12 décembre 2006

Le mépris ; Alberto Moravia

2290335061Librio ; 154 pages.

" Capri ! Au pied des Faraglioni, l'île rayonne d'azur et de sérénité. Pourtant le drame couve entre Emilia et Riccardo. Perdu dans les méandres d'un scénario sur l'Odyssée, Riccardo sent sa femme se détacher de lui. Emilia ne l'aime plus. Pire, elle le méprise. Drôle de coïncidence ! Riccardo voit soudain sa propre vie se superposer à son scénario. Si Ulysse tarde à revenir à Ithaque, c'est par crainte de revoir Pénélope, sachant qu'il doit la reconquérir. Reconquérir Emilia ! Voilà bien l'unique obsession de Riccardo ! Emilia ! Sait-il seulement ce qui l'agite ? Désenchantement ? Ennui ? Lassitude ? Attirance secrète pour Battista, le fastueux producteur ? Dans " le ciel bleu du mépris ", l'orage gronde... "

J'ai un peu de retard dans mes critiques, j'ai eu un début de semaine assez chargé. Pourtant, je n'ai pas pu lâcher ce livre avant de l'avoir fini. A priori, il n'avait rien pour me tenter. Un homme qui souffre parce que sa femme ne l'aime plus, et même, le méprise, ça ne m'attire pas forcément, et je ne connaissais pas du tout l'auteur. Puis j'ai débattu de façon totalement puérile avec un autre blogueur sur la mentalité féminine (oui, je sais, c'est très mal de généraliser), après le billet de Céline sur ce livre. Et comme j'avais parfaitement conscience que, n'ayant lu le livre ni l'un ni l'autre, nous étions certainement tous les deux hors du sujet traité, j'ai décidé de me procurer ce livre.
Et là, véritable coup de foudre. Certains ont déjà commencé leur bilan de l'année 2006, moi j'attendrai jusqu'au bout, de belles surprises peuvent encore m'attendre. Que ce livre est beau ! Qu'il est bien écrit ! Je n'avais pas ressenti un tel bonheur en lisant un livre depuis quelques temps. Il y a les livres que l'on adore pour leur histoire, pour le style de l'auteur, mais qui n'ont quand même pas cette étincelle supplémentaire qui fait que nous avons l'impression de complètement plonger dans le livre, que nous le lisons même en marchant dans la rue...
C'est vrai, ce n'est pas un thème très gai. D'autant plus que nous souffrons avec Riccardo, qui est méprisé, qui aime sans l'être en retour. Et le pire, c'est qu'il ne comprend pas pourquoi. Il aime toujours sa femme, a acheté une maison et une voiture qu'il est incapable de payer, pour elle. Pour lui permettre ce bonheur, il accepte de devenir scénariste, métier qu'il exècre. Et alors qu'il lui prouve son amour, elle se met à faire chambre à part. Au début, elle nie tout changement dans ses sentiments. Et puis, un jour qu'il la harcèle de questions, elle lui lâche ces mots assassins "Je ne t'aime plus", et pire encore, "Je te méprise". Nous, lecteurs, nous nous doutons assez rapidement de la raison de ce mépris, même s'il est difficile de concevoir qu'un pareil mépris puisse avoir pour origine un malentendu aussi évident. En fait, la fin tragique nous prive d'une véritable explication.
Alors, comme pour L'Odyssée, il faut faire des hypothèses. Car Ricardo se retrouve à travailler sur un scénario mettant en scène une partie de L'Odyssée, le retour périlleux d'Ulysse, chez lui, à Ithaque, après la Guerre de Troie. Il se rend alors à Capri, avec Emilia qu'il espère toujours reconquérir, dans la villa de Battista, son producteur. Riccardo veut faire un film "psychologique", tout comme Rheingold, avec qui il travaille sur le scénario. Et c'est là que le parallèle entre les deux histoires commence. Rheingold pense que Pénélope méprise Ulysse parce qu'il n'a pas su être "l'Homme" qu'elle s'imaginait. Riccardo Molteni mêle alors de façon très étroite et peut-être totalement fausse son histoire à celle d'Ulysse et de Pénélope. Parce qu'il ne comprend pas Emilia, il explique son mépris grâce à ce qu'il finit par croire de Pénélope.
Ce qui est le plus douloureux pour Riccardo, c'est qu'il aime Emilia comme avant, et peut-être plus encore. Et elle même semble ne pas toujours penser ce qu'elle dit. Il n'arrête pas de lui poser les mêmes questions, pour lui faire dire ce qu'elle n'a pas envie de lui dire, et pour entendre ce qu'il n'a pas envie d'entendre. Dans ces histoires, il est difficile de détacher ce qui est vrai de ce que l'on veut croire. Riccardo, parce qu'il ne saura jamais la vérité, finira par écrire sa propre version, afin qu'Emilia puisse "se pencher vers moi comme une belle image consolante", nous dit-il. Et le livre s'achève sur une note pleine d'espoir.
Je ne sais pas si ma critique vous donne envie de le lire, il m'est très difficile de vous décrire ce qui m'a plu, c'est surtout du ressenti. Je peux seulement vous dire que c'est un livre captivant qui m'a fait totalement oublier ce qui m'entourait pendant quelques heures. Et malgré son thème douloureux, j'en suis ressortie avec le sourire...

Allez voir l'avis de Céline, son analyse est beaucoup plus fine que la mienne, et elle connaît l'Ulysse de Dante.

Posté par lillounette à 23:26 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
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