15 janvier 2007

Le Lac ; Alphonse de Lamartine

Ce poème d'Alphonse de Lamartine lui a été inspiré par la femme qu'il aimait, Julie Charles, décédée peu de temps après d'une maladie.

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Claude Monet ; Impression Soleil Levant.

Le Lac

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Alphonse de Lamartine (1817)

Posté par lillounette à 08:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]


Commentaires sur Le Lac ; Alphonse de Lamartine

    filicetation

    merci msr said grace a vous je me rappelle mes souvenir merci autre fois

    Posté par aicha, 10 février 2008 à 17:25 | | Répondre
  • mon souci

    La poésie est pour moi une première évolution de ma littérature et,surtout à partir de ce poème de Lamartine,lequel nom que mon père,poète,attribua à mon frère d'après moi.

    Merci

    Posté par Daniel, 08 octobre 2008 à 11:11 | | Répondre
  • le monde poétique

    Je dirai,peut-être que mon plus grand signe du monde poétique dans lequel je vis des années c'est bien cité dans ce poème de Lamartine qui est le Lac.Et,pour moi,telle est mon observation et ma manière de voir la poésie et ici le vraie poésie.

    Je vous remercie.

    Posté par Daniel K.Leasan, 08 octobre 2008 à 11:16 | | Répondre
  • De plus en plus, je trouve des poèmes ou des paroles de chanson à lire sur les blogs et c'est une très bonne idée. Je ne lis jamais de recueils de poésies aussi je prends plaisir à en découvrir de temps en temps.Merci Lilly.

    Posté par Anne, 15 janvier 2007 à 11:31 | | Répondre
  • je rejoins anne! c'est beau! autant le poème que le tableau de monet, magnifique!

    Posté par choupynette, 15 janvier 2007 à 13:59 | | Répondre
  • Anne et Choupynette : je suis contente que ça vous plaise Moi aussi j'aime bien lire des poèmes sur les autres blogs.

    Posté par Lilly, 15 janvier 2007 à 14:03 | | Répondre
  • Merci! et les années de Lycé me reviennent!
    Et la poésie est éternelle,ne vieillit pas.
    Merci !

    Posté par lulu, 15 janvier 2007 à 15:10 | | Répondre
  • J'aime beaucoup ces moments de poésie que l'on partage entre nous. Merci !

    Posté par Florinette, 15 janvier 2007 à 16:41 | | Répondre
  • Lulu et Florinette : j'aime aussi beaucoup ce partage de poèmes, de chansons et de souvenirs

    Posté par Lilly, 15 janvier 2007 à 17:45 | | Répondre
  • C'est beau, mais qu'est-ce que c'est triste J'aime... Cela me rappelle quand pré-ado je voulais écrire à la manière de Lamartine...

    Posté par jo du livrophile, 16 janvier 2007 à 16:19 | | Répondre
  • Jo : et Victor Hugo voulait être "Chateaubriand ou rien" !!!

    Posté par Lilly, 16 janvier 2007 à 17:21 | | Répondre
  • Je prépare La jeune fille à la perle.
    Demain matin, sûrement car je veux, ce soir, le re-parcourir avant de faire ma critique.
    Cet exercice me plaît de + en +...
    Bisous et...un jus d'orange chaque jour...Hi,hi.

    Posté par lulu, 16 janvier 2007 à 19:57 | | Répondre
  • Lulu : j'attends ça de pied ferme !

    Posté par Lilly, 16 janvier 2007 à 21:25 | | Répondre
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