Le coeur est un chasseur solitaire ; Carson McCullers
Le Livre de Poche ; 448 pages.
Traduit par Marie-Madeleine Fayet.
The Heart is a Lonely Hunter. 1940.
Je ne sais même plus ce qui m'a poussée à me procurer ce roman. Son titre sans doute, et quelques très bons avis lus je ne sais plus trop où.
Nous sommes dans une petite ville du sud des Etats-Unis. Mr Singer, un sourd-muet bienveillant et très discret, reçoit les confidences de plusieurs personnes aussi blessées que lui. Mick d'abord, est une gamine qui joue à la fois les garçons manqués et les mamans pour ses petits frères. Elle aime la musique, et rêve d'un ailleurs. Le docteur Copeland est un Noir engagé, qui n'est pas parvenu à transmettre ses idéaux à ses enfants, mais qui espère des jours meilleurs. Biff est un patron d'un café très seul et plein de sentiments qu'il ne devrait pas éprouver pour sa survie, et Mr Blount est convaincu d'être le gardien d'un message particulier pour l'espèce humaine.
Nous les suivons, ainsi que leurs proches, à travers des étés trop chauds et des hivers glaciaux.
Voilà encore un très beau roman américain. Difficile de croire qu'il a été écrit par une jeune fille de seulement vingt-deux ans tellement il cerne le coeur humain et tellement il met à jour la résignation de son auteur face au destin de chacun de nous.
L'individu apparaît en effet très seul dans ce roman. L'amour, ou ce qui s'en rapproche, n'est jamais retourné. Ni l'envie, ni l'espoir. Tous les personnages que nous suivons sont des rêveurs, des individus qui croient que le meilleur est encore possible. Ils veulent vivre, faire éclater leurs sentiments, mais leur réunion ne donne que le silence. Le muet, celui sur lequel circulent toutes sortes de légendes traduisant la fascination qu'il inspire, et qui fait (bien involontairement) croire à ses compagnons que le mot possibilité existe, ne donne que l'illusion d'une communication. Mick, Blount, Copeland et Biff lui donnent chacun un rôle, une identité, mais ils ne réalisent même pas qu'ils parlent seuls. Et quand ces quatre là se trouvent réunis, ils tombent à leur tour dans un mutisme profond, éventuellement précédé par des cris exprimant leurs désaccords.
Le seul qui semble avoir inconsciemment compris sa situation est donc Mr Singer. Il ne se confie pas, et s'il écrit à Antonapoulos, le fait qu'il n'envoie pas ses lettres montre qu'il sait qu'au fond, il ne le fait que pour lui même.
En raison de cette solitude absolue à laquelle est condamné le coeur humain, tout semble vain, et ce qui semble donner un sens à l'existence n'est qu'éphémère. Voir Antonapoulos, croire en la musique ou en d'autres idéaux, ne permet que de se tromper soi même. Tous nos compagnons finissent par devenir de plus en plus transparents, et il devient vite évident qu'ils ne tarderont pas à s'oublier eux-mêmes. Au loin, on entend le bruit de la Seconde Guerre mondiale.
Pourtant, bien que très lent (même trop parfois) et plutôt déprimant, sans doute afin d'accentuer le caractère vain de l'existence, ce roman n'a rien de monocorde, et nous fait passer par toute une palette d'émotions. Il nous prend d'abord délicatement, nous fait aimer tous ces personnages. Surtout Mick bien sûr, cette gamine dans laquelle il est difficile de ne pas voir des échos de soi même. Beaucoup de situations, qui n'ont parfois rien de risible en elles-mêmes, ne peuvent faire que sourire. On se révolte aussi face à toutes ces injustices. On espère, et finalement on est déçu. On le savait dès le début, mais on n'y peut rien, on espérait quand même.
Un livre profondément pessimiste donc, mais qui n'en est pas moins un très beau roman. Je ne suis vraiment pas sûre de le relire un jour, mais je retrouverai certainement l'auteur.
Commentaires sur Le coeur est un chasseur solitaire ; Carson McCullers
- J'attendais ton billet avec ferveur, parce que je garde un souvenir fort émouvant de ce livre. Singer m'avait beaucoup touchée. Je suis d'accord avec toi, c'est parfois un peu lent - mais bon, je suis presque "triste" que tu n'aies pas aimé autant que moi. Par contre, j'aime beaucoup ta touche finale, avec le "on espérait quand même"...
- Leiloona : et pas un seul avis négatif en plus...
Rose et Marie : j'ai déjà noté "Frankie Adams"
Virginie : je pense aussi que ce livre est très bien pour les ados, j'y ai pensé très souvent au cours de ma lecture.
Karine
: tu me la sors à chaque fois cette excuse. Je suis sûre que tu aimerais en plus !
Erzébeth : tu as tout lu en fait ?
Désolée d'avoir moins accroché, j'ai effectivement trouvé le temps long, surtout sur la fin. Pas les derniers chapitres, ils sont vraiment très bien, mais j'ai senti passer les pages 300 à 400...
Alice : tu aimeras certainement.
Lou et Fashion : elle écrit quand même beaucoup pour les adolescents, non ? Il s'agit indéniablement d'une jeune femme très clairvoyante, mais je ne trouve pas ce roman vraiment "adulte" (ce qui fait partie de son charme, ce n'est absolument pas un aspect qui m'a gênée).
Ofelia : c'est un roman sud-américain typique, tu ne peux qu'apprécier
George sand et moi : et un jour, on les prend, et on se demande comment on a fait pour ne pas les lire plus tôt... - Abeille : oui, je suis surprise de voir que beaucoup l'ont déjà lu.
Anne : je ne sais pas comment l'expliquer. C'est pessimiste, mais on ne déprime pas non plus, du moins pas trop avant la fin.
Lou : d'un autre côté, je ne le conseillerais pas à un ado. A cet âge, il faut savoir rêver.
Lael : je ne sais pas quoi te dire...
InColdBlog : c'est fou ce genre de choses. Moi, c'est Calaferte et Malaparte. Je n'en avais jamais entendu parler avant ces dernières semaines, et depuis je vois leurs noms partout... Mais je confirme, tu dois lire ce livre, tu l'aimeras sans aucun doute. - LN : je ne connais pas du tout le titre que tu cites...
Erzébeth : tu as fait des études de lettres, pas moi. Et compte le nombre de fois où tu me dis que tu as lu ce livre, que tu adores l'auteur (ou pas).
Non, je t'assure, je pense que tu as vraiment plus lu que moi. Ne proteste pas, j'ai raison ! ;o) - Lilly, toi, visiblement, tu ignores qu'il est mauvais de me contredire le mardi soir !
Et en lettres, si tu savais... il est très facile de faire ses études en lisant peu... là où j'étais, les programmes n'étaient pas surchargés. Mais bref ! Je sais que j'ai raison mais tu ne veux pas me croire. Il faudra que je me venge...
















J'aime beaucoup la couverture, le titre et ce que tu en dis. Comment ne pas le noter ?