29 janvier 2009

Nineteen-Eighty-Four ; George Orwell

9780141187761_1_Penguin Modern Classics ; 325 pages.
1959. V.F. :
1984.

Lettre O Challenge ABC :

Cette année, j'avais prévu de lire deux livres qui ont obtenu le statut de chef d'oeuvre en Angleterre et dans le monde : Lord of the Flies de William Golding, et Nineteen Eighty-Four de George Orwell. Ce dernier a en plus bénéficié du relooking des éditions Penguin Modern Classics, ce qui donne très envie de le lire. Il s'agit d'une excellente initiative, puisque Nineteen Eighty-Four est un chef d'oeuvre.

BIG BROTHER IS WATCHING YOU. Imaginez un monde où, si vous n'être pas un simple prolétaire, vous ne pouvez pas faire le moindre mouvement sans être scruté à l'aide d'écran, ou écouté grâce à des micros dissimulés absolument partout. Un monde où l'amitié n'existe pas, où les unions sont autorisées seulement dans un but de procréation, où vous devez être fier lorsque vos enfants vous dénoncent comme dissident.
Voilà ce que connaît Winston Smith, habitant d'Océania, l'un des trois groupes territoriaux qui se sont formés au milieu du XXe siècle. Winston travaille au ministère de la Vérité, où il doit sans cesse participer aux mensonges du Parti, transformer les faits, au point de ne plus toujours savoir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. La ration de chocolat a baissé ? Mais non, elle a augmenté ! Et n'essayez pas d'aller affirmer le contraire, même en pensée, car tous les crimes contre le Parti sont ressentis de la même façon en Oceania.
Winston ne parvient cependant pas à se sentir à l'aise dans cette vie et ce monde qu'il ne comprend pas. Un jour (il faut attendre le deuxième tiers du livre, les résumés sont trompeurs), il entame une liaison avec Julia, une jeune femme qu'il croyait pourtant être totalement acquise à la cause du Parti. Mais leur amour ne peut pas durer, et tous deux savent qu'ils se feront prendre, qu'ils seront torturés, qu'ils se dénonceront mutuellement. La seule chose en laquelle ils croient fermement est l'impuissance du Parti face à leurs sentiments :

" They can't do that,' she said finally. It's the one thing they can't do. They can make you say anything -anything- but they can't make you believe it. They can't get inside you."

Julia et Winston ont tort de dire cela. Car il s'agit justement de ce qui rend Nineteen Eighty-Four si puissant. On croit toucher le fond à chaque instant, on croit que les choses s'amélioreront forcément, mais il devient de plus en plus évident que les personnages sont totalement cernés, dans une situation que l'on ne pouvait même pas concevoir avant d'ouvrir ce livre (si vous cherchez à vous remonter le moral, n'ouvrez pas ce livre). Je n'avais déjà pas une haute opinion de la télé-réalité, je crois que je n'entendrais plus jamais le terme de "Big Brother" comme avant.
Ce qui est le plus effrayant dans ce livre, c'est la lucidité dont fait preuve George Orwell à l'égard de la nature humaine. Il dénonce les totalitarismes, particulièrement le communisme (le livre a été publié en 1949), mais il n'a surtout aucune foi dans l'être humain. Il sait ce qui a fait défaut aux régimes nazi, fasciste, et ce qui fera défaut à l'URSS, et il crée un régime qui n'a pas hésité à aller encore plus loin. Le Parti ne veut pas une soumission de ses membres, il veut une adhésion totale et irréfléchie. L'idée du Nouveau Langage m'a glacé le sang :

"Don't you see that the whole aim of Newspeak is to narrow the range of thought ? In the end we shall make thoughtcrime literally impossible, because there will be no words in which to express it."

La dernière phrase du livre est la plus cynique que j'ai jamais lue. Oui, parce que l'on plonge tellement loin dans la noirceur de l'Homme, que beaucoup de passages nous font quand même rire jaune.
J'ai cherché une note d'espoir dans ce livre. Je pensais que Julia pouvait la représenter. Elle n'a pas connu ce qu'il y avait avant, et pourtant elle semble différente. Seulement, plus j'y repense, et plus je me dit que le Parti nous prouve avec ce qu'il fait à Winston, qu'il est capable de tout, et que personne ne peut lui échapper. S'il est impossible que Julia ait échappé au Parti, il n'y a qu'une solution possible, et c'est pire que tout...

Ce roman est horriblement frustrant, car toutes les questions restent sans réponse. Mais c'est parce que chaque mot que Orwell a écrit est parfaitement pensé. J'ai trouvé Le Livre horriblement ennuyeux et sans intérêt, j'ai vite compris pourquoi. Vraiment le meilleur livre que j'ai lu depuis un moment je crois.

