L'ancre des rêves ; Gaëlle Nohant
Édition Robert Laffont ; 381 pages.
20 euros.
" - Dis donc, gamin, on t'a pas appris qu' c'était pas poli de zieuter comme ça ? J'aime pas les malins. Fais bien attention à toi. Les morts marchent, ce soir. Fais bien attention à toi. Un long frisson le frigorifia comme une bourrasque giflant un corps trempé. Les morts marchent, ce soir. Une comptine dont il avait perdu le souvenir lui traversa la tête. " Faut boire à la santé des gars Qui sont coulés, au fond, en tas. " Dans un petit village de la côte bretonne, chaque nuit, les enfants Guérindel, Benoît, Lunaire, Guinoux et le petit Samson, sont en proie à des cauchemars terrifiants qu'ils taisent à leurs parents... Enogat, leur mère, a toujours interdit à ses quatre fils d'approcher le bord de l'eau. Est-ce seulement pour les protéger des dangers de la nature ? Ou d'une autre menace qui ne dit pas son nom ? Entre conte fantastique et roman d'initiation, L'Ancre des rêves sonde le mystère des peurs d'enfant. "
Je l'avoue d'emblée, s'il ne s'était pas agit du roman de Gaëlle, je n'aurais certainement pas daigné ouvrir ce livre. D'abord, jusqu'à ma rencontre avec Anne Perry il y a peu de temps, je lisais très peu de romans policiers (même si après lecture je réalise à quel point cette classification de libraire est discutable). Ensuite, les histoires un peu bizarres sur les légendes bretonnes, je trouve que ça fait vraiment saga estivale. Et pour finir, j'avoue que le premier chapitre que j'avais lu sur le site de Robert Laffont ne me tentait pas plus que ça. Le langage adopté me semblait être le langage courant (or, je suis de plus en plus snob quand je lis des romans, il me faut de l'élégance...), et puis je déteste lire sur un écran.
Sauf que, j'étais très curieuse de voir ce que ça donnait. Thom, Choupynette et Clarabel avaient fait une pub plus qu'alléchante en faveur de ce roman, et le titre m'intriguait tout autant que sa couverture.
Quand j'ai ouvert mon livre, j'ai presque instantanément oublié mes mauvais a prioris. Cela faisait longtemps qu'un roman contemporain français ne m'avait pas fait cet effet. Il y a une atmosphère palpable dans ce livre, et cela dès les premières pages. On est véritablement happé par cette histoire, sans même s'en rendre compte. On se met à vivre les cauchemars de Benoît, Lunaire, Guinoux et Samson. Ayant moi même quelques rêves récurrents (heureusement pas tous les soirs, et moins traumatisants...), je pense que ça m'a aidée à me mettre dans l'ambiance.
Alors que je craignais de ne pas apprécier l'écriture de Gaëlle Nohant, j'ai pris un réel plaisir à lire ses phrases pleines de poésie. J'ai noté quelques maladresses, mais c'est vraiment peu important, car le reste est remarquable. C'est poétique mais pas artificiel, grâce à une habile combinaison entre le registre soutenu et le registre familier. Cette alternance permet aussi la cohabitation entre une atmosphère pesante, inquiétante, douloureuse et un récit souvent drôle.
Il est difficile de se détacher de ce récit, les explications qui arrivent au compte goutte, nous plongent chacune un peu plus dans le roman. J'ai bien trouvé que certains (en fait deux) petits passages étaient cousus avec des fils assez gros, mais je pense que cela permet surtout d'éviter que le récit s'enlise, et de maintenir le rythme de la lecture. Je me suis beaucoup attachée à tous ces personnages, à ces frères qui s'aiment sans se l'avouer, à Ardélia et Ebenezer, à Abel, et à toutes ces femmes blessées par la mer. J'ai adoré me plonger dans ce monde rêvé mais qui a aussi existé, en apprendre sur les Terra-neuvas, l'angoisse et la fascination opérée par la mer sur la population bretonne.
Je crois que la grande réussite de Gaëlle Nohant est aussi d'avoir écrit un livre qui peut toucher le plus grand nombre. L'ancre des rêves peut être abordé de différentes manières. C'est une enquête dans le passé, sur soi, les non dits. La psychologie et ses zones d'ombre occupent une grande part du roman, qui est aussi un hommage à la culture bretonne.
Je pense d'ailleurs faire lire ce roman à des personnes très différentes, mais qui seront, j'en suis certaine, touchée par ce livre, chacune à leur façon.
J'ai été bercée par ce livre, dont je ressors la gorge nouée. Beaucoup de passage sont extrêmement émouvants, le style doux et plein de justesse leur donnant une grande force. Malgré les quelques petites critiques que j'ai formulées (et qui sont vraiment pardonnables), c'est un véritable coup de coeur.
