2743616563Édition Rivages ; 365 pages.
9,50 euros.

" Voici un roman dont le sujet est le don d'une vie à l'écriture, et cela conté d'une façon si romanesque que nous sommes pris dans une sorte de tourbillon circulaire et dramatique. L'extravagante enfant qui en est l'héroïne, Angel, qui est tout sauf angélique, nous apparaît tout de suite rétive, méprisant l'épicerie où travaille sa mère, absente de la vie quotidienne, volontairement aveugle au réel. "
(Extrait de la préface de Diane de Margelle)

Heureusement qu'il existe des cinéastes qui n'hésitent pas à redonner de l'éclat à de grands romans oubliés. La couverture du livre peut en rebuter plus d'un, laissant croire qu'il s'agit d'un conte de fées. Or, il ne s'agit pas du tout de cela. En fait, c'est l'histoire d'une héroïne difficile à aimer qui s'est plue à croire en ses rêves

Angel, une adolescente de quinze ans, vit tellement dans ses rêves qu'elle se met à mépriser la réalité de son existence, et à raconter aux autres la vie qu'elle s'est forgée. Sûre d'elle et très prétentieuse, malgré les humiliations subies (parfois bien méritées, il faut le reconnaître), elle parvient à devenir un écrivain que l'on s'arrache. Mais sa personnalité, qui se répercute dans son travail, lui vaut la haine des critiques et les sarcasmes du "grand monde".
Elle ne commence à se soucier du monde réel que lorsqu'elle rencontre Esmé, un peintre volage et surtout très séduisant. La jeune Angel, qui rêvait d'une vie de princesse, tombe éperdument amoureuse du jeune homme.

Cette héroïne a été décrite comme étant fabulatrice, détestable et même démoniaque dans les critiques que j'ai lues. Certes, ce n'est pas une sainte, et elle sait (souvent) être extrêmement désagréable. Toutefois, quelle petite fille n'a jamais rêvé d'être une princesse ? Qui ne s'est jamais inventé une autre vie ?
Angel est aussi une femme qui a le mérite d'avoir de la volonté, de l'ambition. Elle a l'audace de vouloir assumer ce qu'elle écrit, et de se forger une place dans le monde. Elle n'a pas conscience du décalage entre son imagination et la réalité. Quant à sa vanité, bien qu'immense et insupportable, elle ne contient pas de réelle méchanceté. Aussi haïssable que puisse être sa conduite, Angel n'est pas quelqu'un de fondamentalement mauvais. Ses rêves de gloire lui ont fait oublier la réalité, elle n'a pas vraiment conscience de son caractère tyrannique.

En tombant amoureuse, Angel devient vulnérable. Car celui qu'elle aime n'a rien d'un prince charmant. A partir de là, on sent que le drame commence à se nouer. Il y aura le manque d'inspiration, la passion aveugle pour Esmé, la guerre, les deuils, qui lui feront payer son indifférence à l'égard de la vie réelle. Mais là encore, pour Angel, il est impossible d'admettre sa propre chute, de la regarder en face.

Cette femme m'a souvent déplue, mais les rares moments où elle est sincère la montrent tellement humaine et enfantine, que son histoire m'a prise au ventre, si bien que je n'ai pas pu lâcher ce livre avant de l'avoir terminé. Là où l'on voit, de l'extérieur, de la vanité, il y a surtout une petite fille qui refuse de perdre ses illusions.
Elizabeth Taylor décrit extrêmement bien les scènes qu'elle nous raconte. Il est aisé de se représenter les tenues extravagantes d'Angel, l'atelier d'Esmé, Paradise House en ruines. Surtout, j'ai été bouleversée par la course désespérée d'Angel vers l'étang, hurlant de douleur lorsqu'elle voit son bonheur s'écrouler. 

Ce livre est un petit bijou, même si l'histoire qu'il nous raconte est douloureuse. J'espère que j'aurai du plaisir à retrouver les personnages en visionnant le film, dont la bande-annonce est très prometteuse.

"Lorsque j'étais enfant, je me racontais des histoires du temps où j'habiterais cette maison. Les gens appelaient ça des mensonges, parce que j'oubliais parfois la réalité et disais tout haut ce que j'aurais mieux fait de garder en rêves ; mais je ne faisais que me vouloir vraie, tendre ma volonté vers cette vérité." (page 216)