Pour des avis moins décousus, allez chez Erzébeth et Karine.   


22 janvier 2009

A Tale of Two Cities ; Charles Dickens

doverpublications_2035_411048333_1_Dove Thrift Editions ; 304 pages.
1859.
V.F. : Un conte de deux villes ou Le marquis de Saint Evrémont
.

Lettre D du Challenge ABC :

Je crois que j'avais acheté ce livre plutôt qu'un autre Dickens parce que j'aime beaucoup l'édition (économique, format agréable, couvertures soignées...). Il s'agit d'une oeuvre de l'auteur peu connue en France par rapport à Oliver Twist ou David Coperfield je pense. C'est aussi l'un des seuls romans historiques de Dickens d'après ce que j'ai pu lire (Isil et Fashion, les gardiennes du temple de Dickens, le savent mieux que moi), et un très très grand livre.

L'histoire se déroule entre deux villes, Paris et Londres, pendant la Révolution française. Cela donne lieu à des personnages dont on ne sait plus trop de quelle nationalité ils sont et surtout à des situations très cocasses. J'ai particulièrement apprécié le face à face entre Miss Pross et la terrifiante Madame Defarge dans les toutes dernières pages :

"Each spoke in her own language; neither understood the other's words; both were very watchful, and intend to deduce from look and manner, what the unintelligible words meant."

Tout commence en 1775, lorsque le docteur Manette est sorti de prison après dix-huit ans à la Bastille. On ignore tout de ce qui lui est arrivé, et lui-même semble avoir perdu la raison : il se prend pour un cordonnier lorsque Mr Lorry, qui prétend n'être qu'un businessman, et la fille du docteur, le retrouvent chez un ancien serviteur, Monsieur Defarge. Après qu'il ait recouvré ses esprits, il se rend en Angleterre, et tente de reprendre une vie normale auprès de sa fille qu'il n'avait jamais vue et qui le croyait mort.
Cinq ans plus tard, le docteur Manette et sa fille sont amenés à témoigner dans un procès pour trahison. L'accusé, Charles Darnay, ne doit sa survie qu'à sa ressemblance troublante avec le clerc de son avocat, un jeune homme peu avenant, Sydney Carton.
Les années passent, Charles Darnay épouse Lucie Manette, qui a aussi fait (bien involontairement) la conquête de Sydney. Mais le bonheur du jeune couple est fragile.
Lorsque la Révolution éclate, avec les Defarge mari et femme en première ligne, Charles est contraint de retourner en France pour secourir un ancien serviteur.

Je suis vraiment désolée pour ce résumé absolument minable, mais je ne veux pas en dire trop, et le livre ne me facilite vraiment pas la tâche. Les intrigues sont beaucoup plus nombreuses et complexes qu'elles ne le paraissent. Je ne suis pas une grande amatrice de livres concernant la Révolution (à part Quatre-Vingt Treize lu et adoré il y a bien longtemps), et j'ignorais totalement les talents de Dickens pour le roman historique, mais là je suis bluffée. Il est évident que c'est du Dickens : ses personnages hauts en couleur (Mme Defarge et son tricot, Mr Lorry, Miss Pross...), ses périphrases exquises, sa façon de nous faire rire et pleurer à la fois... Je ne sais pas si c'est juste moi, mais il me semble qu'il y a vraiment un côté enfantin chez Dickens. Dans le ton employé par moments, qui fait que l'on sourit même dans les situations les plus tragiques, même lorsqu'on a le coeur brisé. La dernière phrase du roman est l'une des plus belles que j'ai jamais lues, une des plus émouvantes (je la remets pour ceux qui l'ont lue, les autres ne pourront de toute façon pas la comprendre hors contexte) :

"It is a far, far better thing that I do, than I have ever done; it is a far, far better rest that I go to than I have ever known."

Grâce à son génie, Dickens nous fait littéralement vivre dans le Paris de la fin du XVIIIe, plein de misères et de colère. La description des miséreux se jetant sur le vin renversé m'a particulièrement marquée. L'ironie que l'auteur met dans les descriptions d'exécutions sous la Terreur, ses répétitions, rendent la guillotine encore plus menaçante, et la misère encore plus visible.
Je ne peux pas clôre ce billet sans avoir un peu parlé de Sydney Carton. Il est présenté comme un être raté, peu intéressant, dont il faudrait presque se défier. Mais quand on comprend le rôle qu'il doit jouer... ! Je crois que c'est l'un des personnages de roman les plus sincères que j'ai rencontré. Ses discussions avec Mr Lorry, totalement insouciant, et sa promenade dans Paris, sa rencontre avec la jeune femme, toutes ces scènes sont superbes et terribles à la fois.   

