Far from the madding crowd ; Thomas Hardy
Wordsworth Classics ; 362 pages.
V.F. : Loin de la foule déchaînée. 1874.
Je disais il y a quelques jours que j'avais de Dickens l'image d'un auteur déprimant. C'est encore pire en ce qui concerne Thomas Hardy. Sauf qu'ici, j'ai quelques raisons de nourrir des préjugés contre cette auteur. Je connais vaguement les trames de Tess d'Uberville et de Jude l'Obscur, donc je sais que ça va très très mal pour les personnages.
Cela dit, ce n'est pas du tout la raison pour laquelle j'ai mis un peu de temps à achever ma lecture de Far from the madding crowd.
Ce n'est pas un livre très rigolo certes, mais en fait j'ai seulement eu un blocage avec les premières dizaines de pages. Bethsheba Everdene est une jeune femme née pour tourmenter bien des hommes, comme l'annonce son seul prénom. Le premier d'entre eux est le fermier Gabriel Oak, qui voit sa demande en mariage repoussée peu avant de perdre la totalité de ses brebis. Ruiné, il se retrouve par une ironie du sort au service de Miss Everdene, qui vient d'hériter des propriétés de son oncle. Le second est William Bolwood, un autre fermier qui, suite à un concours de circonstances, devient dangereusement passionné à l'égard de Bethsheba. Le dernier sera le sergent Troy, déjà fiancé à une jeune fille de basse extraction.
Dans ce roman, Thomas Hardy nous présente les différents types d'amour, en créant des personnages qui vivent tous différemment leur découverte de ce sentiment. Comme aucun n'est sur la même longueur d'ondes que les autres, ils s'entrechoquent et se brisent dès lors qu'ils entrent en contact. Pour certains, ce sera fatal. La mort de celle qui était trop naïve, trop dévouée, est bouleversante. Aucun personnage, à part Gabriel Oak, ne parvient à maîtriser ses émotions, et c'est ce qui rend un personnage comme le sergent Troy touchant. J'ai trouvé le passage où les fleurs plantées sur la tombe de celle qu'il a aimée sont éparpillées par le mauvais temps très beau et très triste. Oui, parce que si je savais que Far from the madding crowd n'était pas aussi plombant que d'autres livres de Thomas Hardy, la tragédie est tout de même là.
Au-delà des intrigues amoureuses, il est aussi question de la place de la femme dans la petite société rurale d'un Wessex imaginaire. Bethsheba sait ce qu'elle veut quand il ne s'agit pas d'amour. Elle n'est pas mariée durant la plus grande partie du roman, et est parfaitement déterminée à jouer son rôle de petite propriétaire terrienne, et à s'impliquer dans ses affaires. Les hommes qui travaillent pour elle sont davantage paternalistes que tentés d'exprimer un quelconque mécontentement, mais on sent très vite qu'elle a conscience de devoir démontrer que c'est elle qui commande. A plusieurs reprises d'ailleurs, elle réfléchit au genre de femme qu'elle est et à celui qu'elle ne veut pas être.
Il m'a fallu une quarantaine de pages avant de m'installer dans cette histoire. Je crois que je n'avais jamais lu un roman de cette époque qui adopte le point de vue de personnages ruraux qui n'ont pas une grande place sur l'échelle sociale anglaise de la fin du XIXe siècle, et cela m'a un peu surprise. Mais on s'habitue vite à leurs manières et à leur façon de parler. Il n'est pas toujours facile de s'identifier aux personnages, mais je crois que ce roman est de ceux qui marquent. Si vous avez des titres de cet auteur qui ne risquent pas trop de me faire sombrer dans la dépression à me conseiller, je suis preneuse !
Commentaires sur Far from the madding crowd ; Thomas Hardy
- Alice : Tess est sur ma PAL, donc je le lirai sûrement un jour. Mais j'en ai noté d'autres bien tentants avant.
Fashion : j'ai vu que chez Clarabel ce pauvre Hardy en avait pris pour son grade ;o) Au niveau de la langue, je pense que ça devrait aller pour toi. C'est du langage parlé et un peu vieillot la plupart du temps, mais on s'y fait rapidement et j'ai déjà vu bien pire... - Hum, j'ai "Jude l'obscur" dans ma PAL. Un ami m'a gentiment précisé que ça pouvait influencer mon moral. Du coup, le livre attend, attend...
Thomas Hardy me fait un peu peur, j'imagine un niveau littéraire assez élevé... En tout cas, tu parles très bien de ce livre-ci (et la couverture est très belle). - Je l'avais beaucoup aimé, celui-là ! L'héroïne travailleuse et volontaire était très intéressante. Le milieu rural était bien décrit. évidemment, les histoires d'amour étaient tordues mais c'est souvent comme ça chez Hardy. Un autre titre pas trop déprimant : Remèdes désespérés, Under the Greenwood tree, finissent à peu près bien. Les autres sont terribles !
- Je n'ai pas encore lu ce roman mais il est sur ma PAL. Je pense le lire d'ici la fin de l'année. Par contre, j'ai vu l'adaptation ITV datant de 1998 que j'ai beaucoup aimée et qui d'après ce que j'ai lu, est assez fidèle au roman.
De Thomas Hardy, j'ai lu Tess qui fait parti maintenant de mes romans anglais préférés. Je pense que si je l'avais lu plus jeune, j'aurais été un peu déroutée par son aspect très dramatique. J'ai bien fait d'attendre, je l'ai mieux savouré.
J'ai trouvé "Jude l'Obscur" bien plus plombant. Il m'a vraiment déprimée
"Under the Greenwood Tree", son 1er roman, est aussi considéré comme son plus gai. Je ne l'ai pas lu mais j'avais beaucoup aimé l'adaptation BBC de 2005. Elle est très romantique et rafraîchissante, ce qui est plutôt rare pour Thomas Hardy ^^ - Erzébeth : je ne veux surtout pas te détourner de cet auteur, donc ne reviens plus sur ce billet !
Canthilde : je note ces titres, merci beaucoup !
Keisha : en fait, ça ne me dérange pas non plus totalement. C'est juste que je fais ça à petites doses ;o) Celui-ci n'est pas vraiment plombant, en fait c'est cette impression de fatalité qui le rend si fort.
Emjy : merci pour toutes ces impressions. Je suis curieuse de connaître ton avis sur ce roman ! - j'avais découvert Thomas Hardy il y a quelques années, et je viens de redécouvrir récemment... c'est vraiment un de mes auteurs favoris, moi je n'ai pas peur dans le noir! (même si il y a un passage de Jude que j'avais refoulé après ma première lecture, et à ma récente seconde lecture... hé bien...brrr....). Sûr que je vais lire tout ce qu'il a écrit!
Je te conseille "Métamorphoses", c'est un peu plus gai, c'est un recueil de nouvelles... tu peux lire mon commentaire ici : http://cryssilda.canalblog.com/archives/2008/06/12/9544305.html - drôle, émouvant, optimisteJe ne comprends pas les qualificatifs "plombant", "déprimant", "lent". Ce roman s'achève sur un rarissime happy ending: Boldwood grâcié, Oak et Batsheba qui se marient enfin! C'est un véritable conte de fée rural. Même la mort de Troy est belle — émouvante, triste, oui, mais il se retrouve pour l'éternité au côté de Fanny! Et tout le récit est agrémenté de rebondissements, de scènes remarquables, cocasses, visuelles (la tempête, la séduction par l'épée…), et surtout d'un regard décalé (l'auteur est un narrateur très présent, une sorte "d'œil" extérieur), bourré d'humour (le sent-on dans la traduction française?)
















