lilly et ses livres

Un petit blog pour y décrire les livres que j'ai aimés, et que je désire partager avec les mordus de lecture ... mais aussi ceux qui m'ont déçue, et sur lesquels je serais ravie d'échanger mon point de vue.

28 janvier 2007

Eureka Street ; Robert McLiam Wilson

2264027754Édition 10/18 ; 544 pages.
8,50 euros.

" L'auteur de Ripley Bogle nous entraîne à Belfast, sa ville natale, pour un roman foisonnant, à la fois tragique et hilarant. Qu'a donc trouvé Chuckie Lurgan, gros protestant picoleur et pauvre, qui à trente ans vit toujours avec sa mère dans une maisonnette d'Eureka Street ? Une célébrité cocasse et quelques astuces légales mais immorales pour devenir riche. Que cherche donc son ami catholique Jake Jackson, orphelin mélancolique, ancien dur et coeur d'artichaut ? Le moyen de survivre et d'aimer dans une ville livrée à la violence terroriste aveugle. Et qu'a donc trouvé Peggy, la mère quinquagénaire de Chuckie ? Le bonheur, tout simplement, grâce à une forme d'amour prohibée, donc scandaleuse dans son quartier protestant. Et, pendant ce temps-là, un inconnu couvre les murs de Belfast d'un mystérieux graffiti : OTG, écrit-il, OTG. "

Attention, chef d'oeuvre. Robert Mac Liam Wilson nous plonge dans le Belfast d'il y a quelques années (si j'ai bien compté, ça se passe en 1994), avec ses tensions entre protestants et catholiques, républicains et unionistes. Ses héros, surtout Jake et Chuckie, se débrouillent comme ils peuvent au milieu de ces rues taguées des sigles des différentes organisations terroristes, parmi lesquelles le mystérieux OTG, et rythmées par les attentats. Ils sont un peu pommés au début, à la recherche d'un emploi paisible et lucratif. Ils attendent également l'amour, jusqu'à l'arrivée de Max, accompagnée de l'insupportable Aoirghe. Leur quotidien est raconté avec beaucoup d'humour pendant environ la moitié du livre. Il est fait de politique, de violence et d'amitié. Chuckie, le protestant d'Eureka Street (qui vénère une photo de lui et du pape) tombe amoureux de Max. Jake, quant à lui, rate tous ses coups ou presque, et possède un talent incroyable pour se faire tabasser. Il en arrive à sympathiser avec son chat (avec lequel il entretient une relation hilarante, surtout pour les "chatophobes" comme moi) et un gamin des rues, Roche. Ce livre au ton léger est un roman engagé politiquement. La première chose que l'on se demande lorsqu'on rencontre quelqu'un, c'est s'il est protestant ou catholique, républicain ou unioniste. On le juge en fonction. Jake est méprisé par Aoirghe, parce qu'il veut simplement qu'on lui fiche la paix. Elle, avec ses idéaux républicains, elle représente les excès catholiques. Les protestants ne sont pas épargnés non plus. Parce que les torts sont des deux côtés.
Le grand coup de maître de Robert McLiam Wilson est de savoir mesurer avec précision les attentes de son lecteur. Au milieu du livre, alors que l'on commence à se demander où l'auteur veut nous amener, nous avons la réponse.
Les descriptions de l'attentat de Fountain Street font froid dans le dos, et nous rappellent que les victimes sont des êtres humains, qui avaient des projets, des proches, et surtout l'envie de continuer à vivre. Lorsque l'on lit le chapitre relatant l'attentat de Fountain Street, on y voit toute la barbarie du monde, ceci d'autant plus que l'auteur adopte un ton détaché qui ne nous épargne rien. Les corps déchiquetés, les vies brisées, ça n'est pas excusable. Chacun a beau se brosser les dents une fois le soir venu, le monde ne sera plus jamais le même. Pourtant, l'esprit humain parvient à se faire à cette routine. Aujourd'hui, c'est en bref que les journaux télévisés nous disent que des dizaines de personnes meurent chaque jour en Irak dans des attentats. Nous sommes troublés quelques instants, puis nous pensons à autre chose. Il s'agit pourtant d'êtres humains, sacrifiés de façon totalement aléatoire au nom de principes vagues. Les terroristes justifient leurs actes en affirmant agir pour le bien de ceux qu'ils tuent. Dans ce livre, c'est la réalité qui est exposée, et elle n'est pas justifiable.
Pourtant, on peut éprouver de la sympathie pour les revendications de l'IRA. Mais le "La fin justifie les moyens" lancé par Aoirghe à Jake sonne davantage comme un manque d'arguments que comme une position assumée. D'ailleurs, cette jeune femme m'a horripilée tout le long du livre. J'ai beaucoup aimé que Jake dise tout le mal qu'il pensait d'elle avec son élégance naturelle. Ceux qui ont lu le livre comprendront que la fin m'a quelque peu embêtée...
Ce n'est pas seulement la violence terroriste qui est décrite dans ce livre, c'est toute la vie de Belfast. Ses habitants, ses rues, ses moeurs, son atmosphère. La ville est à la fois semblable au reste du monde (la violence n'est pas une invention locale, les gens pommés sont partout...), et un endroit extraordinaire. Certes, le langage employé est cru, sarcastique, drôle, mais il est juste de la première à la dernière page. Et c'est sans doute la principale qualité de ce livre ; malgré ses histoires invraisemblables, il est vrai.

