25 octobre 2007

La fille aux yeux d'or ; Honoré de Balzac

418F6HKHNNLFolio ; 400 pages.

Cet été, Fashion Victim a lancé le challenge Saga de l'été. Même si ma liste de Challenge ABC 2007 n'était pas du tout terminée (et ne le sera pas avant la fin de l'année, mais nous en reparlerons), je n'ai pas pu m'empêcher de relever le défi. J'ai donc choisi de lire l'Histoire des Treize de Balzac, dont j'avais déjà lu le deuxième volet, La duchesse de Langeais. Déjà, ces trois romans ne sont pas franchement longs, mais avec l'un d'entre eux déjà lu, ce défi paraissait être de la rigolade. Naturellement, je ne l'ai pas tenu, et c'est à cause d'une envie subite de lire du Balzac que j'ai ouvert La fille aux yeux d'or, le troisième et dernier volet de l'Histoire des Treize.

L'histoire : En ce qui concerne les Treize, il s'agit d'une association de treize hommes doués de pouvoirs surhumains. Mais que ce soit dans La duchesse de Langeais ou dans La fille aux yeux d'or, ne pas le savoir n'empêche pas de les apprécier. Cette société est très brièvement évoquée dans La duchesse de Langeais, et seul le nom de Ferragus ainsi qu'une allusion aux capacités de Henri de Marsay nous rappellent l'existence de cette confrérie dans La fille aux yeux d'or. En fait, il semblerait que Balzac n'en parle réellement que dans sa préface à l'Histoire des Treize, ce qui me permet de moins regretter de n'avoir pas commencé par le début de l'histoire.

Pour La fille aux yeux d'or, il met en scène un jeune dandy, Henri de Marsay (déjà croisé dans La duchesse de Langeais et Le lys dans la vallée), qui tombe en admiration devant une inconnue aux yeux jaunes. Celle-ci se nomme Paquita Valdès, et est une esclave géorgienne appartenant à une marquise espagnole qui la fait jalousement garder. Le jeune homme qu'est Henri de Marsay ne peut qu'être encore plus tenté de la posséder lorsqu'il constate combien la tâche sera difficile.

Mon avis : J'ai énormément aimé ce livre, même si j'avoue avoir eu assez peur en en lisant les dix ou vingt premières pages. En effet, Balzac s'y livre à une description lapidaire, bien que sans doute assez vraie sur certains points, de la société parisienne qu'il connaît. Dans La duchesse de Langeais, j'avais déjà noté une certaine amertume de Balzac, mais ses quinze pages sur la société de Saint-Germain cadraient bien avec le reste de l'histoire. Ici, Balzac ouvre son histoire en critiquant les Parisiens, l'organisation social, de façon (heureusement) dynamique, mais qui me paraît complètement décalée par rapport à la suite du livre.
Autre point qui m'a un peu gênée, la vision des femmes que donne Balzac par moments... Ce n'était pas la première fois que je notais une certaine misogynie de la part de cet auteur, mais ça peut en énerver certains.

Toutefois, j'ai quand même éprouvé un vif plaisir à la lecture de ce livre, car le formidable témoin de son temps qu'est Balzac met très bien cela à contribution dans La fille aux yeux d'or.
J'ai lu ce roman avec des images de tableaux et de Byron plein la tête. Le héros, Henri de Marsay (déjà rencontré dans La duchesse de Langeais ou Le lys dans la vallée, est un parfait dandy, qui passe plus de deux heures à se préparer chaque jour, et qui vit l'amour comme un amusement.
Surtout, la fascination des gens du XIXe siècle pour l'Orient et les mystères qui y sont associés ressort trèsingres bien dans ce livre. Paquita Valdès est une esclave géorgienne. Sa description, ses rencontres avec de Marsay m'ont immédiatement fait penser à ces odalisques peintes par Ingres à peu près à la même époque.
Ce livre possède véritablement un caractère sensuel, qui est marqué bien entendu par le personnage de Paquita Valdès, décrite comme une femme aux yeux envoûtants, mais aussi comme une Vénus dans sa coquille. Les jeux des deux amants font également ressortir la sensualité de ce roman, lorsque Paquita déguise Henri de Marsay en femme, et qu'il y prend un vif plaisir, au point de vouloir recommencer.
sardanapale_1_Enfin, la couleur dominante de ce roman est le rouge, couleur sensuelle par excellence. Cette couleur accompagne les deux amants jusqu'à la mort de Paquita, lorsque les cousins ainsi que tous les objets qui se trouvent dans la pièce où la jeune fille trouve la mort sont recouverts de sang. J'ai associé cette scène, qui marque le triomphe du rouge à La mort de Sardanapale de Eugène Delacroix, à qui est par ailleurs dédiée La fille aux yeux d'or.

