27 septembre 2008

Le bruit et la fureur ; William Faulkner

412N12CQA3LFolio ; 384 pages.
Traduction de Maurice Coindreau. 1929.
Titre original : The Sound and the Fury.

Comme vous le savez, je suis d'une nature extrêmement généreuse, et cela donne souvent lieu à des abus. Ainsi, après ma lecture laborieuse de Tandis que j'agonise, Erzébeth, la bouche en coeur, m'a demandé de tester Le bruit et la fureur qui la tentait bien.
Bon, j'avoue que j'avais ce titre en ligne de mire depuis Lumière d'août. La petite fille de la couverture me fait penser à ma cousine (même si ce n'est qu'une impression, de près elles ont juste eu la même coupe de cheveux à un moment donné). Du coup, je ne l'ai pas non plus ouvert en traînant des pieds, et bien m'en a pris.

Encore une fois avec Faulkner, il est impossible de faire un résumé de ce livre. Il se découpe en quatre parties, quatre dates, mises dans le désordre, et dont la chronologie individuelle est également perturbée puisque l'histoire se passe dans la tête de narrateurs troublés. Nous suivons en effet les Compson, une ancienne famille respectée de Jefferson, qui s'effondre.

Ce roman est pour moi le livre de l'année, et sans doute bien plus. Il ne détrône pas Wuthering Heights, je suis bien trop fidèle à mes amours de jeunesse, mais Le bruit et la fureur intègre assurément mon top 10 des meilleurs livres. 
C'est bien simple, il y a tout dedans. On ne comprend d'abord pas dans quoi on se plonge, comme d'habitude, mais c'est encore plus normal dans Le bruit et la fureur que dans les autres romans de Faulkner que j'ai lus. Parce que c'est un roman vrai. Nous suivons les pensées des narrateurs, du coup ces derniers ne pensent pas toujours à préciser de quoi ils parlent, ni de qui, ni de quand, ni d'où. Les phrases sont coupées, parce que les pensées s'entremêlent. Tout cet ensemble donne une justesse et une force incroyable au récit, et dégage une émotion que l'on ne ressent que dans les meilleurs romans. D'une façon générale, des trois livres de Faulkner que j'ai lus, il s'agit de celui qui est étrangement le plus facile à suivre. Dès le début, alors même que l'on ne comprend pas encore qui est qui, ni à quelle date nous sommes, le récit est déjà passionnant. Les pages sans ponctuation, dont il faut deviner les dialogues, sont celles qui m'ont le plus touchée. Parce que ce sont celles où le narrateur (Quentin en l'occurrence) est le plus désespéré.
Oui, parce qu'on peut le dire, ce n'est pas la joie chez les Compson. Ils sont torturés, à la limite de la folie, et remplis d'obsessions, dans une maison lugubre et maudite selon Caroline, la mère. Mais encore une fois, ils sont vrais, grâce à l'usage incessant des monologues intérieurs chers à Faulkner, qui bien que décousus d'apparence, permettent de voyager dans le temps et de comprendre les personnages. Tous les garçons Compson ont une tare. Ben est handicapé, Quentin est amoureux de la seule femme qui lui est absolument défendue, et Jason n'a rien d'un type charmant. Pourtant, si j'ai autant aimé ce roman, c'est parce que ses personnages m'ont bouleversée. Surtout Ben et Quentin, j'ai toujours eu un faible pour les personnages au destin brisé. Nous avons accès à leurs réflexions, à leurs ressentis, et c'est parfois terrible. Même Jason peut être attendrissant, malgré son comportement odieux dans bien des circonstances.
Autour des enfants Compson et de leur mère gravitent les Noirs qui les servent. Ils sont la vie et la stabilité de l'histoire, les derniers piliers de la famille Compson encore debout. Dilsey a élevé les enfants, prépare les repas, empêche les bagarres. Luster s'occupe de Ben. Par ailleurs, le fond et la forme se mêlant sans cesse dans ce livre, ce sont également ces serviteurs qui donnent sa cohérence à l'ensemble du roman.   

Un livre dur donc, mais surtout très émouvant, et parfaitement maîtrisé. Pour moi, il s'agit incontestablement d'un chef d'oeuvre. 

L'avis de Thom.


25 septembre 2008

Twist ; Delphine Bertholon

9782709629942_G_1_JC Lattès ; 428 pages.