Je voudrais bien avoir du mal à dire de ce livre afin de contrarier Isil et Cryssilda, une fois de plus... Mais je ne peux que vous engager à vous plonger dans ce chef d'oeuvre. J'ai découvert qu'il avait fait l'objet d'une récente réédition l'année dernière, sous le titre de Le marquis de Saint Evrémont.

L'avis de Karine (dans le même état que moi après sa lecture, en plus je vois qu'elle aussi a adoré le chapitre "Echoing Footsteps")

19 janvier 2009

L'Eglise des pas perdus ; Rosamund Haden

resize_4_Le Livre de Poche ; 283 pages.
Traduction de Judith Roze. 2003.
V.O. : The tin church.

C'est Lou, son billet superbe et très enthousiaste, et sa gentillesse, qui m'ont amenée à me jeter sur ce livre. J'ai eu un peu de mal avec le début, assez flou, mais l'histoire est tellement prenante que j'ai finalement avalé la totalité de ce roman d'une traite.

Catherine King vit en Afrique du Sud, dans la ferme familiale, au début du XXe siècle. Alors que les Noirs sont considérés comme des êtres inférieurs, Catherine est inséparable de la fille de la cuisinière, Maria. Elles ont fait le voeu d'être toujours amies, mais elles sont bientôt séparées.
En effet, Mme King, ayant découvert les infidélités de son époux, décide de rentrer en Angleterre en emportant ses filles. Catherine reviendra vingt ans plus tard, après avoir appris la mort de son père. Elle est restée très attachée à son enfance, et veut renouer avec Maria.
Quand Catherine arrive, la propriété a été rachetée par un couple, Tom et Isobel Fyncham. Lui aime par dessus tout voler, et apprécie sa nouvelle vie, mais son épouse s'ennuie, et a quitté la maison depuis déjà un moment lorsque Catherine revient à Hébron. Cette dernière et Tom tombent presque immédiatement amoureux, et Catherine ne sait pas comment gérer à la fois ses nouveaux sentiments, ses retrouvailles avec une Maria un peu jalouse de son affection, et les incertitudes qui planent autour d'Isobel. Le tout sous le regard malfaisant des mégères des alentours...

C'est étrange. J'ai noté pas mal de choses plutôt dérangeantes au cours de ma lecture de L'Eglise des pas perdus. J'ai souvent eu des impressions de déjà-vu notamment. Quelques personnages semblent très prévisibles au premier abord (je pense à Isobel et Tom, dont le couple ressemble vraiment à du pré-mâché). La construction me semblait compliquée de façon injustifiée, avec ces aller-retours dans le temps, ces voix d'enfants sorties de nulle part.
Pourtant, il faut absolument continuer (de toute façon, cette histoire est tellement envoûtante qu'il est impossible de reposer le livre et de l'oublier), parce que tous ces défauts ne sont que des impressions au final. Car les personnages se révèlent beaucoup plus complexes qu'il n'y paraissait, tout comme les thèmes abordés. En fait, j'ai trouvé ce livre vrai, parce qu'il ne se contente pas d'évoquer seulement une amitié au temps de l'apartheid, mais des êtres humains avec leurs drames, leurs peurs, leurs faiblesses. Le tout dans une atmosphère très particulière, à la fois angoissante, magique et enfantine, qui est tout de même ancrée dans la réalité coloniale (j'ai trouvé les scènes entre les commères très réussies, et j'irais bien faire un tour dans les paysages de l'Afrique du Sud de cette époque). J'ai trouvé le changement de rythme opéré au milieu du livre très astucieux. Après nous avoir plongé dans la vie à Hébron, avoir mis en place les différents points à éclaircir, la tension atteint son maximum, et nous sommes tenus en haleine jusqu'à la fin, qui n'est absolument pas décevante !   
J'ai trouvé les dernières lignes très belles et très émouvantes. Elles ne révèlent pas l'intrigue, donc je les mets ici :

"Devant la porte, une troisième petite fille agite les bras.
     "Attendez-moi", crie-t-elle, et elle se met à courir, dévalant la pente pour les rattraper. Derrière elle, ses cheveux noirs flottent au vent."

En cherchant les avis, je vois que je suis comme Lou : j'ai désormais des envies de lire des ouvrages sur l'époque de la colonisation et sur l'Afrique en général.

Les avis de Praline, Malice, Amanda... (et bien d'autres)
Et encore merci à Lou pour cette très jolie découverte !

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16 janvier 2009

Les Contes de Beedle le Barde ; J.K. Rowling

resize_2_Gallimard ; 127 pages.
Traduction de Jean-François Ménard.
V.O. : The Tales of Beedle the Bard. 2008.

