La Pleurante des rues de Prague ; Sylvie Germain
Cette lecture commence à vraiment remonter. Tant pis, je voulais vraiment vous en parler.
Depuis quelques années déjà, les capitales d'Europe de l'est me fascinent. C'est donc tout naturellement que j'ai décidé de poursuivre ma découverte de Sylvie Germain avec ce titre.
" Elle est entrée dans le livre. Elle est entrée dans les pages du livre comme un vagabond pénètre dans une maison vide, dans un jardin à l'abandon. Elle est entrée, soudain. Mais cela faisait des années déjà qu'elle rôdait autour du livre. Elle frôlait le livre qui cependant n'existait pas encore, elle en feuilletait les pages non écrites et certains jours, même, elle a fait bruire imperceptiblement ces pages blanches en attente de mots.
Le goût de l'encre se levait sur ses pas. "
Les quelques lignes qui ouvrent ce récit plongent immédiatement le lecteur dans une histoire au style très travaillé, et empreinte d'une mélancolie profonde.
Le narrateur nous guide à travers ses rencontres avec la Pleurante des rues de Prague, cette apparition au physique déformé, moins femme que symbole. Elle cristallise toutes les souffrances de la ville de Prague, le deuxième grand personnage de l'histoire. Depuis Jan Hus jusqu'au temps présent, en passant par la Seconde Guerre mondiale, nous traversons les époques, les rues, les blessures et les injustices renfermées par cette capitale mystérieuse à laquelle Sylvie Germain rend un vibrant hommage.
Nous explorons ainsi avec ce récit à fleur de peau, le coeur humain dans ce qu'il a de plus douloureux. Nous vivons l'absence, l'adieu, le manque, la mémoire, sentiments collectifs ou plus intimes, mais qui anéantissent, toujours. "Les gens dont le coeur est trop nu, inconsolé, sont ainsi. Plus rien ne peut vêtir ceux dont le coeur gît dans la nuit, dont les pensées s'effrangent au fil des rues désertes." Il n'y a pas un seul dialogue dans ce livre, les apparitions sont toujours furtives, mais la Pleurante est dotée d'un pouvoir de fascination suffisant pour porter le récit. "Elle a toujours cette allure de quelqu'un qui s'en va, de quelqu'un qui s'éloigne pour ne plus revenir, et cependant, chaque fois qu'elle paraît, elle arrive en plein coeur du témoin de son apparition. Elle avance à rebours dans le regard et la mémoire."
Je n'ai pas été captivée par chaque page de ce livre, et j'ai parfois trouvé les effets de style un peu lourds. Toutefois, La Pleurante des rues de Prague demeure un bel ouvrage qui nous donne envie de le chérir, et de découvrir toujours plus Sylvie Germain.
Les avis de Sylvie, Nanne (qui nous offre en plus de superbes photos) et Michel.
Commentaires sur La Pleurante des rues de Prague ; Sylvie Germain
- Nanne : ton émotion se ressent très bien dans ton billet.
Erzébeth : le rythme risque d'être lent encore quelques temps, vacances et autres obligations moins marrantes obligent...
Aifelle : je crois avoir lu cela quelque part moi aussi.
Mango : "Tobie des marais" m'a plus plu quand même. J'en suis encore à une phase de découverte avec Sylvie Germain, je n'ai pas encore eu de coup de coeur, mais j'y compte bien.
Leiloona : un bon moment à venir alors ;o)
Lou : tous ses titres sont tentants sur le papier, pour ma part je n'ai pas encore fait mon choix.
Schneeweiss : quel joli pseudo ! "Le Livre des Nuits" a l'air très beau en effet. - Sylvie Germain file tranquillement son oeuvre , indifférente au courant médiatique même si elle est connue du grand public.J'aime sa manière de dire l'indicible , sa poésie imprégnée d'une grande sensibilité à la nature.
Je savais qu'elle avait vécu à Prague mais ne connaissais pas ce livre ...
J'ai été marquée par "L'enfant méduse" et "Magnus". Je n'ai pas été déçue par "L'inaperçu", par contre je n'ai pas pu lire le dernier "Hors Champ" et me suis arrêtée à la cinquantième page tant je m'ennuyais , tant je trouvais son style lourd et sans poésie : méconnaissable !
















