20 septembre 2006
Le Grand Meaulnes ; Alain-Fournier
Edition Le Livre de Poche ; 251 pages.
4 euros.
L'histoire est racontée par François Seurel. Ce dernier a vu sa vie bouleversée par Augustin Meaulnes, un ancien camarade d'école. Suite à une fugue d'adolescent, celui qui était surnommé le "Grand Meaulnes" a assisté à un étrange fête, où il a rencontré une magnifique jeune femme, dont il est immédiatement tombé éperdument amoureux. De retour à l'école, il n'a plus qu'une envie, repartir dans ce mystérieux endroit. Mais ceci est assez compliqué, car il ne connaît pas le chemin qui y mène.
Le lecteur pense d'abord à un simple rêve, la description de la fête mystérieuse y faisant beaucoup penser : le réveil dans un lit, alors que Meaulnes ne s'était pas étendu dedans, les chuchotements, les enfants qui se promènent joyeusement, cette fête pour des fiançailles où l'on a réunit un peu n'importe qui, et surtout la belle Yvonne de Galais. Mais Meaulnes a rapporté un vêtement de cet endroit merveilleux, et est persuadée d'avoir vécu cette fête. On commence donc à le croire, d'autant plus qu'il nous fait une description détaillée de ce qui s'est passé, et que l'on se met à aprécier ce joli rêve.
C'est une jolie histoire d'amitié également, puisque François, le narrateur, croit son ami, et l'aide à retrouver son amour perdu. Par la suite, il prendra soin de ceux que son ami aime. Un livre facile et agréable à lire. Il existe un roman intitulé Le petit Meaulnes, je vous en reparlerai une fois que je l'aurai lu.
Maurice ; E.M. Forster
Edition 10/18 ; 279 pages.
7,30 euros.
Ce livre débute lorsque Maurice Hall, encore enfant, quitte l'école où il est pour aller étudier dans la classe supérieure. Lors d'une conversation avec son professeur, il affirme ne jamais vouloir se marier, ce que le maître prend pour une idée d'enfant insensée et sans conséquence.
Puis, nous le retrouvons à Cambridge, où il fait ses études. Il rencontre Clive, un étudiant, qui ne tarde pas à le fasciner et à l'influencer par sa conduite pleine d'assurance. Une histoire d'amour ne tarde pas à naître entre les deux jeunes gens, qui doivent se cacher pour la vivre.
La lourdeur de ce secret, ajoutée au poids des conventions sociales de l'époque ne tarde pas à soulever une question : Est-ce qu'un amour homosexuel doit pouvoir s'épanouir, est-ce une bonne chose ou, comme l'affirment les idées de l'époque, est-ce condamnable comme l'un des pires crimes possibles ? Ne vaut-il pas mieux s'intégrer dans la société en s'abaissant devant ses préjugés ?
Mais, dans toute histoire d'amour, il y a deux personnes, dont les points de vue ne sont pas toujours semblables.
E.M Forster a refusé que cette histoire soit publiée de son vivant, par peur du scandale. Il nous livre une histoire bouleversante, pleine de sincérité. Lorsque j'ai lu ce livre, j'ai été frappée par son caractère authentique. Il est courant de lire des livres où l'on a créé un personnage homosexuel qui a pour rôle d'amuser la galerie. Ici, Forster nous raconte les amours d'un homme pour un autre homme, comme il racontait l'amour de George pour Lucy, dans Avec vue sur l'Arno. Aucun cliché, aucune fausse idée, c'est un amour pur, vrai, touchant, magnifique... Toujours avec ce style d'écriture qui coule, si bien qu'on ne s'arrête qu'à la dernière page.
Aziyadé suivi de Fantôme d'Orient ; Pierre Loti
Edition Folio ; 406 pages.
7,50 euros.