Je suis complètement débordée en ce moment, donc je m'excuse d'être encore plus lente que d'habitude à répondre aux commentaires... J'essaie de me tenir à jour dans mes billets, mais même mes lectures sont complètement désordonnées. Je lis trois livres en même temps, et je suis très ennuyée : deux d'entre eux mériteraient toute mon attention. Si je vous dis qu'il s'agit de A tale of two cities et de Titus d'Enfer, vous comprendrez aisément mon embarras... 

Histoire de me changer les idées, je vais vous parler d'une lecture récente que j'ai plutôt appréciée. Contrairement à beaucoup d'autres fans de la saga Harry Potter, je n'attendais pas vraiment ce livre comme le Messie. J'ai adoré les sept tomes de la saga, et j'avais peur qu'un simple petit ouvrage d'une centaine de pages (écrites en très gros et très très aérées) ne soit guère capable de me convaincre. Je ne m'apprête pas à vous annoncer que je tiens là LE livre des décennies à venir, mais Les Contes de Beedle le Barbe mérite qu'on s'attarde dessus.

Il s'agit d'un recueil de cinq contes pour enfants sorciers, écrits à la manière des contes merveilleux traditionnels que nous connaissons. Dès l'introduction, J.K. Rowling nous replonge dans le monde qu'elle a créé en nous resituant Beedle le Barbe, et en ajoutant quelques anecdotes, comme le fait que la traduction est de Hermione Granger, à partir des runes anciennes. Chaque texte est suivi de notes du professeur Dumbledore, qui lui aussi remet en contexte les contes. Personnellement, le conte qui m'a le plus plu est La fontaine de la bonne fortune, la fin m'a beaucoup fait rire.
Il est certain que ce recueil ne révolutionne pas le genre, que J.K. Rowling tombe dans des travers qu'elle avait pourtant évités jusque là (je pense notamment à l'acharnement sur les Malfoy, on avait compris que la plupart des membres de cette famille avaient des idées nauséabondes), et qu'il vaut mieux être un (jeune) amateur de Harry Potter pour apprécier, mais c'est bien sympa à lire comme ça quand même...

 

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12 janvier 2009

The Amber Spyglass ; Philip Pullman

51dum6TvBYLScholastic Press ; 1024 pages.
V.F. : Le miroir d'ambre.

Je n'arrive pas à croire que j'ai mis un an à lire le dernier volet de la trilogie de Pullman. Enfin, si : mon livre regroupant les trois tomes pèse au moins deux kilos, et n'est pas du genre à tenir dans un sac à main... C'est après avoir terminé le tome 1 des Sally Lockhart que j'ai éprouvé une irrésistible envie de replonger dans l'univers de Lyra.

A la fin de The Subtle Knife, la fillette avait disparu. Nous la retrouvons en compagnie de la mystérieuse Mrs Coulter, qui la cache dans une grotte en la maintenant endormie, afin qu'elle ne s'échappe pas. Pendant ce temps, Will, qui a rencontré deux anges qui sont opposés au Régent, traverse l'Asie pour la retrouver. Tout comme les agents de Lord Asriel et ceux de l'Eglise.
Mary, la scientifique dont Lyra avait fait la connaissance en découvrant le monde de Will, découvre quant à elle un monde peuplé de créatures assez étranges, avec lesquelles elle sympathise rapidement. Ce monde est en déperdition, car la Poussière n'agit plus comme il le faudrait. Mary s'engage donc à chercher quelles sont les causes de ce phénomène. Un prêtre est à sa poursuite. Il a reçu pour mission d'éliminer Lyra, et sait qu'il la trouvera grâce à Mary.

Je ne sais pas comment exprimer ce que j'ai pu ressentir à la lecture de ce dernier tome. Les fins sont souvent un peu décevante, mais ce n'est pas du tout le cas ici. Non seulement le ton de l'histoire demeure le même que dans les volets précédents, mais en plus, il reste encore énormément de choses à accomplir avant de boucler l'histoire.
Pullman a encore de l'imagination a revendre, et c'est ainsi que nous découvrons toutes sortes de nouvelles créatures, que nous n'étions pas encore prêts à rencontrer dans les volets précédents. Certaines phrases du premier tome prennent toute leur importance seulement dans The Amber Spyglass. Absolument rien n'est laissé au hasard, et toutes les explications prouvent à quel point Pullman est un auteur talentueux. C'est déchirant, certes (ah ! cette trahison dans le monde des morts ! Cette révélation finale à propos de la poussière ! ), mais l'auteur veux être le seul maître à bord, et il s'en donne les moyens.
Impossible de souffler, ce tome est celui de tous les combats. Les personnages savent que c'est l'avenir de l'univers qui est en jeu. Outre les péripéties de Will et de Lyra, et les choix difficiles auxquels ils sont confrontés, j'ai été fascinée par la relation entre Mrs Coulter et Lord Asriel. Je me rappelle que j'avais trouvé le retournement de situation à la fin du tome 1 fort bien orchestré, je ne pensais pas si bien dire. Ces deux individus, pour lesquels le mensonge et la dissimulation sont une seconde nature, m'ont parfaitement manipulée.
Une fois la dernière page tournée, je me suis précipitée sur le tome 1 pour en relire au moins le début, et retrouver tous ces personnages qu'il est très difficile de quitter, et qui n'ont pas révélé tous leurs mystères.