Il n'est pas vraiment question d'amour dans ce roman, plutôt d'ivresse, de rêve. Tout ou presque n'est qu'illusion. Henri ignore où il se rend, et aime davantage l'idée de posséder une femme inaccessible qu'il associe à un rêve qu'il n'aime la femme en elle même.
Une fois Paquita morte, c'est comme si elle n'avait jamais existé. Henri l'oublie, sa soeur s'enferme au couvent avec son secret, et même la mère de la jeune esclave renie sa fille pour un sac de monnaie.

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22 octobre 2007

Ma morte vivante ; Paul Eluard

Cela faisait un bon moment que je n'avais pas posté de poésie sur ce blog. J'ai redécouvert ce poème il y a peu, j'avais envie de vous le faire partager...

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Caspar David Friedrich ; Mondaufgang über der See

Ma morte vivante

Dans mon chagrin, rien n’est en mouvement
J’attends, personne ne viendra
Ni de jour, ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même

Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance, ils perdent leur lumière
Ma bouche s’est séparée de ta bouche
Ma bouche s’est séparée du plaisir
Et du sens de l’amour, et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n’avanceront plus, il n’y a plus de route
Ils ne connaîtront plus mon poids, ni le repos

Il m’est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j’ai crue infinie

Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau
Pareil au tien, cerné d’un monde indifférent
J’étais si près de toi que j’ai froid près des autres.

Paul Eluard

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21 octobre 2007

Michel Tremblay ; Les belles-soeurs

41SJ4MH4PML__AA240_Après ce que j'ai dit sur Jacques Poulin, je voulais me réconcilier avec la littérature québécoise (et puis éviter que Allie m'en veuille trop de n'avoir pas aimé un livre qu'elle m'avait conseillé très gentiment...). J'ai donc décidé de me tourner vers un auteur dont j'avais déjà adoré deux livres, Michel Tremblay.

Cette fois, c'est une pièce de théâtre que j'ai choisi de lire. Ce que je peux déjà vous dire, c'est que je suis moins emballée que les fois précédentes, même si je relirai Tremblay.

L'histoire: " Germaine Lauzon, ménagère de Montréal, a gagné un million de timbres-primes. Une bonne occasion pour inviter parentes et amies à une soirée de “collage de timbres”. Mais les 15 femmes entassées dans la cuisine n’en restent pas longtemps aux civilités : jalousies, vengeances et haines personnelles éclatent, venant gâcher la fête. Dans ce huis clos parfait, difficile de ne pas se sentir un peu voyeur. Voyeur comblé par la densité d’un texte qui crache les petites misères de ces femmes sans histoire et sans avenir, mais montre aussi leur lucidité et leur esprit, leur grande expérience de l’âme humaine. "

Michel Tremblay a un don incroyable pour nous faire vivre ses histoires. On entend les personnages parler, avec cet accent si étrange pour un Français qu'est l'accent québécois. Les scènes sont tellement ordinaires que l'on n'a aucun mal à se les imaginer, et l'on rit des personnages qui pourraient être des gens que nous connaissons, et que nous affectuons malgré leurs petits défauts. D'habitude, à ces scènes plutôt banales, Michel Tremblay rajoute une touche de magie qui me fait savourer ses livres. Cette fois, ça n'a pas vraiment marché...

