Voyage au bout de la nuit ; Louis-Ferdinand Céline
Parmi les romanciers qui me terrorisent, Céline occupe une place de choix. Voyage au bout de la nuit est acclamé par à peu près tout le monde, de nombreuses remarques relatives au style ou encore à l'ambiance du livre circulent et contribuent à faire de ce texte un épouvantail. Quant à la bête en elle même : 500 pages écrites en tout petit (d'ailleurs, si Folio réduit encore la police, je propose Voyage au bout de la nuit pour une prochaine chaîne de livres)...
Toutefois, vous me connaissez, je suis une blogueuse de parole, et je mets un point d'honneur à réaliser les défis que je me lance (hum), donc j'ai pris une grande inspiration, et je me suis lancée à la découverte de cette oeuvre.
Résumer cette oeuvre est très difficile. Disons simplement que nous suivons Bardamu, un jeune homme qui correspond à l'idée que l'on se fait d'un raté, dans la nuit humaine.
Il m'a fallu deux semaines pour achever cette lecture, mais quelle fin ! Ne vous en faîtes pas, je vais vous barber avec le style de Céline, mais la fin de Voyage au bout de la nuit m'a tellement impressionnée que c'est par là que je vais commencer. Les pérégrinations de Bardamu à la guerre, puis en Afrique et en Amérique se déroulent et s'achèvent de façon parfaitement naturelle. Mais à partir du moment où Bardamu s'installe à Rancy, même si la misère humaine est toujours décortiquée avec autant de brio, je voyais la fin se rapprocher dangereusement, en me demandant si j'allais avoir droit à une conclusion qui ne me laisserait pas sur le trottoir. Non seulement ça n'a pas été le cas, mais en plus les derniers événements donnent une telle puissance et un tel sens à tout le reste que Voyage au bout de la nuit restera un immense souvenir de
lecture pour moi. En fait, à ce moment là, je me suis sentie un peu comme face à Lumière d'août il y a un an. Le texte de Céline est linéaire, mais à l'image de celui de Faulkner, on ne peut l'apercevoir qu'une fois la lecture achevée.
Attention, je ne suis pas en train de dire que j'ai compris le quart du tiers de la moitié de ce qui est contenu dans Voyage au bout de la nuit. Il va même falloir que je me documente sérieusement, parce que je veux en savoir plus à propos de ce texte. Toutefois, j'ai suffisamment goûté ma lecture pour me prendre une formidable gifle.
Outre les aspects de la construction que je viens d'évoquer, j'ai savouré la prose de Céline comme je l'avais rarement, voire jamais fait. Le texte semble avoir été écrit à la va vite, le récit de Bardamu est parsemé de fautes de langue qui le rendent parfois difficilement compréhensible, mais tout a en réalité été soigneusement pensé. J'ai voulu noter les phrases qui me frappaient, mais j'ai vite réalisé qu'il me faudrait recopier le texte en intégralité. Voyage au bout de la nuit est un livre qui transpire d'intelligence. Chaque phrase fait mouche, l'argot devient poésie, le sombre devient comique. Dans le même esprit, Bardamu, ce raté, et même Robinson, ce double raté, semblent finalement les seuls à avoir pris la mesure de la situation.
On m'avait dit que Céline vomissait le monde des hommes avec ce livre, je me suis contenté de le trouver vrai. L'absurdité de beaucoup de choses dans l'existence, la recherche de l'habitude et de la conformité plutôt que du bien être, la politique de l'autruche, ça ne vous rappelle vraiment rien ?
Je vais m'arrêter là, parce que j'ai vraiment honte de mon billet. Je vous livre quelques unes des citations que je n'ai pu m'empêcher de relever :
"Mentir, baiser, mourir. Il venait d'être défendu d'entreprendre autre chose. On mentait avec rage au-delà de l'imaginaire, bien au-delà du ridicule et de l'absurde, dans les journaux, sur les affiches, à pied, à cheval, en voiture. Tout le monde s'y était mis. C'est à qui mentirait plus énormément que l'autre. Bientôt il n'y eut plus de vérité dans la ville."
"Le monde ne sait que vous tuer comme un dormeur quand il se retourne le monde, sur vous, comme un dormeur tue ses puces. Voilà qui serait certes mourir bien sottement, que je me dis, comme tout le monde, c'est-à-dire. Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu."
"La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi."
