Titus d'Enfer ; Mervyn Peake
Phébus ; 502 pages.
Traduction de Patrick Reumaux.
V.O. : Titus Groan. 1946.
Après avoir été attirée par l'aspect de ce livre, apprendre qu'il s'agissait en fait d'un roman de fantasy (?) m'avait fait tourner le dos. Mais je ne désespère pas de connaître quelques bribes de ce genre un jour, donc j'avais dû le garder dans un coin de ma tête. Quand j'ai vu qu'il était épuisé, j'ai donc bien sûr couru l'acheter (je crois que c'est l'argument le plus convaincant qui soit pour me faire craquer pour un livre).
Un nouvel héritier vient de naître au château de Gormenghast. Titus, enfant très attendu mais pas vraiment aimé, sera donc le soixante dix-septième comte d'Enfer. Mais il naît dans une famille très étrange, sa mère ne s'intéressant qu'aux chats et aux oiseaux, et son père étant en proie à une mélancolie permanente. Le château, qui constitue presque un personnage à part entière du roman, est également peuplé d'autres individus, qui paraissent tous dépourvus de raison.
Un jour, un jeune marmiton s'échappe des cuisines, et décide de prendre le contrôle de Gormenghast à n'importe quel prix.
Il est très difficile de parler d'un livre comme celui-ci, mais je peux quand même vous dire que je l'ai plus qu'adoré, et que je meurs d'envie de me jeter sur la suite de cette histoire (même si je suis tombée sur un énorme spoiler en lisant un billet sur Gormenghast).
Mervyn Peake nous livre une oeuvre fascinante et très complexe. L'histoire semble particulièrement loufoque, avec des personnages dont les traits sont grossièrement tirés, dans une demeure absolument démesurée régie par un protocole ridicule. L'auteur semble s'être complètement lâché, et avoir pris un malin plaisir à rassembler tous les éléments fantastiques imaginables dans une seule oeuvre. Peake était caricaturiste, et le lecteur n'a pas besoin de voir les illustrations de ses personnages pour s'en apercevoir.
Cependant, comme tout fabuleux caricaturiste, Peake n'en décrit pas moins une réalité. L'univers qu'il crée tient parfaitement debout, car cette oeuvre qui parait si légère est en fait profondément déprimante. Les apparences ne nous trompent pas longtemps, et les bizarreries de langage des personnages finissent par faire mal. La famille d'Enfer est terriblement attachante. Ses membres sont terriblement seuls, avec chacun un lieu de refuge qui va se trouver sali par le machiavélique Finelame. J'ai trouvé en Fuschia une héroïne comme je les aime, même si sa sensibilité ne peut que lui coûter cher. Sa relation avec son père est très belle, et très réaliste. Même la comtesse Gertrude finit par devenir touchante. Il est étrange de constater que ce personnage, qui semble être le plus déconnecté de la réalité, se montre parfois bien plus perspicace que tous les autres réunis.
Les serviteurs ne sont pas en reste, particulièrement Craclosse et Lenflure, le serviteur squelettique et l'énorme cuisinier, qui s'engagent dans une lutte à mort, alors que le décor dans lequel ils se trouvent s'ébranle de façon de plus en plus inquiétante. Tout cela à cause du jeune Finelame. Je ne sais pas encore ce qu'il faut penser de lui. Sa quête me semble parfois se justifier, même si je le hais aussi.
Il m'a fallu quelques chapitres avant de comprendre où je me trouvais. Mais une fois l'histoire lancée, ce livre devient l'un de ceux qu'on ne peut plus quitter, et auxquels on pense longtemps après les avoir refermés. Un chef d'oeuvre.
Commentaires sur Titus d'Enfer ; Mervyn Peake
- Disons que tu n'as pas complètement tort
)
La fantasy c'est en général une réécriture actuelle des mythes anciens (légendes arthuriennes, mythes grecs ou nordiques...) dans un monde complètement inventé qui n'a rien à voir avec le notre et la magie peut intervenir mais ce n'est pas une obligation (exemples: Conan le Barbare, Le seigneur des anneaux...).
Le fantastique, c'est un élément surnaturel dans notre monde réel (exemples: Dracula, Le Moine...) - Titine : le contraire aurait été surprenant je pense ;o)
Manu : c'est vraiment très très très bien. Ca fourmille, si tu le trouves, n'hésite pas !
Isil : donc Titus est plutôt fantastique ?
Pimpi et Karine : Amazon ca l'a en stock
))) C'est une excellente chose, parce que vous ne pouvez qu'aimer !
Lael : j'espère que tu le liras !
Fashion : je te déteste... Il faut que tu le lises, tu aimeras forcément !
Choupynette : il faut vraiment le lire celui-là ! - Fini "Gormenghast". On ne pouvait imaginer suite plus aboutie , les 300 dernières pages sont hallucinantes,les événements s'enchaînent, rien n'est prévisible ou si peu , les personnages gagnent en profondeur, certains se dévoilent, il y a incontestablement une dimension plus romanesque dans ce tome 2, quelques moments sublimes d'émotion , et ce que je trouve remarquable , c'est qu'on ne perd jamais pied dans cette histoire très dense , il y a une grande cohérence dans les faits et les pensées des personnages , c'est du travail d'orfèvre, magistral tout simplement .















