22 mars 2008

Genitrix ; François Mauriac

51KRPP29BSL

Le Livre de Poche ; 160 pages.

Je vous préviens tout de suite, je ne connais absolument rien à la littérature française de la première moitié du XXe. Ça fait d'ailleurs plus de deux semaines que j'ai terminé ce livre, et j'ai vraiment du mal à écrire dessus.

Génitrix est l'histoire d'une relation mère-fils qui déraille. A cinquante ans, Fernand a en effet décidé d'épouser Mathilde, une jeune femme. Deux mois après ses noces, Fernand réintègre sa chambre d'enfant près de celle de Félicité, sa mère, qui jubile. Félicité pense que son triomphe va être total lorsque sa belle-fille décède, seule, quelques jours après avoir fait une fausse-couche. Cependant, en la contemplant sur son lit de mort, Fernand est pris d'une culpabilité soudaine, et commence à en vouloir à sa mère.

François Mauriac est un auteur qui m'a surprise par son habileté à développer son sujet. Genitrix est l'histoire d'une relation mère-fils, et Mauriac n'en dérive pas, sans tomber dans la facilité.
Ses personnages secondaires auraient tout simplement pu être inconsistants afin que l'intérêt du lecteur ne soit pas détourné, mais l'auteur a fait un choix beaucoup plus intéressant. Il a fait de Mathilde et même de Marie de Lados des personnes auxquelles le lecteur s'intéresse, parce qu'elles ont un rôle important dans le récit, tout en s'assurant qu’elles ne soient envisagées qu'en tant que partie intégrante de la relation entre Fernand et sa mère. Dans ce roman, il ne s'agit pas de pleurer la morte, donc Mathilde est un personnage peu attachant, sur lequel il est difficile de réellement s'apitoyer. Elle disparaît d'ailleurs très vite, dès que le lecteur en sait suffisamment pour comprendre la suite des événements entre Fernand et Félicité. Quant à Marie de Lados, c'est également un personnage auquel le lecteur a du mal à s'identifier mais qui est juste assez présente pour que l'on comprenne la place qu'elle occupe pour Fernand.

Une autre chose que j'ai aimée, le fait que Mauriac me mène en bateau. J'aime beaucoup cela quand je lis un livre, parce que ça prouve que le roman est maîtrisé, que l'auteur a amené son lecteur là où il le souhaitait. A la page 134, on comprend que l'on s'est fait avoir, comme tout le monde d'ailleurs, et que Fernand n'est qu'un sale gosse.

"Voici que l'incendie est éteint, _ce brasier, qui le rendait furieux, soudain le laisse grelottant au milieu de cendres. Il existe des hommes qui ne sont capables d'aimer que contre quelqu'un. Ce qui les fouette en avant vers une autre, c'est le gémissement de celle qu'ils délaissent."

Génitrix est donc un roman basé sur une idée relativement simple, mais Mauriac la développe avec brio en trois parties qui permettent de comprendre le lien inconscient qui unit Fernand à sa mère. Je mentirais en disant que j'ai été subjuguée par ce roman. Je le trouve quand même un peu daté, même si cela tient peut-être également au fait que je n'ai pu m'empêcher de penser à deux personnes que j'ai connues qui se trouvaient dans cette situation. Par ailleurs, j'ai lu un livre qui parle également d'une relation mère-fils immédiatement après ma lecture de Génitrix. Cela m'a permis de voir certaines qualités dans le livre de Mauriac que je n'avais pas vraiment relevées (par exemple, la fin, qui montre que Mauriac avait quelque chose à démontrer dès le début). Cela dit, j'ai vraiment apprécié ce roman, et je pense qu'il est de ceux qui méritent plusieurs lectures. 

Posté par lillounette à 13:10 - - Commentaires [24] - Permalien [#]