Je déteste les romans basés sur des faits divers, alors ma première réaction en lisant le résumé de ce livre qui avait attiré mon attention a été : surtout pas. Puis, j'ai vu une vidéo dans laquelle l'auteur évoque son roman. Les avis de Clarabel et Solène étaient dithyrambiques, alors je me suis laissée convaincre.

Madison est encore une petite fille lorsqu'elle se fait enlever par R., un homme étrange au volant de sa Volvo noire. Elle restera enfermée pendant cinq ans dans une pièce de neuf mètres carrés, à tuer le temps en noircissant des cahiers d'écriture, et à chercher un moyen d'échapper à son ravisseur. Dehors, le temps s'est arrêté pour les parents de Madison. Quant à Stanislas, son professeur de tennis pour lequel elle avait le béguin, il mène une existence triste à Paris.

C'est en effet un roman à trois voix solidement construit que nous propose Delphine Bertholon. Madison, la petite fille enlevée. Stanislas, le garçon pommé. Et la mère, dévastée par la disparition de son enfant.
Cela permet au livre de ne pas se centrer sur le thème de l'enfant séquestré. Aucun détail glauque dans ce roman. Même dans les deux récits qui ne concernent pas directement Madi, la sexualité n'est pas évoquée de façon prolongée, et je pense que c'est volontaire de la part de l'auteur. Le voyeurisme est totalement rejeté. Delphine Bertholon avait un autre objectif avec ce livre, celui de nous parler d'enfermement. Pour Madi, c'est une évidence, la cage qui l'entoure est bien réelle. Sa mère, elle, s'est murée dans son chagrin, et Stanislas, lui, est prisonnier d'une relation qui le détruit mais de laquelle il ne parvient pas à se sortir.
Tous ces personnages deviennent attachants et familiers au cours du récit. Même R., dans une certaine mesure. Car, de la même façon qu'il ne s'agit pas de raconter de la manière la plus croustillante possible le calvaire vécu par Madison, Delphine Bertholon n'a pas écrit sur un monstre. Il ne s'agit pas de raconter que l'on se trouve au pays des bisounours, que cela soit clair. R. reste quelqu'un de distant, et Madison ne le considère jamais autrement que comme un pommé pouvant perdre son sang-froid à tout moment. Mais la personnalité de R. est intéressante dans la mesure où il semble parfois que c'est Madi qui a le contrôle. Elle écrit, et ça la libère, elle le gronde quand il ment, elle l'aide à réorganiser son espace intérieur. Et puis, elle est pleine de vie, dynamique, entreprenante, drôle. Au bout du compte, on a l'impression que celle qui est enfermée est la seule qui cherche la vie.
C'est aussi la seule qui ne souffre pas de son amour. C'est pour Stanislas qu'elle écrit ses cahiers, quand ce dernier se vautre de chagrin après que "Moi-même" soit encore partie sans lui.

Enfin bref, vraiment un roman sympa, à mon tour de vous le recommander !

23 septembre 2008

Le soleil se lève aussi ; Ernest Hemingway

749746_1_Folio ; 274 pages.
Traduction de Maurice Coindreau. 1926.
Titre original : The Sun also rises.

Je suis terriblement contrariée. La couverture de mon livre n'est pas celle-ci, et ça m'énerve d'autant plus que l'autre me plaisait beaucoup. Mais impossible de retrouver la vraie, donc vous devrez vous contenter de cette image là...
Bon, je vais essayer de me calmer pour vous parler de ma première rencontre avec Ernest Hemingway, l'un des monstres de la littérature américaine. Comme tous les monstres, Hemingway me fait peur. Mais ici encore plus, puisque mon papa, qui a passé toute sa jeunesse à dévorer les bibliothèques des établissements qu'il fréquentait, l'apprécie énormément. Je pensais plutôt lire L'adieu aux armes ou Pour qui sonne le glas, mais il se trouve que le supermarché dans lequel j'ai cherché un livre cet été n'avait que Le soleil se lève aussi.

