resize_4_Pocket Classiques ; 378 pages.
1835.

Je suis loin d'avoir lu toute la Comédie Humaine, mais j'aime énormément Balzac. Pour une raison inexplicable, je pensais que Le Père Goriot était un roman raté de l'auteur. Il est beaucoup étudié dans le secondaire, j'imagine que certains de mes camarades ont dû souffrir dessus. Il a fallu qu'Erzébeth fasse un billet plus qu'élogieux dessus pour que je me décide à l'acquérir, et encore plusieurs mois avant que j'éprouve l'envie de le lire.

1819. Nous sommes dans la pension Vauquer, une misérable institution où se côtoient des individus au train de vie modeste, mais qui ne manquent pas d'ambition. Parmi eux, le père Goriot est l'objet de taquineries perpétuelles. Après avoir eu pendant quelques temps des allures de riche homme, il semble de plus en plus en proie à des difficultés financières. Son malheur vient de deux femmes que les autres occupants de la pension imaginent être des courtisanes, mais qui s'avèrent être les filles du père Goriot. Ce dernier les a très richement mariées, et depuis, elles le dédaignent et ne viennent le voir que lorsqu'elles ont besoin d'un argent qu'elles ne peuvent demander à leurs maris. Goriot, aveugle car très aimant, cède à tous leurs caprices.
Nous faisons la connaissance des deux femmes par le biais d'un autre pensionnaire de Madame Vauquer, Eugène de Rastignac. Ce jeune provincial, issu d'une famille noble désargentée, parvient à entrer dans les meilleurs cercles de la société de Saint-Germain grâce à la vicomtesse de Beauséant, sa cousine éloignée. Il devient l'amant de Madame de Nucingen, la cadette des filles Goriot, ce qui lui attire les affections du vieillard. 

Voilà l'un des meilleurs livres de Balzac que j'ai lus. Le Père Goriot est un texte incroyablement vivant, ironique, foisonnant. Il ne se contente pas de suivre le malheureux vieillard qui se laisse ruiner par ses filles et de nous offrir une réflexion sur la paternité. C'est toute la société de Saint-Germain qui est passée à la loupe, avec d'innombrables clins d'oeil aux autres romans de l'auteur. J'ai une folle envie de me replonger dans La duchesse de Langeais, je vous parle bientôt de Gobseck, et il me faut La femme abandonnée. Sans parler de Rastignac et de Vautrin, qui sont parmi les personnages balzaciens les plus célèbres, et que je meurs d'envie de retrouver.
On ne s'ennuie pas une seconde tellement les destins abordés sont nombreux. Le paraître, les intrigues amoureuses ou autres, le mariage, l'amitié, sont développés dans un portrait très cynique de la société de Saint-Germain (la pension Vauquer n'est pas non plus épargnée). Cette pauvre vicomtesse de Beauséant, qui tient un salon où tout le monde veut paraître, et qui est finalement jetée à tous ces vautours venus contempler son coeur brisé, j'en ai encore mal pour elle... Si j'aime tant les personnages de Balzac, c'est parce qu'il a beau les décrire comme étant la représentation physique de ce qu'ils sont intérieurement, ils n'en sont pas caricaturaux pour autant. On les voit odieux puis misérables, parce qu'ils vivent finalement tous dans un milieu où les gens se mangent entre eux. J'imaginais que les filles de Goriot étaient de véritables mégères. Après lecture de ce roman, je n'approuve évidemment pas leur comportement. Mais elles ont leur part de malheur, et Goriot pense lui même qu'il est en partie responsable de sa situation.
Je me demande vraiment comment Rastignac va tourner dans cette société pourrie, et les suggestions de Bianchon concernant la décoration d'une certaine tombe m'ont fait beaucoup rire. La fin est vraiment plombante, même si Balzac nous offre comme d'habitude une petite pique pour achever son texte.

Si vous voulez lire cet auteur, ce livre me semble être une parfaite introduction à son oeuvre. Il ne comporte aucune longueur, la présentation de la pension Vauquer est juste jouissive, et il est de plus en plus difficile de poser ce roman au fur et à mesure qu'on avance dans l'intrigue. En plus, si j'en crois tous les commentaires lus ici et là sur la blogosphère, Vautrin est un vrai tombeur (même si j'avoue préférer Rastignac pour l'instant).

Les avis d'Erzébeth , d'Isil et de Yue Yin.