La place ; Annie Ernaux
J'étais convaincue de connaître ce livre (et de ne pas l'aimer), mais absolument incapable de me souvenir pourquoi je pensais immédiatement à ma classe de CM2 quand on évoquait ce titre devant moi (ça me paraît jeune pour étudier La place, même si mon exemplaire, qui date de 1997, semble confirmer mes souvenirs). Le début du livre a suffit à me faire démêler toute la confusion qui existait autour de ce livre, et à me faire l'aimer aussi. J'ai assurément étudié des extraits de ce livre, mais ce n'était pas pour le français, et je ne pense pas avoir eu à le lire en entier.
La narratrice, Annie Ernaux, perd son père au moment même où elle obtient son capes. Il était un petit commerçant de Normandie, qui avait travaillé toute sa vie pour se faire une place dans la société qui soit honorable à ses yeux.
Annie Ernaux entreprend donc de nous raconter la vie de son père, depuis le Moyen-Âge où il est né jusqu'à sa disparition, tout en mettant à jour la relation complexe qu'elle entretenait avec lui.
Annie Ernaux emploie des mots très simples, et a clairement l'intention de ne pas provoquer chez son lecteur une émotion qui serait artificielle. Son texte n'en est pas moins troublant.
L'auteur emploie des formules très dures pour évoquer la vie de son père, et il devient vite évident que l'incompréhension grandissante entre ces deux êtres s'est peu à peu mue en un certain dédain de sa part. Elle est une intellectuelle, quelqu'un qui vivait dans son temps quand son père restait sur des positions dépassées. Il apparaît comme un homme qui non seulement n'a pas su se faire respecter des gens "biens", mais qui en plus ne l'a pas compris.
Cela pourrait nous faire haïr cette narratrice, mais elle ne fait que dire la vérité. Le fossé qui s'est creusé entre eux n'est pas arrivé du jour au lendemain, mais il s'est construit peu à peu, inévitablement. Comme dans beaucoup de familles en fait.
Et puis, on sent malgré tout beaucoup d'amour dans ce livre. Le père n'est pas un homme qui est resté inactif, mais qui a essayé d'obtenir une place. Il a aussi aimé sa fille, partagé entre son désir de la voir quitter son milieu, tout en ayant peut-être "le désir [qu'elle] n'y arrive pas". La fille se sent coupable de sa nouvelle place, nostalgique aussi sans doute, sinon le livre n'aurait pas eu de raison d'être. Son père meurt alors que, son capes obtenu, elle est définitivement partie. Ils n'ont plus rien à se dire, et la boucle est ainsi bouclée.
Un livre qui m'a donc beaucoup touchée, qui pose des questions qui concernent chacun de nous et que je recommande chaudement.
"Je voulais écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l'adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, et particulière, qui n'a pas de nom. Comme de l'amour séparé."
Les avis de Tamara, de Levraoueg, de Nanne, de Stéphanie (qui est mitigée) et de Fashion (qui n'a pas du tout aimé).
Commentaires sur La place ; Annie Ernaux
- Je me souviens l'avoir lu à l'époque de sa sortie en poche et de l'avoir détesté. Comme cela fait déjà un moment, je n'ai plus de souvenirs précis, mais il me semble que je l'avais trouvé froid. J'avais tenté un autre livre d'elle plus tard, avec le même sentiment de ne pas entrer dans l'histoire...
- Exactement comme Dviolante, c'est un livre que j'ai trouvé très froid. L'amour que tout le monde y voit pour son père je ne l'ai ni vu ni ressenti. Et si en théorie les questions soulevées sont intéressantes et peuvent s'appliquer à chacun, j'ai trouvé le traitement condescendant. Le style aussi met tout à distance. Bref, j'ai pas aimé et plus le temps passe plus mon non-amour est violent, bizarre, non ?
- Merci Cécile !
DViolante et Fashion : c'est vrai qu'il y a une certaine distance entre le lecteur et le texte, mais personnellement ça m'a vraiment attirée, et je trouve que de cette façon on se sent encore plus touché.
Sinon, Fashion, je suis pareille avec certains livres. Je me contente de les dédaigner au début, puis avec le temps je me mets à leur en vouloir aussi... - Hum... j'y peux rien, j'ai comme un sacré blocage avec cette femme mais quand j'en avais parlé d'un de ses bouquins, Yohan m'avait fait comprendre que je pourrais être maudite à vie si je ne donnais pas une nouvelle chance à A. Ernaux. Je le ferai avec ce titre-ci, "La Place", mais même si tu as été touchée et même si tu en parles très bien... je sens que ce n'est pas un livre pour moi... On verra si je me trompe !
- Erzébeth : il y a des auteurs qui nous bloquent sans qu'on sache pourquoi, mais là j'ai complètement succombé personnellement.
Rose : tout à fait d'accord. Maintenant, il faut que je lise "Les années".
Laël : c'est dommage...
Leiloona : moi non plus elle ne m'a pas gênée, en fait je pense que c'est un plus.
Ofélia : ta meilleure amie a bon goût ;o)
Gambadou : c'est une façon de parler d'Annie Ernaux ! ;o) - C'est un livre dont les avis sont très partagés, Lilly ... J'ai lu aussi un billet sur "La place" sur le blog de Sybilline qui n'a pas du tout aimé le ton condescendant avec lequel elle traite son père ! Personnellement, et malgré la froideur et le recul, je pense sincèrement que c'est un hommage posthume qu'elle a voulu lui rendre ... Revenir sur ces années où elle l'a jugé médiocre, avec un autre regard, celui d'une fille pour son père et l'âge de la sagesse ! Ce roman est très beau, vraiment ...
- Visite bien tardive... Excuses bien platesBonsoir Lilly! En farfouillant pour trouver des avis sur ce livre d'Annie Ernaux, je suis tombée sur ton article, que j'ai lu avec plaisir (autant, peut-être plus, que ce roman qui m'a plu mais m'a semblé, peut-être un peu trop froid, mais c'est l'écriture plate alors bon, j'accepte et j'écris à son propos, c'est toujours plaisant d'écrire)
Bref cela fait un bail que je n'ai pas visité ton antre fabuleux, mais je reviendrai!
A bientôt
Saleanndre
















merci