Faire un résumé de ce livre est assez délicat. Nous sommes dans les années 1920. Nous suivons Jake, un journaliste américain installé à Paris, et sa bande "d'amis", avec lesquels il partage une passion commune, Brett, une femme qui vit sa vie sans se poser de questions, faisant succomber tous les hommes qu'elle croise. Il y a Robert Cohn, écrivain divorcé et difficile à supporter, qui est dévoré d'amour pour Brett au point de faire enrager tous ses compagnons. Il y a aussi Mike, le fiancé de Brett, qui attend qu'elle finalise son divorce et qui semble accepter les frasques de sa promise sans ciller. Après avoir séjourné à Paris, tous ces personnages, ainsi que Bill, un ami de Jake, décide de partir pêcher en Espagne, ou ils vont également assister à une fiesta

Très souvent, je suis capable de dire au bout de quelques pages seulement si un livre va me plaire ou non. Dans ce cas précis, je n'ai pas attendu longtemps avant de me dire que j'allais me régaler. J'en suis même arrivée à me passionner pour la corrida, c'est tout dire. Hemingway rend la chose incroyablement gracieuse et vivante. J'ai essayé de fermer les yeux au moment des mises à mort parce que bon, je reste une âme sensible, mais j'ai enfin compris que cela pouvait attirer les foules dans les arènes.
Bien sûr, il n'est pas seulement question de corrida dans ce roman. On y parle aussi de fêtes, d'alcool, de pêche, d'alcool, d'amour, et encore d'alcool. Car même si les personnages ne vivent rien d'extraordinaire, Hemingway joue énormément sur les non-dits. En fait, ce livre est extrêmement émouvant. Chacun des personnages, à part Bill, qui sert à éviter la catastrophe, est terriblement malheureux. C'est d'ailleurs une réussite incroyable d'être parvenu à faire comprendre au lecteur, sans utiliser de longs monologues intérieurs, ce que vit chacun des personnages.
Jake, le narrateur, est particulièrement attachant. Son amour pour Brett, impossible à concrétiser, sa recherche de plaisirs dans la pêche ou la corrida sont aussi pathétiques et rageant qu'admirables. J'ai dit plus haut que j'avais adoré les passages sur la corrida, ce sont ceux où Jake et Brett semblent enfin vivre, trouver l'espace de quelques instants un sens dans leur existence banale, et combler la blessure de Jake qui les empêche de vivre leur amour.
Et puis, c'est quand même un livre rempli d'humour. Cohn, même s'il est exaspérant la plupart du temps, donne lieu à des situations hilarantes. J'adore le passage où il est tellement ivre qu'il dort sur un tonneau, ou lorsqu'il se dispute avec ses compagnons.
J'ai beaucoup enragé en lisant ce roman, parce que les personnages ne peuvent s'empêcher de réagir de façon humaine, mais c'est tellement bien fait* que ça n'empêche pas Le soleil se lève aussi d'être un roman extraordinaire. Mon papa peut être fier de moi, même s'il ne se souvient plus s'il a lu ce titre...   

"Personne ne vit complètement sa vie, sauf les toreros." (page 23) 

Les avis de Thom, Livrovore et Loupiote.

*L'édition par contre est truffée de coquilles énormes. Moi qui considère Folio comme une maison soigneuse, j'ai du mal à comprendre comment des fautes de frappe pareilles passent inaperçues...

22 septembre 2008

Gatsby le Magnifique ; F. Scott Fitzgerald

9782253007906_G_1_Le Livre de Poche ; 250 pages.
Traduction de Jacques Tournier. 1925.
Titre original : The Great Gatsby.

L'année dernière, le roman de Gilles Leroy, Alabama Song, a fait le tour des blogs. A cette occasion, j'avais pu m'apercevoir que j'étais visiblement la seule qui ne connaissais Fitzgerald que de nom. L'histoire de sa vie, et ses romans m'étaient totalement inconnus (à part quelques titres). Quand on me connaît, cela n'a rien de surprenant. Je suis une inculte complète en matière de littérature américaine. Cette histoire m'a quand même intriguée, alors j'ai jetée mon dévolu sur Tender is the night, et je l'ai naturellement oublié sur une étagère. C'est la couverture de Gatsby le Magnifique qui m'a de nouveau amenée à F. Scott Fitzgerald. Je trouve cette photo superbe.

L'histoire se déroule au début des années 1920, sur la côte est des Etats-Unis. Nick Carraway s'installe à proximité de New York afin d'y travailler. Là-bas, il retrouve sa cousine, Daisy, installée depuis peu avec Tom, son mari volage dans une splendide demeure. Nick fait également la connaissance de son voisin, M. Gatsby, qui donne en permanence des soirées auxquelles toute la bourgeoisie se rend, tout en s'interrogeant sur la véritable identité de son hôte. Très vite, Nick apprend que Gatsby n'est autre qu'un ancien soupirant de sa cousine Daisy, et qu'il est bien décidé à la reconquérir.

