09 décembre 2006

La note sensible ; Valentine Goby

207031331X

Edition Folio ; 242 pages.
6,60 euros.

" Je n'ai jamais connu de vous qu'un univers sonore, où dominaient Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J'écrivais. Votre musique est dans ce manuscrit. A vous entendre, j'ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J'ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendant des mois. Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai nue devant vous, et pourtant moins vulnérable qu'au soir du 15 octobre. Je n'aurai plus rien à dissimuler, pas même de l'amour. "

Ceci est un extrait de la lettre qu'Inès écrit à son voisin Vendello, pour lui raconter leur histoire d'amour, ou plutôt celle qui aurait pu être. Parce que, " A mi-chemin entre ma chambre et la porte d'entrée, une latte a grincé " , écrit Inès. Et de là se sont créées deux Inès. Celle, la vraie, timide et rêveuse, qui n'a pas osé ouvrir la porte. Et puis celle qui l'a fait, qui vit sous la plume de la première.
C'est un joli petit rêve que nous raconte Valentine Goby, avec une écriture délicate. Il ne manque presque rien pour que je trouve ce roman plein de poésie. La musique, la peinture, le rêve sont bien présents. Et puis certains passages sont vraiment très beaux. Je pense que Valentine Goby a juste besoin d'un petit rien pour que son écriture soit pleine de la sensibilité que je cherchais dans ce livre. Mais c'est aussi ma faute, je voulait vraiment adorer ce roman, toutes les critiques étaient fantastiques. J'avais vraiment envie d'une héroïne plus naïve plus enfantine. En écrivant je réalise qu'elle l'est en fait. Celle que je trouve attachante, c'est celle qui écrit la lettre. Celle qui appartient à un rêve ne peut pas être une rêveuse timide, puisqu'elle ose ouvrir la porte. Elle a forcément plus d'assurance, même si parfois elle se laisse aller à quelques faiblesses, quelques rêves, et redevient elle même (la vraie Inès). Parce que l'on ne peut pas être ce que l'on voudrait être, ce qui n'est pas nous, ou alors pas longtemps, on ne peut être que soi même. Alors dans l'histoire d'amour rêvée, Inès et Vendello sont deux parts d'Inès. L'une qui s'invente une identité qui n'est pas la sienne, et l'autre qui la démasque. Et Inès, la vraie, ne peut avouer ce qu'elle est, ce qu'elle ressent, qu'avec une lettre pleine de poésie et d'espoirs simples. 

" - Tu es le demi-ton. Tu es l'entre-deux, la note suspendue, l'équilibre fragile. Tu es le vacillement qui contient la chute, tu es le fa dièse qui frôle le sol, un presque sol ; tu es la défaillance retenue d'extrême justesse, tu es le bord de l'abîme. Tu es tout ce qui pourrait être et qui n'est pas, tu es un possible. Tu es cette note en mouvement obligé vers une autre, qui voudrait se confondre avec elle et ne se confond pas. Tu es l'incertitude. Tu es la note sensible. "

J'espère que mon commentaire est intelligible, malgré mon évolution en cours de route...
Florinette a retranscrit la lettre dans son intégralité, et m'a fait découvrir ce livre.

Posté par lillounette à 11:10 - - Commentaires [17] - Permalien [#]