Posté par lillounette à 09:15 - Romans Irlandais - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Joli commentaire !
Pour la petite histoire, j'ai appris la semaine dernière que la police nord irlandaise avait aidé au meurtre de "catholiques républicains" dans les années 90... Ca fait froid dans le dos quand on sait ce qui est en jeu actuellement dans le processus de paix: Paisley veut que le Sin Féin reconnaisse la police nord irlandaise, justement.. Hum, les dernières révélations peuvent laisser songeur... (Bien évidemment en France, la TV n'en parle pas - pour ne pas froisser Tony Blair ??)
En tout cas j'aime beaucoup ce que fait McLiam Wilson :c'est quelqu'un qui respire l'intelligence!

Posté par Maeve, 28 janvier 2007 à 18:03

Je ne connaissais pas, je note le titre. J'aime beaucoup ce type de romans qui mélangent humour et sujets graves.

Posté par Caroline, 28 janvier 2007 à 18:55

Maeve : j'avais déjà eu vent de ces histoires. D'un côté, ce n'est pas du tout surprenant. Les RUC (si ce sont bien elles dont tu parles) comptaient(et comptent toujours même si ça s'arrange) une large majorité de protestants. Et pas des plus sympathiques... Sinon, ses autres romans ont l'air beaucoup moins gais, peut-être que je m'y mettrais plus tard.

Caroline : Ce livre est tout à fait ça, un roman mêlant le quotidien hilarant de jeunes gens à la réalité des rues de Belfast durant plusieurs décennies. Jette toi dessus.

Posté par Lilly, 28 janvier 2007 à 21:31

allez, je note! moi qui ai vécu enirlande du nord pendant un an, ce livre m'interesse!

Posté par choupynette, 29 janvier 2007 à 17:33

Dans le cadre de tes études ? C'est un de mes rêves d'aller à Belfast. Ce livre est fabuleux, un vrai bijou. On sent que l'auteur aime cette ville et maîtrise son histoire.

Posté par Lilly, 29 janvier 2007 à 19:38

J'avais déjà noté ce livre il y a quelques années mais je ne l'ai jamais acheté. Mais ta critique me remets en tête ce titre et me donne très envie d'en savoir plus. Merci.

Posté par Beloved, 30 janvier 2007 à 19:55

Beloved : je ne peux que te conseiller de lire ce livre cette fois :D

Posté par Lilly, 31 janvier 2007 à 00:01

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