Je ne sais pas vraiment par où commencer pour vous parler de ce roman que j'ai dévoré aussi vite que j'ai pu. Gatsby le Magnifique est plus ancien, mais j'ai pensé au cours de ma lecture à La traversée de l'été de Truman Capote. La frivolité de Daisy rappelle un peu le personnage de Grady. C'est New York, c'est l'été, il fait une chaleur épouvantable, et le drame se dessine peu à peu.
Naturellement, Gatsby le Magnifique est plus creusé, moins brutal. Francis Scott Fitzgerald cerne parfaitement le côté désabusé de la société qu'il décrit dans ce roman. C'est la fête, mais le vin est triste, et les gens se disputent. Les foules se pressent chez Gatsby, mais il n'a jamais été si seul. La dernière scène dont il est le héros est d'une tristesse épouvantable. Tout semble éphémère et impitoyable dans ce livre. Les principaux protagonistes de l'histoire  sont instables, égoïstes et frivoles, tellement que Fitzgerald donne la parole à un personnage secondaire pour narrer l'histoire, Nick Carraway. Ce dernier se décrit lui même comme foncièrement honnête, et sa non appartenance au monde dont il dresse le portrait lui donne un détachement précieux pour nous raconter l'histoire de Gatsby, même si naturellement son discours n'est pas aussi neutre que prévu.
L'écriture de Fitzgerald, très belle, dirige efficacement le récit. L'ambiance, bien que désenchantée, donne une impression d'élégance permanente, et est parfois empreinte de poésie et d'ivresse nocturne. Gatsby, est un héros émouvant, avec ses rêves qu'il ne veut pas abandonner. Ses preuves d'amour sont très belles, bien que vaines et finalement fatales. Tout comme le narrateur, on s'y attache énormément.

"Je ne pouvais ni m'attendrir, ni lui pardonner, mais j'ai compris que sa façon d'agir était tout à fait normale à ses yeux. Qu'il n'y avait dans tout cela qu'insouciance et maladresse. Tom et Daisy étaient deux êtres parfaitement insouciants -ils cassaient les objets, ils cassaient les humains, puis ils s'abritaient derrière leur argent, ou leur extrême insouciance, ou je-ne-sais-quoi qui les tenait ensemble, et ils laissaient à d'autres le soin de nettoyer et de balayer les débris." (pp 228-229)

Les avis de Karine et de Frisette

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21 septembre 2008

Son absence ; Justine Augier

9782234061644_G_1_Stock ; 169 pages.

J'avais repéré très tôt ce titre de la rentrée littéraire, parce qu'il était chaudement recommandé par ma librairie. Je l'ai donc ouvert avec enthousiasme, même si l'avis de Clarabel m'avait intriguée.

Aria a disparu depuis de longs mois, alors sa mère fait appel à un écrivain public, le narrateur de l'histoire, afin qu'il reconstitue le passé de sa fille.

Je dois dire que ce livre est une déception pour moi. La première chose que l'on remarque est l'écriture de Justine Augier. Elle est très travaillée, de façon à la rendre chantante pour qu'elle accompagne le récit en le dynamisant et en créant une atmosphère de délicatesse.
Le gros souci est qu'il n'y a pas grand chose à accompagner. L'écrivain public chargé de raconter l'histoire d'Aria nous livre un récit complètement superficiel. Soit il nous parle d'Aria comme si nous la connaissions depuis des années quand ce n'est naturellement pas le cas, et elle nous paraît de ce fait très lointaine. Soit il nous livre des anecdotes inintéressantes, qui la laissent également dans le brouillard. Je n'ai rien contre les personnages énigmatiques, mais Aria n'a rien de quelqu'un de fascinant, et l'obsession qu'elle provoque chez l'écrivain à qui sa mère a fait appel est difficile à comprendre.
D'ailleurs, cet homme antipathique ne sert pas à grand chose en fin de compte. Je pensais qu'il devrait faire des recherches, mais il se contente de nous livrer son travail final.
J'ai lu ce livre jusqu'à la dernière page, mais le ton employé n'a pas changé. Ce n'est pas chargé d'émotion comme Justine Augier l'avait manifestement prévu, mais monotone, lassant, et alors que livre s'achève sur la déception d'un personnage que nous n'avons pas appris à connaître, impossible d'être touché. Même Aria ne m'intéressait plus à ce stade. Avec ce livre, j'ai eu l'impression de lire des pages vides, que j'oubliais au fur et à mesure que je les tournais. Tant pis. 

