resize_3_Le Livre de Poche ; 155 pages.
2002.

J'ai dans ma bibliothèque des ouvrages dont je suis incapable d'expliquer la présence. Mais Virginia Woolf ayant publié Rilke, qui a été l'amant de Lou Andréas-Salomé, je me suis dit que c'était l'occasion de découvrir ces deux personnages.

Lou Andréas-Salomé (1861-1937), née à Saint-Petersbourg, dans la famille d'un officier du tsar, a été l'une des femmes les plus amirées et brillantes de son temps. Elle a envoûté Nietzsche, Rilke, et nombre d'autres hommes, en s'appuyant sur une curiosité intellectuelle inaltérable, et ces éléments ont contribué à lui permettre de mener librement sa vie.

Je suis très mitigée après ma lecture de cette biographie. Je ne connaissais absolument pas le personnage de Lou Andréas-Salomé, donc je ne peux pas me prononcer sur le fond, mais la façon dont le personnage est présenté m'a laissée perplexe.
Pour commencer, je n'ai rien contre les auteurs qui sont en pâmoison devant leur sujet d'étude, mais chez Françoise Giroud, cela sonne faux, quand elle ne donne pas l'impression de délirer. Le texte emploie le registre soutenu, mais pour nous montrer qu'elle est la meilleure amie de Lou, l'auteur nous balance des remarques complètement à côté de la plaque, qualifie la soeur de Nietzsche de "pure salope" et place un "elle m'énerve Lou quand elle fait telle chose" quand ça l'amuse. Encore une fois, je ne dis pas que ces remarques sont inexactes, mais ces variations brutales du registre employé ont gêné ma lecture.
Surtout qu'à plusieurs reprises, Françoise Giroud avance des interprétations qui manquent d'arguments pour les soutenir, ce qui décrédibilise encore son propos. Elle explique par exemple que pour elle, Lou a refusé tout rapport sexuel avant l'âge de trente-cinq ans parce qu'elle aurait été victime d'inceste, mais à par dire qu'elle aimait beaucoup son père et avait cinq frères, rien n'étaye sa thèse. Le livre entier me semble même contradictoire. Il s'agit de nous démontrer que Lou a été une femme libre, qui a dominé les hommes qui papillonaient autour d'elle et qui subvenait elle-même à ses besoins (d'ailleurs nous avons droit à une conclusion dans laquelle Françoise Giroud se lâche complètement), mais c'est pourtant à travers tous ses amants que Françoise Giroud nous présente Lou. Connaître le nom du premier qui a eu le droit de coucher avec cette dernière, et l'énumération des noms de ses amants semblent être les questions fondamentales de l'étude, bien plus que son oeuvre et son influence. Comme si, à trop vouloir nous montrer une femme forte, libre, et dominatrice, Françoise Giroud avait produit l'effet contraire à celui qu'elle désirait.

Au final, j'ai davantage envie de découvrir les travaux des hommes de la vie de Lou Andréas-Salomé que d'approfondir ma connaissance de cette femme qui était pourtant au centre de cette biographie. Je l'ai lue jusqu'au bout parce qu'elle est très courte, mais je n'ai pas réussi à aller au-delà des défauts de ce texte et ne pense pas recroiser Françoise Giroud en tant qu'écrivain à l'avenir. Je déteste être aussi méchante...

Nanne a été nettement plus convaincue.   

Après cette lecture, j'ai découvert un texte de Rainer Maria Rilke, La Princesse Blanche, Une scène au bordresize_8_ de la mer, dans sa première version et sa version définitive.Il s'agit d'une pièce de théâtre se déroulant dans un palais au bord de la mer. Le prince est absent pour la première fois depuis onze ans, et sa femme, qui n'était qu'une enfant lorsqu'elle l'a épousé, pense que son amant va enfin pouvoir lui offrir, même si cela n'est que pour une nuit, un sens à sa vie.

"... Mais les enfants deviennent des reines...
LA PRINCESSE :
Oui, quand on les arrache à l'enfance,
à ses roses, ses légendes,
et que la couronne d'oranger n'offre,
croient-elles, que des ombres froides,
alors oui : les enfants même deviennent des reines."

Nous voguons entre rêve, vie et désespoir avec ce très court texte du poète allemand. Cette lecture n'a rien d'un conte de fées, et contient une certaine profondeur et de très beaux passages. Cependant, je connais bien trop peu le théâtre, l'auteur, et ce à quoi Rilke fait référence pour vous en dire davantage.

Rainer Maria Rilke, La Princesse Blanche, une scène au bord de la mer, Zoé, Genève, 1898.1904.