"Elle leur cache tout la vie aux hommes. Dans le bruit d'eux-mêmes ils n'
"Le train est entré en gare. Je n'étais plus très sûr de mon aventure quand j'ai vu la machine. Je l'ai embrassée Molly avec tout ce que j'avais encore de courage dans la carcasse. J'avais de la peine, de la vraie, pour une fois, pour tout le monde, pour moi, pour elle, pour tous les hommes.
C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
Des années ont passé depuis ce départ et puis des années encore... J'ai écrit souvent à Detroit et puis ailleurs à toutes les adresses dont je me souvenais et où l'on pouvait la connaître, la suivre Molly. Jamais je n'ai reçu de réponse.
La Maison est fermée à présent. C'est tout ce que j'ai pu savoir. Bonne, admirable Molly, je veux si elle peut encore me lire, qu'elle sache bien que je n'ai pas changé pour elle, que je l'aime encore et toujours, à ma manière, qu'elle peut venir ici quand elle voudra partager mon pain et ma furtive destinée. Si elle n'est plus belle, eh bien tant pis ! Nous nous arrangerons ! J'ai gardé tant de beauté d'elle en moi et pour au moins vingt ans encore, le temps d'en finir.
Pour la quitter il m'a fallu certes bien de la folie et d'une sale et froide espèce. Tout de même, j'ai défendu mon âme jusqu'à présent et si la mort, demain, venait me prendre, je ne serais, j'en suis certain, jamais tout à fait aussi froid, vilain, aussi lourd que les autres, tant de gentillesse et de rêve Molly m'a fait cadeau dans le cours de ces quelques mois d'Amérique. "
"Derrière la Pérouse, c'est la grande ruée du ciel. Une abominable débâcle, il en arrive tournoyants des fantômes des quatre coins, tous les revenants de toutes les épopées... Ils se poursuivent, ils se défient et se chargent siècles contre siècles. Le Nord demeure alourdi longtemps par leur abominable mêlée. L'horizon se dégage en bleuâtre et le jour enfin monte par un grand trou qu'ils ont fait en crevant la nuit pour s'enfuir."
" Mais si! qu'il lui a répondu. Que j'en ai du courage! et sûrement bien autant que toi !... Seulement moi si tu veux tout savoir... Tout absolument... Eh bien, c'est tout, qui me répugne et qui me dégoûte à présent ! Pas seulement toi !... Tout!... L'amour surtout !... Le tien aussi bien que celui des autres... Les trucs aux sentiments que tu veux faire, veux-tu que je te dise à quoi ça ressemble moi ? Ça ressemble à faire l'amour dans des chiottes! Tu me comprends-t-y à présent ?... Et tous les sentiments que tu vas chercher pour que je reste avec toi collé, ça me fait l'effet d'insultes si tu veux savoir... Et tu t'en doutes même pas en plus parce c'est toi qui es une dégueulasse parce que tu t'en rends pas compte... Et tu t'en doutes même pas non plus que tu es une dégoûtante!... Ça te suffit de répéter tout ce que bavent les autres... Tu trouves ça régulier... Ça te suffit parce qu'ils t'ont raconté les autres qu'il y avait pas mieux que l'amour et que ça prendrait avec tout le monde et toujours... Eh bien moi je l'emmerde leur amour à tout le monde !... Tu m'entends ? Plus avec moi que ça prend ma fille... leur dégueulasse d'amour !... Tu tombes de travers !... T'arrives trop tard ! Ça prend plus, voilà tout !... Et c'est pour ça que tu te mets dans les colères ?... T'y tiens quand même toi à faire l'amour au milieu de tout ce qui se passe?... De tout ce qu'on voit?... Ou bien c'est-y que tu vois rien ?... Je crois plutôt que tu t'en fous !... Tu fais la sentimentale pendant que t'es brute comme pas une... Tu veux en bouffer de la viande pourrie ? Avec ta sauce à la tendresse ?... Ça passe alors ?... Pas à moi !... Si tu sens rien tant mieux pour toi ! C'est que t'as le nez bouché ! Faut être abrutis comme vous l'êtes tous pour pas que ça vous dégoûte... Tu cherches à savoir ce qu'il y a entre toi et moi ?... Eh bien entre toi et moi, il y a toute la vie... Ça te suffit pas des fois ? "
Les avis de Wictoria, Roxane, Julien et Thom.
Lu dans le cadre du défi Blog-o-trésors que j'achève ainsi.