" Des petites filles racontaient qu'Enogat avait un passé de sirène,et que si les garçons touchaient la mer ils retrouveraient leurs nageoires et leur peau translucide et disparaîtraient dans les flots, rejoignant le peuple sombre qui s'agitait en bas. " (page 20)
" - Je reviendrai, t'inquiète pas. Si tu m'attends, je reviendrai..., ajouta-t-il, sans se douter qu'un jour elle lui crierait debout devant la mer qu'il n'avait pas tenu sa promesse, qu'il l'avait abandonnée, et qu'elle n'aurait pas trop d'une vie pour le lui pardonner. " (page 204)
Les avis de Choupynette, de Thom et de Clarabel.
Commentaires sur L'ancre des rêves ; Gaëlle Nohant
- Hello Lilly !
Ok, ça ne fait pas très sérieux de débarquer au moment où tu postes un article où je suis cité, mais je te jure que c'est une pure coïncidence.
J'aime beaucoup ce passage :
"Je l'avoue d'emblée, s'il ne s'était pas agit du roman de Gaëlle, je n'aurais certainement pas daigné ouvrir ce livre. [...] Ensuite, les histoires un peu bizarres sur les légendes bretonnes, je trouve que ça fait vraiment saga estivale. Et pour finir, j'avoue que le premier chapitre que j'avais lu sur le site de Robert Laffont ne me tentait pas plus que ça."
Ca reflète parfaitement ce que j'ai pensé lorsque Gaëlle m'a parlé pour la première fois du roman, il y a déjà un bail ! Elle me sera témoin que peu après, lorsque je l'ai lu, je lui ai carrément dit : "Dis donc, j'espère que tu auras une bonne quatrième de couv, avec une mauvaise tu vas te faire cataloguer "Stephen King au pays des terre-neuvas" en un rien de temps !" (ce qui ne lui avait d'ailleurs je crois pas beaucoup plus, on le comprendra sans peine
)
Au final la quatrième me semble plutôt pas mal.
Quant à mes a prioris...bof, les a prioris, c'est fait pour être balayé, c'est même leur principale caractéristique, non ?
Au plaisir de te (re)lire, Lilly ! - Mais qu'est-ce que vous avez tous contre les légendes bretonnes !!!
Je vous signale qu'Anatole Le Braz était de ma famille (enfin c'est ce qui se dit chez nous...)!
Je suis très en retard, j'ai commencé le roman de Gaëlle, et puis qqs obligations (dont un bouquin à lire pour l'instit de Matthieu) ont bouleversé tous mes plans... - Lamousmé : Mince, je suis repérée !
))
Salut Thom ! Je suis bien d'accord que les a prioris sont faits pour être balayés, mais je prends rarement le temps d'essayer de me contredire... (malheureusement)
Sinon, j'aime beaucoup ton intitulé "Stephen King au pays des terre-neuvas"
Ca aurait pu faire vendre !! (mais pas à moi, c'est vrai... :S)
Lily : Je n'ai absolument rien contre les légendes bretonnes, je t'assure. C'est après les exploitations qu'on en fait que j'en ai. Sinon, j'ai vu qu'il y avait encore plein de blogueurs qui possédaient ce livre, j'ai hâte de voir ce que vous en avez pensé.
Clarabel : C'est dingue quand même cette cohésion entre le roman et sa couverture. Quand j'ai lu l'épisode de la sirène, j'ai été surprise que tu ne l'aies pas mis dans ta critique. Je ne sais pas si c'est le fait que tu aies lu le livre de Cypora Petit-Jean qui t'associe aux sirènes dans mon esprit...
))
- Lilly, ça me convient très bien d'être associée à une sirène !!! Yeaaaah !
)
Figure-toi, oui j'ai relevé cette citation, parmi d'autres, et puis j'avais déjà bafouillé un long papier, je ne voulais pas en remettre trois tonnes ...
Mais je suis heureuse que tu aies eu la géniale idée de la mettre à jour ! Cela correspond très bien à l'esprit du livre ... Enigmatique et féérique !
)
Vraiment pile-poil cette couverture !
- Et si j'osais (d'ailleurs j'ose), j'ajouterai que cet engouement est d'autant plus justififé qu'on parle d'un livre dont la couverture de presse est à peu près égale au néant...quand on me parle d'engouement, je songle plutôt à un truc totalement monté en épingles...je suis le seul ?
Par conséquent, qu'une critique enthousiaste en appelle une autre, j'appellerai plutôt ça du bouche à oreilles qu'un engouement...non ?

















Moi qui choisi toujours mes livres en fonction de leur couverture...je sens que je vais l'acheter!