Cette fois, c'est la femme... Arthur Rimbaud
Je n'aime pas beaucoup la prose d'ordinaire, mais ce poème est magnifique, notamment le dernier paragraphe.
Cette fois, c'est la Femme...
Cette fois, c'est la Femme que j'ai vue dans la ville, et à qui j'ai parlé et qui me parle. J'étais dans une chambre sans lumière. On vint me dire qu'elle était chez moi : et je la vis dans mon lit, toute à moi, sans lumière ! Je fus très ému, et beaucoup parce que c'était la maison de famille : aussi une détresse me prit ! j'étais en haillons, moi, et elle, mondaine, qui se donnait ; il lui fallait s'en aller ! Une détresse sans nom, je la pris, et la laissai tomber hors du lit, presque nue ; et dans ma faiblesse indicible, je tombai sur elle et me traînai avec elle parmi les tapis sans lumière. La lampe de la famille rougissait l'une après l'autre les chambres voisines. Alors la femme disparut. Je versai plus de larmes que Dieu n'en a pu jamais demander.
Je sortis dans la ville sans fin. Ô Fatigue ! Noyé dans la nuit sourde et dans la fuite du bonheur. C'était comme une nuit d'hiver, avec une neige pour étouffer le monde décidément. Les amis auxquels je criais : où reste-t-elle, répondaient faussement. Je fus devant les vitrages de là où elle va tous les soirs : je courais dans un jardin enseveli. On m'a repoussé. Je pleurais énormément, à tout cela. Enfin je suis descendu dans un lieu plein de poussière, et assis sur des charpentes, j'ai laissé finir toutes les larmes de mon corps avec cette nuit. - Et mon épuisement me revenait pourtant toujours.
J'ai compris qu'elle était à sa vie de tous les jours ; et que le tour de bonté serait plus long à se reproduire qu'une étoile. Elle n'est pas revenue, et ne reviendra jamais, l'Adorable qui s'était rendue chez moi, - ce que je n'aurais jamais présumé. - Vrai, cette fois, j'ai pleuré plus que tous les enfants du monde.
Arthur Rimbaud
Commentaires sur Cette fois, c'est la femme... Arthur Rimbaud
- Gambadou, Caroline, Choupynette, Well, Emeraude et Florinette : je suis contente que ça vous plaise
Fashion Victim : Etant la pro des commentaires constructifs, je te pardonne
Céline : Là, comme ça, euh... personne :S En fait, c'est vraiment des poèmes par-ci par là, mais à part celui-ci, aucun ne m'a vraiment marquée. Je ne connais pas Aloysius Bertrant, je regarderai


















Je porte une affection toute particulière pour le poème "on n'est pas sérieux quand on a 17 ans" (pas sûre du titre!). En effet j'ai eu un mal fou à l'apprendre pour un cours de français au collège. Mais quelle magie!!
"On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans
Un beau soir, foin des bocks et de la limonade
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants,
On va sous les tilleuls verts de la promenade..."