Merci à Clarabel pour le prêt.

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20 septembre 2008

Le treizième conte ; Diane Setterfield

resize_3_Plon ; 389 pages.

Je crois que je suis vraiment la dernière à lire ce roman qui a suscité un très grand enthousiasme depuis sa sortie en janvier 2007. Je l'avais acheté à ce moment là, feuilleté, mais je n'avais pas encore eu l'envie de le lire. Il faut dire qu'il avait été comparé à Possession, livre que j'ai été incapable de terminer, et les romans qui font l'unanimité m'inquiètent toujours beaucoup. Je viens donc, avec beaucoup de retard, ajouter ma voix au concert de louanges qui entoure Le treizième conte.

Margaret Lea est une jeune femme solitaire, qui aime davantage la compagnie des livres que celle des gens. Depuis toujours, elle a fait de la librairie de livres d'occasion de son père son antre. Un jour, elle reçoit une lettre, à l'écriture étrange, qui lui vient de Vida Winter, un auteur de best-sellers. Celle-ci souhaite confier l'histoire de sa vie à Margaret, qui a déjà rédigé quelques biographies succinctes. La jeune femme est très étonnée, elle n'est pas une réelle biographe. De plus, elle est sceptique. Vida Winter est réputée pour avoir fait de sa vie un mystère. Troublée par l'arrivée inattendue de cette lettre, Margaret décide de feuilleter le seul livre de l'écrivain disponible dans la librairie de son père, un recueil de treize conte selon le titre. Finalement absorbée par les douze premiers contes qu'elle lit, elle découvre avec stupeur que le treizième conte n'a jamais été publié. Sa rencontre avec Vida Winter soulève encore davantage de points obscurs, et la mène dans une histoire de fantômes, de jumelles, de famille brisée, qui renvoie à Margaret le reflet de ses propres drames.

Soyons honnêtes, la première chose qui m'a plu dans ce livre, c'est sa couverture. Tant la première que la quatrième, puisque cette dernière nous promettait une histoire à la Rebecca. Bon, sur ce dernier point, c'est raté. L'ambiance n'est pas celle des romans à tendance gothique qui était promise. La grande demeure des Angelfield tombe en ruine, le plancher craque, il y a bel et bien des cadavres dissimulés et des nuits sans lune, mais ce n'est pas cela qui rend Le treizième conte aussi angoissant, aussi bouleversant et aussi captivant. Il y a quand même un très bel hommage rendu à la littérature anglaise du XIXe siècle dans ce livre. On pense à Jane Eyre bien sûr, abondamment cité. Pour ma part, j'ai surtout pensé à Wuthering Heights. D'autres clins d'oeil parsèment également ce livre, à travers le comportement des personnages ou au cours de leurs discussions. Nous passons également du temps dans les vieilles bibliothèques des demeures que nous traversons. Et puis, j'ai adoré le fait que les personnages n'échangent que par lettres, même si le roman se déroule à notre époque.
Il y a certaines ficelles un peu grosses, quelques questions qui surviennent un peu tard, c'est vrai. Mais cela est totalement gommé par la puissance de l'histoire que raconte Vida Winter. La plume de Diane Setterfield est très belle, très énigmatique. Elle nous tient en haleine, certaines phrases ne prennent tout leur sens qu'à la fin, pour nous bluffer complètement. Les personnages ne sont pas beaux, mais leur attitude est entière et cela les rend attachants. De plus, leur histoire est tellement triste qu'elle ne peut qu'émouvoir. 
Quelques questions restent en suspens, mais cela fait aussi partie des charmes de ce roman, dont on a du mal à croire qu'il est le premier-né de Diane Setterfield.

Je me suis plongée dans ce roman avec un bonheur que je n'avais pas ressenti depuis longtemps, et je vous souhaite de refermer ce roman aussi conquis que moi.

Les avis de Allie, Clarabel, Fashion, Praline, Gachucha, Karine, Cuné... J'en oublie plein, mais n'hésitez pas à mettre votre lien.   

19 septembre 2008

2 ans...