His Dark Materials est donc tout simplement un chef d'oeuvre, et je vous conseille très fortement de ne pas passer à côté !

J'en profite pour dire deux mots de l'adaptation du premier tome, qui m'a sincèrement déçue. Je ne savais pas trop ce qu'on pouvait en attendre, mais certains choix m'ont beaucoup surprise (notamment le fait de ne pas respecter le découpage de Pullman, qui n'est absolument pas anodin). Ce roman est tellement complexe qu'en fait, j'ai trouvé que le moindre changement modifiait fortement le livre, et cela m'a beaucoup gênée (je suis pourtant une grande amatrice d'adaptations).
Une petite photo quand même pour les filles avides de kulture fashionesque que nous sommes (et aussi parce que j'aime beaucoup Selmaria) :

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Les avis de La Conteuse, Karine et Papillon.


10 janvier 2009

Le portrait de Dorian Gray ; Oscar Wilde

98375630_L_1_Presses Pocket ; 283 pages.
Traduction de Michel Etienne.
V.O. : The Picture of Dorian Gray. 1891.

Oscar Wilde est un auteur dont j'aime tout, et dont la vie me fascine. Pourtant, je n'avais jamais lu son unique roman, dont tout le monde connaît la trame sans même l'avoir lu tellement il a marqué les esprits. En voyant la couverture, j'ai du mal à croire que c'est moi qui ai acheté ce livre. Je suis plus exigeante d'ordinaire, j'essaie quand même d'acquérir des livres dont l'aspect fait envie.

Basil Hallward est peintre à Londres, à la fin du XIXe siècle. Sa vie bascule lorsqu'il rencontre le jeune Dorian Gray, au visage d'ange et à l'âme encore pure. Son portrait est un chef d'oeuvre complet, mais il sera aussi le début de la fin pour nombre de protagonistes de l'histoire. Car le tableau est magique, il vieillit et encaisse les erreurs de l'homme qu'il représente à la place de ce dernier. Dorian est en effet un esprit naïf, ce qui est très dangereux lorsque l'on possède la jeunesse éternelle et que rien ne semble pouvoir nous détruire.

A l'exception de quelques passages que j'ai trouvés un peu laborieux (quelques descriptions sont franchement longues et ennuyeuses), cette lecture a dépassé mes espérances (pourtant élevées). Le portrait de Dorian Gray est un roman incroyablement fort, dont on ne ressort pas indemne. Je crois que j'avais rarement utilisé autant de post-it pour noter les passages marquants d'un roman.
Celui-ci est composé de plusieurs couches. La première donne une apparence de légèreté à l'histoire. Dorian et Lord Henry sont de véritables dandys qui ne se préoccupent que de clubs, opéras, apparences, femmes, et autres plaisirs en tous genres. Ce sont des hommes très jeunes, qui semblent très éloignés des ennuis en général, et qui ne veulent que jouir de la jeunesse.
La deuxième couche est beaucoup plus sombre, et l'on réalise vite que la légèreté apparente de ce roman n'a pour but que de faire mieux ressortir le drame qui se noue. Mon personnage préféré est sans aucun doute Lord Henry Wotton. Il est délicieusement ironique et détaché, ses conversations sont toujours extrêmement drôles, mais c'est bien lui qui, par son insouciance, fait basculer Dorian. Basil avait prévenu :

" He has a very bad influence over all his friends, with the single exception of myself. "