Commentaires sur Voyage au bout de la nuit ; Louis-Ferdinand Céline
- Je te donne mes impressions sur Céline si tu me jures que ça reste entre nous... j'ai commencé ce livre un nombre incalculable de fois, pour sa réputation, parce que j'étais étudiante en lettres, parce que je n'aime pas que les livres me résistent, et tout plein d'autres raisons plus ou moins bonnes... je n'ai jamais passé les 20 premières pages... c'est effrayant : je déteste cet auteur ! Absolument impossible à lire, ça va au-delà d'un style qui ne me plait pas, même si c'est la raison principale : je ne peux pas lire ça et je crois que maintenant, j'ai définitivement renoncé...
- Un autre qui me fait peur! Et d'après ce que tu dis, je ne suis pas toute seule!! Je vais donc, tranquillement, essayer de, peut-être, me faire à l'idée de le lire!! Ne serait-ce que parce que je suis curieuse!! Sauf que j'avoue que 500 pages écrites en minuscules caractères, ça fait un peu peur aussi, non??
- Eh bien ! Quel bel hymne à ta lecture! Tu en parles vraiment très bien! Céline, on ne l'aime pas forcément tout de suite! J'ai dû l'étudier en long et en large et je l'ai détesté. Plus tard, je l'ai relu en essayant d'oublier tout ce que je savais sur lui et j'ai enfin compris pourquoi on l'encensait tellement malgré ses idées pour le moins non conformes.Mais le commenter comme tu l'as fait, bravo! Ce n'était pas évident!
- Il semblerait que Céline, l'auteur tant décrié, aie fait succomber une nouvelle victime de son style, Lilly ... Heureusement que cet auteur te faisait peur, sinon qu'aurait été ton billet ?! "Voyage ..." est une œuvre qui ne peut pas se résumer car elle nous parle de l'humanité, de la société, dans ce qu'elle a de plus sombre, de plus noir, de plus réprouvé et de plus caché au fond de l'individu. C'est tout ce qui fait sa force et son intensité depuis 1932 ! Maintenant que tu as mis le doigt dans l'engrenage célinien, il te faudrait lire "Mort à crédit" et "D'un château l'autre", ses autres grands romans ! Je ne te parle même pas des biographies ... Bon courage avec Céline !
- Manu : ça m'a permit de récupérer "Mort à crédit" ;o)
Ys : en vingt pages tu ressens tout ça et tu sais que tu vas détester le livre ?
Ofelia : c'est très dur de parler des livres qu'on a vraiment aimés, même quand comme moi on ne cherche qu'à parler de son ressenti.
Karine
: pour ma part, je tourne autour de ce livre depuis la terminale, mais je l'ai commencé le jour de mon achat, je me suis dit que c'était le moment.
Maribel : il m'arrive de lire des livres pour ma culture générale (pour les cours en fait), mais les livres dont je parle sur mon blog sont ceux que j'ai choisis par curiosité, parce qu'il me semblait qu'ils pouvaient m'apporter quelque chose.
Mango : je regrette de ne pas avoir fait "lettres modernes" rien que pour voir comment on peut être dégoûté d'un livre par son étude.
Nanne : Manu m'a très gentiment donné "Mort à crédit" il y a quelques semaines, donc je le lirai aussi. Je sais combien tu aimes Céline, et ça ne m'étonne pas que nos avis se rejoignent une nouvelle fois ;o) "Féérie pour une autres fois" n'est pas bien ? En fait, j'adore le titre...
Darkanny : lesquelles avais-tu lues ? - Oh, j'aime beaucoup les premières lignes écrites par Nanne.
En fait, je me sens toute conne, j'ai lu ton beau billet, je crois sincèrement que ce livre-là fait partie des quelques œuvres qui méritent réellement d'être rencontrées, d'être vécues, puis je lis les extraits, et celui qui parle de Molly, pfff, me rappelle un ami, fou de sa Molly à lui et fou de Céline, qui m'avait recopié ce même passage, il voulait tant que je lise ce bouquin... Je l'ai acheté il y a six ans. Et je trouve ça tellement dommage que je me dorlote la plupart du temps avec des livres faciles, alors que la plupart des grandes œuvres sont ailleurs...
Bref, il est très bien, ton billet. Vraiment très bien. Merci ! - Trois fois bravo"On m'avait dit que Céline vomissait le monde des hommes avec ce livre, je me suis contentée de le trouver vrai."
Bravo, trois bravo pour votre billet. Vous parlez très bien de ce livre quasiment impossible à résumer. Et oui, Du fait de la typographie, le livre est difficilement lisible. Même en grand format !