L'année dernière, j'avais complètement oublié de fêter l'anniversaire de mon blog... Cette année, j'étais bien partie pour remettre ça, mais les anniversaires des copines m'ont mis la puce à l'oreille, du coup l'honneur est sauf. (Edit de dernière minute, j'avais quand même oublié de programmer le billet...)

Le moins qu'on puisse dire est que ma présence ici a été plutôt sporadique durant l'année qui vient de s'écouler. J'adore cependant toujours autant vous lire presque chaque jour, avoir des commentaires sur mes billets, partager mes achats et mes impressions. J'aime voir de nouveaux blogs se créer, d'autres se diversifier. Cette année sera sans doute plus propice à la lecture, et j'ai hâte de me lancer dans de nouveaux challenges que je ne tiendrai pas.

Voilà, voilà, merci à vous de passer par ici plus ou moins régulièrement, et passons maintenant au gâteau :

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18 septembre 2008

Notre petite vie cernée de rêves ; Barbara Wersba

resize_1_Thierry Magnier ; 187 pages.

J'ai repéré ce livre chez Clarabel il y a quelques jours, et je l'ai immédiatement commandé. Je n'avais pas réalisé qu'il s'agissait d'un roman jeunesse, ni qu'il avait été publié pour la première fois en 1968, et encore moins que l'histoire se déroulait dans les années 1960. Du coup, la surprise a été complète.

Albert Scully est un adolescent solitaire, mal dans sa peau, qui vit dans une maison où les appareils électriques sont toujours en panne, et où ses parents passent leur temps à se disputer. Un jour, sa mère lui demande d'aller menacer la vieille dame qui fait du feu dans son jardin. Cette rencontre bouleverse la vie d'Albert, et lui permet de prendre un peu confiance en lui, et d'entrevoir son avenir.

Ces derniers temps, j'ai beaucoup de mal à parler de mes lectures, alors que j'ai vraiment envie de vous les faire partager. J'espère que ça va venir...
Je vais commencer par une citation qui m'a énormément plu, comme elle a enchanté Albert lorsque Orpha la lui a récité :

"Si un homme marche à un autre pas que ses camarades, c'est peut-être qu'il entend le son d'un autre tambour. Laissons-le suivre la musique qu'il entend quelle qu'en soit la cadence." p 73

Car la couverture de ce roman est une véritable illustration de la maison de Mme Woodfin, avec tout un tas de romans empilés dans tous les coins et prenant la poussière. Comme Albert, elle aime les histoires, la compagnie des livres, les citations. J'ai souvent vu des blogueurs ou des gens dans la vie de tous les jours tenter d'expliquer ce qu'ils recherchent dans les livres. Pour ma part, je crois que je serais bien incapable de répondre à cette question, je peux simplement dire que j'aime lire. En revanche, j'aime les romans dans lesquelles les histoires ont une signification précise (j'exige souvent des autres ce dont je suis moi même incapable), et c'est le cas ici, puisque grâce aux citations qu'il note dans son carnet vert et à l'histoire de Mme Woodfin, Albert prend conscience de ce qu'il savait déjà.
En fait, il est loin d'être bête ce petit Albert. Son passage à Greenwich Village montre à quel point il est clairvoyant. Lorsqu'il voit tous ces hippies qui ont adopté un mode de vie différent, et qu'il réalise que ce n'est qu'un autre choix de conformité, je me suis dit qu'il avait vraiment tout compris (je n'ai rien contre les hippies, il se trouve simplement que le livre se situe dans les années 1960).
Le ton employé est volontairement innocent, sincère et naïf, autant que peut l'être le discours d'un enfant qui a des goûts trop prononcés pour le jardinage et la lecture quand ses camarades de classe ne pensent qu'à cacher leur mal-être adolescent en parlant de sexe et d'alcool.
C'est un peu démodé, un peu trop parfois, mais ce livre reste un roman jeunesse assez surprenant et très attachant.

Si ça intéresse quelqu'un, je veux bien faire voyager ce livre. 

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17 septembre 2008

Le vampire de Ropraz ; Jacques Chessex

9782253122814_G_1_Le Livre de Poche ; 96 pages.

Au début de l'année 1903, Rosa, la fille du juge de paix, est sortie de sa tombe, violée, et affreusement mutilée. Elle était connue pour son attitude irréprochable, et personne ne parvient à imaginer qu'un être humain ait pu lui faire une telle chose. Deux autres cadavres de jeunes femmes subiront le même sort, plongeant toute la région dans l'effroi. Les suspects se succèdent, sans résultat, jusqu'à ce qu'un jeune homme présentant le profil idéal pour servir de bouc émissaire soit arrêté.

