07 avril 2009

Contes de la folie ordinaire ; Charles Bukowski

resize_2_Le Livre de Poche ; 192 pages.
Traduite par Léon Mercadet et Jean-François Bizot.
V.O. :
Erections, Ejaculations, Exhibitions, and General Tales of Ordinary Madness. 1972.

Je suis sortie de chez le libraire en me demandant ce qui m'était passé par la tête. Déjà, j'étais sûre que j'allais détester Bukowski. En plus, j'avais choisi non pas un roman, mais des contes de quelques pages, genre que j'apprécie de moins en moins. Et le pire était qu'il s'agissait vraiment d'un choix réfléchi : ce bouquin, je l'ai commandé chez mon libraire, je ne suis même pas tombée dessus par hasard.
Si vous ajoutez cela à mon achat de Si je t'oublie Jérusalem de Faulkner, qui s'est avéré n'être autre que Les palmiers sauvages, que j'avais déjà (j'adore les romans dont le titre varie, même si je ne suis pas totalement blanche sur ce coup-là), vous pouvez vous dire que je n'étais vraiment pas dans mon assiette dernièrement.

En fin de compte, dès la première page, j'ai su que je n'allais pas regretter mon achat. Je vous fais d'habitude un résumé des livres que je lis, mais d'ordinaire, je ne lis pas de recueils, donc c'est plus facile. Disons qu'il s'agit de tranches de vie de personnages dont la personnalité est généralement très proche de celle de Bukowski, quand l'auteur ne se met pas clairement lui même en scène. A travers elles, ce livre évoque des thèmes qui reviennent sans cesse au fil des contes : le désamour, l'écriture, l'auteur maudit, le sexe facile, l'alcool, la violence, le puritanisme de la société américaine, le genre humain en fait...

Tous les contes ne m'ont pas captivée (un livre un peu plus court ne m'aurait pas du tout gênée), mais beaucoup sont vraiment excellents, variés tout en traitant de thèmes semblables. Je craignais de me retrouver face à des histoires qui ne parlent que de sexe et d'alcool, et effectivement on en a à volonté. Mais la réflexion proposée par ce livre va beaucoup plus loin. Certains contes font vraiment mal, surtout La plus jolie fille de la ville (conte qui ouvre le livre en douceur), Le petit ramoneur, La machine à baiser, Trois femmes, J'ai descendu un type à Reno, et Le Zoo libéré (qui achève le livre en beauté). A un moment, Bukowski est hilare parce qu'on l'a qualifié de "sensible". C'est terrible, parce que tous ces hommes, qui ne parlent que de s'envoyer la première fille qu'ils croisent et qui semblent ne rêver que de ne rien faire, sont exactement ce qu'ils jurent ne pas être. J'ai aussi un gros faible pour les récits où les femmes ne sont pas que des ombres, et où au final ce sont les hommes qui se font baiser.
Étrangement, on rit beaucoup dans ce livre provocateur, qui dresse un portrait sans concession de la société américaine et de ses habitants. Parce que l'auteur n'y va pas de main morte (la description du type écrasé après s'être défenestré par exemple illustre bien cela), mais aussi parce qu'il écrit très bien, et qu'il sait se servir de ce don pour mêler une certaine poésie à l'absurde et au répugnant (j'avais lu un début de poème de Bukowski chez Erzébeth qui m'avait beaucoup plu). 

Ce livre m'a un peu fait penser à Last Exit to Brooklyn, mais légèrement, hein ! Il s'agit donc d'une très bonne surprise, et encore d'un auteur que je retrouverai dans un avenir que j'espère pas trop lointain.

Les avis de Sylvie, Thom, et Praline.

Posté par lillounette à 01:52 - - Commentaires [25] - Permalien [#]
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