Du début à la fin, Henry demeure le même, et malgré sa vivacité d'espritoscar_wilde, on réalise qu'il n'est pas plus clairvoyant qu'un autre. Ses propos sur la fin de son mariage m'ont beaucoup émue, et montrent à mon avis bien davantage le personnage et ses blessures dans ces quelques phrases échappées avec un ton ironique, que le reste du livre. Ce personnage m'a vraiment intéressée, pour moi il contient à lui seul tout le livre.
Plus discret, parce que plus timide, mais tout aussi émouvant, Basil Hallward est également un personnage indispensable au livre. Il est l'auteur du fameux portrait, et son amitié pour Dorian Gray est touchante, mais comme beaucoup de passionnés, il entraîne sa propre destruction.
Quant à Dorian, son insouciance est aussi grande que celle de ses amis. D'un caractère naïf et innocent, il se transforme peu à peu en individu instable. Il est impossible de le détester tout à fait, car il est une victime lui aussi, d'une certaine manière. J'ignorais la fin exacte du roman, aussi ai-je été surprise. Je pense qu'il peut y avoir une double interprétation de ce que Dorian désirait faire. Je préfère pour ma part penser qu'une part de lui même savait ce qu'il allait provoquer.

Oscar et moi sommes donc plus copains que jamais ! J'espère que vous ne tarderez pas à vous plonger dans cette merveille (pour ceux qui ne l'ont pas déjà fait).

Les avis de Livrovore, Papillon, et de Nanne.

09 janvier 2009

Defi blog-o-trésors

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Je n'ai pas participé à la conception de la liste de ce défi, et j'ai un énorme Challenge ABC, mais je ne résiste pas à l'envie de choisir quatre livres parmi les 785 proposés. Voici mon choix :

Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray.
René Barjavel, La nuit des temps.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.
Sylvia Plath, La cloche de détresse.

J'ai donc un an pour lire ces livres et les commenter sur mon blog. Ca commence dès aujourd'hui ou demain, avec Le Portrait de Dorian Gray.

17/02 : Il ne me reste donc plus que Voyage au bout de la nuit à découvrir, celui qui me fait le plus peur. Pour le moment, j'ai découvert un livre qui sont à la porte de mon panthéon littéraire (Sylvia Plath et Oscar Wilde), et un livre décevant (René Barjavel).

04/07 : Challenge bouclé, et de très belle manière ! 

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06 janvier 2009

Sally Lockhart : La malédiction du rubis ; Philip Pullman

resize_2_Folio Junior ; 318 pages.
Traduction de Jean Esch. 1985.
Titre Original : The Ruby in the Smoke.

J'avais vaguement entendu parler de la première série écrite par Philip Pullman, mais j'ignorais de quoi il s'agissait. J'ai appris lors du Victorian Christmas Swap que les Sally Lockhart se déroulait à l'époque victorienne, ce qui a attiré mon attention.

Sally Lockhart a seize ans, et son père vient de mourir à l'autre bout du monde, où il s'était rendu pour affaires. Recueillie par une parente peu attentionnée, elle reçoit un billet étrange, qui l'amène à aller voir l'ancien associé de son père. Elle a finalement une entrevue avec Mr Higgs, un autre membre de la compagnie, qui décède devant ses yeux après qu'elle ait évoqué les "sept bénédictions" auxquelles le billet anonyme reçu fait allusion.
Dans le même temps, un marin accro à l'opium et terrifié par les Chinois débarque à Londres, où une femme cupide le prend en pension, et le retient prisonnier.
Sally, qui comprend que sa vie est menacée pour des raisons qui lui échappent, entreprend alors d'enquêter sur les mystères qui entourent la mort de son père, et sur les cauchemars étranges qui troublent son sommeil.
En chemin, elle rencontre Frederic Garland, un jeune photographe, Rosa, la soeur de ce dernier, Trembleur, leur fidèle ami et ancien pickpocket, et Jim, un jeune garçon qui travaille pour Mr Selby, l'ex-associé de Mr Lockhart.

Si vous chercher une série à la hauteur de A la croisée des mondes, vous risquez d'être déçu en lisant les Sally Lockhart. J'ai beaucoup aimé ce premier tome, mais il faut bien reconnaître que Sally fait pâle figure à côté d'une Lyra. Bien que la première soit plus âgée, je suis moins surprise de voir Sally Lockhart en lecture jeunesse que je ne l'avais été pour A la croisée des mondes. L'intrigue est moins complexe, les personnages ne nous font pas tourner en bourrique (à part un), nous ne sommes pas dans un univers avec des tas de mondes parallèles...
Mais, Philip Pullman a quand même un style qui me plaît beaucoup, et dont il usait déjà lorsqu'il a écrit les Sally Lockhart. J'aime particulièrement sa façon de présenter les événements avec brutalité et détachement :

"Elle s'appelait Sally Lockhart, et dans moins d'un quart d'heure, elle allait tuer un homme." (je vous rassure, c'est la première page du roman, aucun spoiler donc).