Ce livre me tentait depuis pas mal de temps, mais les avis assez mitigés trouvés sur les blog m'avaient refroidie. Après ma lecture, je suis moi aussi assez perplexe.
Le début est prometteur. L'ambiance est lourde, un peu effrayante, et Jacques Chessex écrit vraiment très bien.
Mais l'ensemble ne m'a pas convaincue. Aucun personnage ne ressort vraiment du lot, du coup on a plus l'impression d'avoir affaire à une bande de cinglés qu'à une véritable énigme. Alors oui, c'est certain que mettre tous les crimes commis depuis des années sur le dos d'un seul homme permet aux "honnêtes" gens d'oublier leurs propres crimes, mais il n'y a rien de bien original là-dedans. Le premier chapitre laisse espérer une histoire passionnante, effrayante, pleine de faits inexpliqués. En fait, l'auteur se contente de décrire des faits, sans susciter un quelconque questionnement. Même la question de la culpabilité de Favez ne semble pas être si importante. Il y a beaucoup d'ébauches d'idées, mais rien n'est creusé.
J'imagine que la dernière page avait pour but de provoquer l'intérêt sinon l'indignation du lecteur, mais dans mon cas, c'est raté. C'est beaucoup trop court, beaucoup trop froid, et finalement sans importance.

Une déception donc, même si je pense que je relirai Jacques Chessex.

Les avis de Lou, Tamara, Patch, Sylvie, Sentinelle

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16 septembre 2008

Paradis conjugal ; Alice Ferney

41WMr2FiYcLAlbin Michel ; 355 pages.

C'est le soir. Et comme presque tous les soirs depuis que son mari lui a offert le DVD de Chaînes conjugales, Elsa est devant ce film. Il raconte l'histoire de trois amies, qui reçoivent une lettre d'une quatrième femme leur annonçant qu'elle s'enfuit avec le mari de l'une d'entre elles, sans préciser lequel. La journée s'écoule et chacune tente de savoir pourquoi son mari pourrait être celui qui est parti. Elsa tente de faire la même chose de son côté, car son mari lui a annoncé la veille qu'il ne rentrerait pas. Elle n'a pas voulu le croire, tout comme les trois amies du film pensent à une mauvaise blague au premier abord, mais plus la soirée avance, et plus les questions fusent dans sa tête, sans qu'Alexandre ne passe le seuil de sa maison.

Je ne connais Alice Ferney qu'avec Les Autres, qui m'avait beaucoup plu. J'ai acheté Paradis conjugal parce que je voulais savoir si le mari rentrait, et aussi parce que sans être cinéphile le moins du monde, j'aime découvrir cet art dans les romans. Sur ce dernier, point, Alice Ferney m'a enchantée, et j'ai adoré regarder le film avec son héroïne, lire une vision du film que je n'aurais jamais pu faire toute seule, m'attacher à des personnages que d'ordinaire je trouve lointains (je n'apprécie que rarement les vieux films). Gambadou et une autre (mais qui ?), ont reproché à ce livre de trop décortiquer le film. J'ai moi aussi trouvé qu'il y avait des longueurs dans la première partie de l'histoire, qu'Elsa Platte n'était finalement pas si présente, et je pense que quelqu'un qui a déjà vu le film risquerait d'en dénoter encore davantage, voire même de trouver qu'Alice Ferney ne s'est pas beaucoup embêtée. De plus, n'étant ni épouse ni mère, j'ai un peu eu le sentiment au début que ce livre ne s'adressait pas à moi. Toutefois, j'ai fini par me laisser complètement happer par cette histoire, à m'inquiéter pour tous les personnages, à m'intéresser à leurs dialogues, leurs pensées, qui sont tous présentés ensemble, comme s'il s'agissait finalement d'une réflexion collective.

Je me suis également procuré le film pendant ma lecture, et j'en ai visionné une partie. Je pense que je préfère ce que j'en ai lu, même si je suis tombée amoureuse de Kirk Douglas.

EDIT : j'ai finalement vu le film en entier, et je retire ce que j'ai dit. C'est une merveille !

Voir les avis divergents de Praline, Essel et Clochette

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