Les premières pages m'ont amusées, mais je me suis sentie très rapidement en décalage avec cette pièce. En fait, je trouve qu'elle a pris un coup de vieux. Michel Tremblay nous fait découvrir des personnages d'une autre époque, avec des valeurs qui appartiennent (au moins en grande partie) à une autre époque. Je n'ai rien contre les histoires qui ne se passent pas de nos jours, je pense que ce blog le démontre assez clairement. Mais dans cette pièce, je me suis sentie complètement en dehors de la scène, un peu comme quand un ami vous invite à une soirée où vous ne connaissez personne et où vous passez votre temps à sourire pour la forme à des conversations auxquelles vous ne comprenez rien, à vous ennuyer appuyé(e) contre un mur, en espérant que le temps va s'accélérer d'un seul coup afin d'atteindre l'heure de partir. Vous me direz que cette fois je n'avais qu'à fermer le livre. Oui, mais si les règles de politesse ne me contraignaient absolument pas à lire ce livre de bout en bout, l'espoir de retrouver ce qui m'a tant charmée chez Michel Tremblay dans les deux livres que j'avais déjà lus de cet auteur m'a amenée à le faire.
Finalement, j'ai été déçue. Pendant tout le premier acte, il ne se passe rien. Le deuxième acte intervient beaucoup trop tard à mon goût et ne retient pas suffisamment l'attention du lecteur pour sauver la pièce. Et quand j'ai passé un temps qui m'a paru interminable à lire un livre dont je ne comprends que la surface, je le referme en me disant que cette lecture m'a été complètement inutile.

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07 octobre 2007

Porte de la Paix Céleste ; Shan Sa

41CP1HW85ZLFolio ; 147 pages.
4,60 euros

J'étais partie pour vous parler de Michel Tremblay, et puis je suis tombée sur ce petit livre que j'ai beaucoup aimé. Shan Sa est un auteur que l'on a pu voir sur de nombreux blogs ces derniers temps, pourtant j'avoue que ses romans ne m'intéressaient pas tellement. Vous l'avez sans doute constaté, je lis surtout des romans anglophones et francophones. Alors, quand je vois un billet sur un auteur ne correspondant pas à cette zone géographique, je m'y intéresse moins (à tort, sans doute).
J'avais quand même acheté Impératrice il y a quelques mois, mais essentiellement parce qu'il coûtait un euro et qu'une LCA ne peut pas résister à un livre à 1 euro. Je sens que ma vie vous passionne, alors je continue. En fait, je suis tombée sur ce livre vraiment par hasard, alors que je cherchais un livre beaucoup moins alléchant. Et le résumé, qui ne me tentait pas du tout il y a peu m'a semblé d'un seul coup irrésistible (en même temps, étant donné les autres perspectives que j'avais, je pense que même Flaubert aurait pu me tenter à ce moment là).

Pour ceux qui ne se sont pas encore endormis, voici le résumé de l'histoire. Elle commence dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, lorsque les chars chinois entrent sur la place Tian An Men, occupée depuis plusieurs semaines par des étudiants.  Ayamei a été l'une des meneuses du mouvement nprotestataire. Tirée loin de la place par un ancien camarade, elle échappe à la tuerie. Dès lors, elle doit fuir l'armée, et surtout un jeune soldat, Zhao, qui la poursuit sans relâche.

Si le contexte de 1989 est très bien présenté, ce n'est pas vraiment l'intérêt principal de ce livre. Ayamei est déjà hors de la place Tian An Men quand débute le livre. Elle n'apprend ce qui s'est passé que par des témoins. Et lorsque l'armée remet les choses en ordre au sein de la capitale, Ayamei s'est déjà réfugiée à la campagne. Ce que Shan Sa essaie de nous faire comprendre, c'est comment on a pu en arriver là, comment une telle incompréhension a pu se construire entre le pouvoir communiste et une partie de la population chinoise. Elle le fait à l'aide de deux personnages du même âge, mais aux parcours bien différents.

Ayamei d'abord, est une jeune fille qui n'a cessé de se poser des questions depuis son plus jeune âge. Elle a huit ans lorsque Mao décède, et ne comprend pas pourquoi elle doit pleurer ce personnage qu'elle ne connait même pas. La seule chose qu'elle sait, c'est qu'elle doit avoir peur que quelqu'un découvre qu'elle n'est pas triste. Plus tard, c'est encore par l'intimidation qu'on la prive de Min, son meilleur ami. Elle essaie de résister, mais c'est là qu'elle comprend que la seule façon qu'elle a de refuser la vie et les principes qu'on lui impose, c'est en se suicidant. C'est d'ailleurs bien pour mourir qu'elle veut retourner sur la place Tian An Men alors que l'armée a commencé à tirer.
Zhao, quant à lui, est un véritable soldat-robot, qui est convaincu de la bonté du gouvernement communiste. Fils de paysans miséreux et illétrés, il s'est engagé dans l'armée pour les soulager financièrement. A vingt et un an, il est désigné pour retrouver la criminelle Ayamei, qui a osé défier le pouvoir communiste.
Entre ces deux personnages va naître une relation très particulière, que l'une ignore d'ailleurs, et qui va les pousser à faire le choix de la vie. C'est là que l'on retrouve tout le charme de la littérature chinoise. Ayamei est poussée dans un temple au milieu de la nature. Là, elle apprend à se découvrir, à admirer le monde et à trouver la sérénité. Zhao pénètre dans l'univers d'Ayamei par le biais de son journal d'abord, puis par son enquête. Et lui aussi se met à regarder le monde avec des yeux neufs, et à considérer que la liberté a un sens.