J'ai dit au début de mon billet que La malédiction du rubis est plus enfantin que A la croisée des mondes. C'est exact, mais Pullman n'est pas un auteur qui y va avec des pincettes. Certains passages sont violents, et supprimer des personnages ne lui pose aucun problème.   
Malgré tout, j'aime infiniment voyager avec lui, et je veux absolument aller sous les tropiques maintenant :

"Si vous n'avez vu les étoiles qu'en Angleterre, vous n'avez jamais vu d'étoiles. Sous les tropiques, elles ne luisent pas faiblement comme ici, elles étincellent ! Dans notre sillage, les gerbes d'écume se composaient de milliards de lumières blanches, et des deux côtés du bateau, la mer était remplie de mouvements vifs et brillants : des poissons qui filaient dans les profondeurs, de grands nuages scintillants et des voiles de couleurs indistinctes, des petites houles et des tourbillons de lumière tout en bas. "

J'ai du mal à vous parler de ce livre, je m'en rends bien compte. J'ai eu la bonne idée de découvrir Sally Lockhart en n'ayant pas lu Philip Pullman depuis un an, mais cela m'a donné envie de lire The Amber Spyglass avant d'avoir rédigé mon billet, et je n'arrive pas à me détacher de ce dernier. Pourtant, ce livre le mériterait, parce que Pullman ne sait pas créer des personnages insignifiants, et il le prouve ici encore. De même, l'intrigue est très bien menée, je ne me suis pas du tout ennuyée à la lecture de ce roman, qui est idéal en cette période un peu morose d'après Noël.

Les avis d'Isil et Clarabel.

04 janvier 2009

La Fille du capitaine ; Alexandre Pouchkine

resize_4_Le Livre de Poche ; 222 pages.
Traduction de Vladimir Volkoff.
1836.

Lettre P du Challenge ABC :

Le 1er janvier, j'ai rassemblé tous les livres que j'ai choisis pour mon challenge "classiques", et pendant quelques minutes, j'ai été horrifiée : rien ne me tentait... Il faut dire que je viens de passer une semaine avec Philip Pullman ( je vous en reparle très vite), et je ne savais pas si je pourrais apprécier une autre ambiance. Pouchkine m'a été conseillé pour compléter ma liste de livres à lire en 2009, alors j'ai ouvert La Fille du capitaine sans savoir de quoi il s'agissait.

Russie, 1773. Après avoir reçu une éducation plutôt succincte, Piotr Andréïtch Griniov est confié par son père, un ancien grand soldat, aux soins d'un vieil ami, qui doit faire de lui un combattant de Catherine II. Son vieux serviteur l'accompagne, et tous deux se rendent au fort de Bélogorsk (où les envoie l'ami du père de Piotr), où son supérieur et sa femme l'accueillent comme leur propre fils. Bien que le fort n'offre pas les loisirs dont Piotr pensait jouir à Saint Petersbourg (où il désirait faire son apprentissage de soldat avant que son père ne l'expédie dans un endroit plus dur), il se sent très vite à l'aise avec ses nouveaux compagnons, et son affection pour la fille de son supérieur se transforme très vite en amour.
Mais le rebelle Pougatchov attaque les forts de la tsarine, et menace celui où se trouve Piotr. 

 

Pour commencer, j'ai deux scoops à vous annoncer :
- Un roman russe peut être drôle : bon, ce n'est pas le livre le plus euphorique de la Terre, mais certains passages, particulièrement avec le valet de Piotr, sont extrêmement amusants.
- Un roman russe peut bien se terminer : désolée de vous gâcher le suspens, mais je ne m'y attendais pas le moins du monde. Et puis, tout est relatif, tout ne va pas non plus pour le mieux dans le meilleur des mondes. 
En revanche, j'ai pu vérifier avec délice que les noms des personnages russes sont impossibles à retenir... Les personnages de La Fille du capitaine ont la bonne idée de tous s'appeler Ivan, donc il faut retenir leurs autres noms. Sans parler des surnoms dont les russes sont très friands je crois... Moi qui ai prévu de lire Guerre et Paix, je sens que je vais déguster !

A part ça, j'ai bien aimé ce livre, mais je n'ai pas été subjuguée non plus. J'ai beaucoup aimé les personnages qui font ce livre, particulièrement Pougatchov, Shvabrine et la femme du capitaine. Ce sont des personnalités fortes, complexes, qui donnent lieu à des scènes cocasses, et dont la détermination est à toute épreuve.
Autre élément très appréciable, le contexte historique. Je n'y connais rien à l'Histoire de la Russie, mais j'adore l'Histoire en général, alors quelques bribes sont toujours bonnes à prendre. D'autant plus que je compte lire d'autres romans russes cette année, et je trouve qu'il est toujours bon d'avoir quelques bases.
Mais j'ai eu du mal à me mettre dans l'ambiance. J'ai trouvé le style assez froid (j'aimerais vraiment lire le russe...), l'histoire un peu trop rapide. J'aurais aimé voir davantage la Russie, vivre un peu plus avec les personnages. J'aime les pavés, et certains livres ont besoin de beaucoup de pages pour me captiver réellement. Je crois que La Fille du capitaine en fait partie. 

