, parviennent à peu près à s'en sortir et à nous ensoleiller entre les mauvaises rencontres. J'ai notamment  lu la dernière partie avec le coeur très très gros. 
Il ne s'agira pas pour moi du roman de l'année, mais il est incontestablement doté d'un pouvoir de séduction très fort. Ce livre est finalement surprenant (il m'a un peu fait penser à Sylvie Germain) et je ne peux que rajouter Carole Martinez à ma liste d'auteurs à suivre.

Les avis de Fashion, Dda, Clarabel, Sylvie, Liliba, Karine, Leiloona, Schlabaya, Amanda,  (je crois que ce serait plus simple de recenser ceux qui ne l'ont pas lu... allez voir sur Blog-o-Book en fait ! )