C'est très poétique, très doux, sans pour autant donner une impression de lenteur qui rend parfois l'atmosphère de certains romans chinois pesante. Il se passe beaucoup de choses en très peu de pages. Je n'ai absolument pas eu un sentiment de remplissage, les phrases de Shan Sa tombent toutes très justes.

" Une fois sortie de la ville, une fois rendue à la nature, elle déploiera ses ailes et prendra son essor. Hélas, jamais elle ne reviendra. "

Vraiment un petit bijou qui, je trouve, mérite bien son Prix Goncourt du Premier Roman 1998.

Les avis de Clarabel (trouvé sur Amazon, d'ailleurs je m'aperçois qu'on a écrit quasiment la même chose) et de BMR et MAM. Marie a moins aimé.

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02 octobre 2007

La tournée d'automne ; Jacques Poulin

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Babel ; 208 pages.

Voici un livre qui dormait dans ma bibliothèque depuis déjà un bon moment. Malgré tous les bons avis, je n'avais jamais envie de l'ouvrir. Un roman avec un titre comme celui-ci et une belle couverture comme celle-là, ça se lit dans un fauteuil au coin du feu avec un bon chocolat chaud, pas vraiment sur la plage.

L'histoire : En fait, elle se passe en été. La Chauffeur est un employé du ministère de la culture québécois. Chaque année, il fait des tournées avec son bibliobus, et prête des livres ou des manuscrits refusés par les éditeurs à ceux qui le désirent.
Cette fois-ci, le Chauffeur vient de rencontrer Marie, une Française, qui voyage avec sa troupe. Après avoir sympathisé, les nouveaux amis du Chauffeur décident de l'accompagner dans sa tournée d'été.

Mon avis : Ce livre est plutôt sympathique sous certains aspects. Déjà, il parle de livres, de la passion des livres, et ça ça me touche forcément. J'adorerais voir un bibliobus passer à côté de chez moi, dans lequel je peux prendre les livres que je désire lire, et éventuellement un manuscrit refusé. La confiance qu'a le ministère (et surtout le Chauffeur) que les livres seront bien rendus, sans même avoir pris le nom des emprunteurs, montre bien la valeur de l'objet livre aux yeux d'un lecteur. Il le renverra pour que le bibliobus puisse continuer à éclairer des petits bouts de vie. Ou alors, si le livre se perd, c'est parce qu'il aura été prêté à d'autres, pas parce qu'il a été rangé et oublié dans une bibliothèque.

Pourtant, je suis plutôt déçue par La tournée d'automne. La relation entre le Chauffeur et Marie ne m'a pas touchée. Elle est poétique sans doute, un peu mystérieuse, mais j'avoue avoir baillé plus d'une fois au cours des échanges entre ces deux personnages. Ce roman manque de rythme, de légèreté. L'ambiance de La tournée d'automne m'a rappelé celle de Je voudrais tant que tu te souviennes (livre dont je garde en tête les qualités, mais dont je suis très contente d'être sortie). J'ai bien vu que Jacques Poulin voulait évoquer la difficulté des relations humaines, mais ça ne m'a pas du tout plu.
Je m'attendais également à une déferlante de références de livres à noter, et j'ai été amèrement déçue. En fait, elles ne sont pas très nombreuses, et présentées dans le cadre de la relation entre Marie et le Chauffeur, ce qui ne m'a pas du tout incitée à les noter.
Autre chose, l'écriture de Jacques Poulin ne m'a pas séduite. Le langage employé est très courant, et j'ai trouvé les descriptions assez artificielles.

En regardant les autres billets sur ce livre, je constate que je suis la seule à avoir été déçue. Allie a adoré, Lily, et Malice aussi. Ah, Laure est un peu moins enthousiaste (je me sens moins seule^^) !

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