Une bonne lecture donc, pas totalement convaincante, mais qui me conforte dans mon envie de découvrir les auteurs russes !   

Les avis de Papillon et Majanissa.

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02 janvier 2009

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates ; Mary Ann Shaffer

24580218_1_France Loisirs ; 387 pages.
Traduction de Aline Azoulay-Pacvon. 2008.
V.O. : The Guernsey Literary and Potato Peel Society.

Je déteste France Loisirs (désolée pour les fans...), leur façon de recruter les adhérents ne me plaît pas du tout, et quand je vois leur catalogue, je me dis que nous n'avons absolument pas les mêmes goûts...
Mais cette fois, j'ai craqué devant les assauts de Clarabel, puis de la moitié de la blogosphère (la version anglaise n'a pas une aussi belle couverture). J'ai fait les yeux doux à une personne de mon entourage abonnée à FL, et elle me l'a très gentiment acheté.

Londres, 1946. Juliet Ashton est un écrivain en mal d'inspiration. Un jour, elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey, un certain Dawsey Adams, qui a trouvé son adresse sur un ouvrage de Charles Lamb. Elle découvre alors l'existence du cercle littéraire des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates, créé grâce à la rapidité d'esprit d'une habitante de Guernesey, durant l'Occupation. Au fils des lettres, Juliet se lie d'amitié avec les différents habitants de l'île, et commence à écrire sur eux.

Si vous êtes déprimé, si vous aimez les personnages loufoques, ou si les îles anglo-normandes vous attirent, ce livre est fait pour vous. Juliet est une héroïne extrêmement attachante avec son caractère bien trempé, et son amour des livres. Cette lecture m'a d'ailleurs rappelé que le livre de Daphné Du Maurier sur Branwell Brontë m'attend bien sagement dans ma bibliothèque. Et que les hommes qui tomberaient sur ce billet ne s'offusquent pas, mais je n'ai pu m'empêcher de noter cette phrase d'Isola (qui parle de mon Heathcliff, donc je suis pardonnée) :

"Les hommes sont plus intéressants dans les livres qu'ils ne le sont en réalité."

Outre cet hymne à la lecture, Le cercle littéraires des amateurs d'épluchures de patates évoque une page douloureuse de l'Histoire, puisque les habitants de Guernesey sont encore marqués par le passage des Allemands, et les Londoniens non plus n'ont pas repris leur vie d'avant la guerre. Heureusement, les personnages ont assez de ressources et de malice pour ne pas s'effondrer et nous abattre avec eux, et l'on referme ce livre avec le sourire aux lèvres. Nous sommes en effet confrontés à une avalanche de personnages qui ont tous une particularité (sorcière, ivrogne, vieille bique...) qui permettent de dédramatiser l'histoire tout en gardant conscience des difficultés passées. Mention spéciale au personnage d'Elizabeth, je n'avais même pas remarqué qu'elle était absente avant que ce ne soit dit. Sa présence jusque là était telle que la nouvelle tombe comme un coup de massue. C'est très habile de la part de l'auteur. Je suis beaucoup moins convaincue par Rémy. Étrangement, ce témoin direct des horreurs de la guerre, cette jeune femme brisée par ce qu'elle a subit, n'est pas celle par qui l'émotion passe. Je veux bien croire que cela soit voulu, mais je n'ai pas compris quel était l'intérêt de la faire venir à Guernesey.   
En ce qui concerne la forme épistolaire, je ne suis pas particulièrement une amatrice du genre, mais j'ai trouvé qu'elle passait très bien avec ce roman, et ajoutait même beaucoup à son charme (cette dernière phrase qui semble totalement inutile, est en fait destinée à une certaine personne qui devrait se reconnaître).   
Juste une critique, l'écriture est un peu lourde dans les premières lettres des habitants de Guernesey reçues par Juliet, et donne à ces dernières un côté artificiel.
Mais bon, le reste est très agréable (je crois que je ne me remettrais pas de l'anecdote avec Oscar Wilde...), alors tout va bien.   

Pas le roman du siècle, mais un livre idéal pour les froides soirées qui sont encore devant nous !

Les avis de Clarabel, Emjy, Fashion, Tamara, Michel et Karine.

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