Pour ma part, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de choses à comprendre dans ce texte. Je l'ai trouvé plutôt claire. Céline a vécu (guerre, voyages, ect.) et il a inventé, imaginé aussi comme tout romancié. C'est un observateur fin, redoutable même. Un écrivain qui "sent" très bien les choses ; un écrivain en empathie avec son environnement, son époque, la société, le monde.
Le génie de Céline et ce qui fait de lui un grand écrivain, c'est son style - cet argot et la poésie triste qui se dégagent de ses descriptions - qui nous immerge dans le(son) monde, celui des "petites" gens, des gens de tous les jours. Chez Céline, et c'est tout à fait remarquable, le style participe de la compréhension, de l'élucidation du monde.
Lorsque l'on met ainsi le monde à nu avec un tel réalisme, on peut s'attendre à des réactions rejets, des réactions parfois même féroces. Beaucoup ne se reconnaissent pas dans la prose célinienne. Beaucoup aussi, il faut le dire, fantasment la réalité. Céline le montre très bien lorsqu'il parle de la guerre, de l'héroïsme, de la patrie, etc. C'est une charge très violente contre la guerre et un hymne à la paix. Cette réalité fantasmée, il la décrit aussi avec la mère de Bardamu lorsqu'elle regarde le paysan au travail. (Et il faut lire aussi la mère d'Apollinaire écrire se qu'elle croit être la guerre à son fils au front...) Bref, certaines personnes ont des certitudes que Céline ébranle. Comme elles ne sont pas prêtes de remettre en question leurs représentations, elles préfèrent rejeter le texte.
C'est pourquoi lire de bons livres - ceux qui ne caricaturent pas, ne déforment pas la réalité mais détourent une partie de la réalité pour la mettre en exergue - est si important : pour comprendre le monde, le mettre en perspective, cerner la réalité. Et ne pas être leurré par cette image, cet avatar de la réalité que l'on nous fabrique tous les jours (les médias, certains romans, etc.). Déchirer cette image.
Bien sûr, je ne lirai pas que Céline.
Il peut intimider aussi. Bien sûr, l'homme est condamnable pour ses propos et ses textes antisémites. Enfin, bien sûr, on peut ne pas aimer, ne pas accrocher à son style. Mais il reste un écrivain génial.
Si la philosophie est l'amie de la vérité en ce qu'elle explore et élucide la réalité, alors une partie de la littérature - à laquelle "Voyage au bout de la nuit" appartient - est la plus haute forme de la philosophie. Et Céline, un ami de la vérité.
Voici quelques infos :
- Pour une introduction à Voyage au bout de la nuit, l'excellent article de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Voyage_au_bout_de_la_nuit
- Écouter également la version audio du texte lue par des comédiens. De mémoire 16 CD qu'on peut trouver en bibliothèque ou d'occasion. Une expérience inoubliable.
- Écouter également les lectures de Fabrice Luchini. Ça vaut vraiment d'être écouté aussi. Le texte prend une autre dimension.
http://livres-coeurs.fr/Reportages/Evenements/Fabrice-Luchini-lit-Baudelaire-Bernhard-Celine-et-Valery-Recit.html
http://livres-coeurs.fr/Reportages/Evenements/Fabrice-Luchini-lit-Baudelaire-Bernhard-Celine-et-Valery-Photos.html
(Mes excuses pour ce commentaire un peu long et ne espérant n'en avoir pas trop fait.) - Erzébeth : il avait quitté sa Molly ce type ? (je suis trop curieuse, je sais)
Je pense vraiment que tu aimerais ce livre en tout cas.
Ofelia : et moi qui avais fait exprès de ne pas mettre de remarque lourdingue à ton adresse... ;o)
Theoma et Kealie : j'admire ceux qui ont lu et aimé ce livre au lycée !
Ankya : comme je l'ai dit à Karine, je pense qu'il faut attendre le bon moment, comme avec tous les livres en fait.
Darkanny : "Mort à crédit" m'attend, j'espère qu'il me convaincra davantage. - Bonjour Lilly,
J'ai commencé il y a quelques temps la lecture de ce voyage au bout de la nuit. J'ai interrompu ma lecture. Par faute de temps. Le style des premiers chapitres étaient à la hauteur des commentaires flatteurs que recueille ce bouquin.
Seulement, je suis un lecteur lent. J'attendais donc d'être seul sur une île pour jouir de ce texte. Vous venez par votre commentaire de solliciter la reprise de ma lecture... à suivre. - Je tiens à te remercier Lilly, d'avoir mis des extraits de Céline dans ton billet. Son style m'a tellement frappé et plu que ce soir en jouant au Trivial Pursuit, à la question "qui a écrit 'invoquer sa postérité c'est faire un discours aux asticots'" j'ai répondu Céline. Et j'ai gagné un camembert.
