41jSCaVuvtLLe Livre de Poche ; 151 pages.

J'ai ouvert ce livre dans de très mauvaises conditions, sûre qu'il n'allait pas me plaire. En fait, j'attendais de recevoir la suite de Bitten (dont je vous parle très bientôt), et il me fallait un roman pas trop long juste pour patienter. C'est une amie qui m'avait convaincue de lire ce roman en me disant qu'elle l'avait adoré. A cette époque (pas lointaine du tout en fait), je croyais que Truman Capote était un gangster. En fait, je le confondais avec Al Capone (je trouvais ça bizarre qu'il ait eu le temps de devenir un écrivain reconnu, mais quand on croit très fort à quelque chose, on trouve toujours une explication)... Bref, ça n'augurait rien de bon. Au final, je suis complètement conquise par ce livre.

Grady McNeil a dix-sept ans, et refuse d'accompagner ses parents en Europe pour y passer l'été. " Je n'ai jamais passé un été ici, " explique t-elle. Elle ne peut pas dire à ses riches et respectés parents qu'elle veut rester à New York pour être près de Clyde, un jeune homme qui travaille dans un parking. Finalement, elle obtient gain de cause, et ses parents quittent les Etats-Unis sans plus d'inquiétude qu'il n'en faut pour ne pas se sentir coupable de laisser "la petite" sans surveillance. 

Ma première surprise a été la qualité d'écriture de Truman Capote. Je ne peux pas être très précise à ce sujet, mais c'est dynamique, travaillé. Capote parvient à créer une atmosphère étouffante qui se referme progressivement sur les personnages avec une facilité déconcertante. Je sais que ma comparaison ne vaut pas grand chose, mais cette atmosphère est un peu celle que l'on retrouve dans Expiation de Ian McEwan (encore un livre dont il faudrait que je vous parle). Le livre est extrêmement court, mais l'on voit le drame se dessiner progressivement, sans que cela semble précipité.
Les deux personnages principaux ne peuvent pas survivre, cependant il faut du temps pour comprendre pourquoi. Ils sont tous les deux pommés à leur manière. Elle n'hésite pas à lui dévoiler ses sentiments, mais elle prend conscience au bout du compte que cela ne suffira sans doute pas. Lui sait que leur histoire est vouée à l'échec et tente de se protéger en feignant la désinvolture, mais un bref passage dans sa tête nous permet de comprendre qu'il est tout autant dépassé par les événements qu'elle. Ils semblent d'abord assez éloignés, plein de défauts, un peu clichés. Cependant, leur jeunesse parle pour eux, et l'approche du dénouement les rend de plus en plus attachants.
Tout cela dans une ambiance new-yorkaise très bien retranscrite, avec l'appartement de la cinquième avenue, les endroits branchés, le parking où travaille Clyde, Central Park...

Ce livre est le premier roman de Truman Capote, qui ne l'a jamais publié. La première édition date donc seulement de 2006. Dans la postface de l'édition du Livre de Poche, un ami de Truman Capote écrit que La traversée de l'été n'est " pas une oeuvre aboutie " . Je demande à voir le reste de la bibliographie de cet auteur dans ce cas, car pour moi ce petit livre est un très gros coup de coeur.

J'ai adoré le dernier paragraphe du livre, mais pour ménager un peu le suspens, j'ai choisi de vous mettre un autre passage qui m'a beaucoup plu :

" Grady qui n'avait jamais passé un été à New York ignorait qu'il existât des nuits pareilles. La chaleur ouvre le crâne de la ville, exposant au jour une cervelle blanche et des nœuds de nerfs vibrant comme les fils des ampoules électriques. L'air se charge d'une odeur surnaturelle dont la puissance âcre imbibe les pavés, les recouvrant d'une sorte de toile d'araignée sous laquelle on imagine les battements d'un cœur. Grady n'avait qu'une connaissance limitée de ce genre de naufrage citadin, elle en avait perçu des signes avant-coureurs à Brodway mais ils appartenaient au décor extérieur, elle n'en faisait pas partie. À présent, elle en était prisonnière et il n'y avait pas d'issue de secours. " (p 94)

Les avis de Clarabel, Papillon, Laure, Laurence.