Voilà.
Merci Lilly, merci Céline. - Ofelia : tu ne croyais pas si bien dire en me traitant d'admirable, hein ? Je suis ravie de t'avoir fait gagner un camembert en tout cas ;op
Gangoueus : il est certain que lire ce livre par bribes n'est pas forcément ce qu'il y a de mieux. Mais je sais que tu aimeras (enfin, je pense).
LePetitCélinien : merci d'être passé, et de me conseiller ce joli titre qu'est "Féerie pour une autre fois" !
Erzebeth : quel âne ! pardon ! quel mec ! (pardon, cher Céline...) - J'ai mis du temps à lire Céline,l'effet épouvantail je pense...et comme toi j'ai eu un choc de lecture. J'ai trouvé "Le voyage au bout de la nuit" totalement exceptionnel, de la littérature comme on en rencontre finalement peu. Le personnage de Céline est à l'image de l'oeuvre, démesuré! Contente de voir que tu as apprécie!
- Tu me rassures, je ne suis pas le seul que Céline et sa sulfureuse réputation terrorisent. Toutefois, et malgré l'excellence de ton billet, autant tu avais réussi à me "déculpabiliser" et à me tenter avec Faulkner, autant cette fois-ci, la boule d'angoisse m'est restée dans le ventre...
@ Ofelia : gagner un camembert grâce à des asticots, je n'aurai qu'un mot : bravo !! - "Féérie pour une autre fois" est un bon roman qui introduit "D'un château l'autre" qui est - selon moi - le meilleur de tout ce qu'il a pu écrire. Personnellement, je le pense meilleur que "Voyage ..." parce que plus réaliste. Dans ce roman, Céline n'imagine pas, il décrit avec sa verve et son cynisme incroyable un monde qui s'écroule et les personnes qui continuent à faire semblant d'y croire. "Rigodon" n'est pas mal non plus, dans le même genre. Bref, tout Céline, en fait !
- lecture en cours...Salut !
Je suis en train de le lire, comme beaucoup de gens, je l'ai déjà commencé une fois sans le finir. Il y a quelques jours, je l'ai recommencé et à vrai dire, j'ai accroché dès le début. Sa vision noire me plait beaucoup, tellement elle a l'air vraie et tellement elle est "piquante". Je viens de terminer le passage des fantômes avec La Pérouse qui me parait énigmatique.
A lire ton billet, j'ai hâte de le finir et de voir si ça me fera le même effet.
Si quelqu'un peut m'expliquer ce passage, ou simplement parler du livre, n'hésitez pas à m'écrire. - j'en suis arrivé au bout !Salut Lilly,
c'est tant pis pour ce passage. Je trouvais qu'il faisait un peut "OVNI" dans le roman. C'est quand Bardamu se promène avec Tania (une des anglaises) qui vient d'apprendre la mort de son amant allemand. Il regarde le ciel et alors il se lance dans une description des fantômes sortent de l'obscurité, pour s'en fuir au final par le trou fait dans la nuit par la lumière du soleil levant. Bref... un petit moment de poésie qui ne me semble pas vraiment à sa place.
Sinon, j'viens tout juste de finir l'oeuvre et j'en suis content. Je m'attendais à un deus ex machina, mais finalement la fin est bien moins "fantastique" et "spectaculaire" que je ne l'imaginais. J'ai tout de même apprécié. Céline mets une certaine puissance dans ses phrases. Les meilleures sont celles qui dérangent, surtout quand on les trouve vraies après coup. - La lucidité de l'écorchéSavez-vous qu'il existe l'univers et vous ? Pour être seul, y'a pas de problème, on y arrivera, les autres nous y aideront. Engoncé dans ma solitude, je regardais dehors, pour toucher l'autre, je ne m'en approchais jamais vraiment. Mais je voulais avoir droit à mon ami, sans le savoir! La lecture de "Voyage au bout de la nuit" et de "Mort à crédit" m'en a apporter un magnifique qui avait la tendresse de la lucidité. Se mentir ou mentir aux autres devenait superflu. Pleurer avec son ami, n'a jamais été ma tasse de thé, mais lui tenir la main si fermement afin que cet accompagnement soit éternel. Céline m'a pris la main et il n'y avait là aucune pitié mais au contraire sa main m'a porté pour supporté ce qui ne l'était pas pour moi à ce moment là.

