Ce roman autobiographique raconte le voyage de Pierre Loti en Turquie, où il a rencontré l'un des amours de sa vie, Aziyadé. Cette jeune femme turque vit dans un harem, et c'est en croisant son regard depuis la rue que Loti en tombe amoureux. Aidé de son fidèle Samuel, il la reverra, et vivra un bref amour avec elle, avant de repartir, avec la ferme intention de revenir.
C'est Fantôme d'Orient qui nous raconte en détails le retour de Loti en Turquie. Celui-ci intervient des années plus tard, et "Stamboul" à changé. C'est sans le jeune Samuel, que Loti part à la recherche d'Aziyadé.
A travers ce livre, Loti nous dévoile combien il a aimé la Turquie, et surtout sa capitale, "Stamboul". Il nous parle de ses amis, Achmet, Samuel (qui l'aime éperdument), et surtout de cet amour perdu, mystérieux, Aziyadé. Tout le livre sans le mystère, on imagine sans peine les rues de "Stamboul", son atmosphère, les habitants de cette ville tant aimée de Pierre Loti. L'histoire, par son caractère autobiographique, est à l'image de ce dernier, pleine de non-dits (il semblerait que ce soit aussi en raison du caractère "choquant" de certaines choses pour l'époque où a été écrit le livre), de dissimulations (les noms ont parfois été changés, et sont difficiles à vérifier), un peu comme si Loti avait voulu se confier, sans trahir les personnages qu'il a aimés et à qui il pense avoir fait suffisamment de tort.
Nord et Sud ; Elizabeth Gaskell
Edition Fayard ; 512 pages.
25 euros.
Margaret Hale a vécu pendant longtemps à Londres, près de sa tante et de sa cousine, qui possèdent un train de vie élevé. Peu après le mariage de sa cousine, Magaret rentre à Heldstone, où se trouve le confortable mais humble presbytère de son père.
Celui-ci, peu après le retour de Margaret, décide de cesser son activité de pasteur, et de partir pour le Nord de l'Angleterre. Ce sera Milton, ville industrielle plongée en permanence dans la brume, qui accueillera la famille Hale. Mr Hale, par sa nouvelle activité d'enseignant, rencontre Mr Thornton, un patron manufacturier. De son côté, Margaret se lie d'amitié avec les Higgins, une famille de pauvres ouvriers. Elle ne tarde pas à ressentir de la compassion à leur égard, ce qui l'entraîne à avoir un regard impitoyable sur la classe des patrons. Mais dans le Nord, si la misère lui semble plus présente qu'ailleurs, elle lui fait surtout oublier que rien n'est soit noir soit blanc.
"C'est le choc de deux Angleterre que le roman nous invite à découvrir : le Sud, paisible, rural et conservateur, et le Nord, industriel, énergique et âpre."
Ce livre m'a fait penser à Orgueil et Préjugés, en raison de la relation Margaret Hale/John Thornton, mais c'est beaucoup plus que cela. Elizabeth Gaskell, davantage que Jane Austen, ancre son histoire dans son époque. Si ses personnages principaux sont extrêmement bien étudiés et si leur relation est une part essentielle du roman, ils ne sont pas le seul intérêt du livre. Nous assistons à une grève ouvrière, à une confrontation d'idées entre patrons et ouvriers, à une dure réalité quotidienne. Et pourtant, ce livre se lit avec un immense plaisir, très facilement, et ne tombe jamais dans le rébarbatif.
On tombe presque immédiatement sous le charme de John Thornton, qui malgré sa mère envahissante, est un homme volontaire, travailleur et séduisant. Par moments, j'avais du mal à comprendre Margaret, sans doute parce que le monde du travail nous est aujourd'hui davantage familier que celui de la petite bourgeoisie anglaise du XIXème siècle. A eux deux, John et Margaret incarnent deux mondes totalement opposés, ce qui conduit à d'inévitables malentendus et même à de la rancune de part et d'autre.
Et la fin, que dire dessus à part qu'elle est tout simplement parfaite, drôle, sincère... Surtout quand on imagine Richard Armitage prononcer les mots écrits... Mais je ne veux pas gâcher votre plaisir, alors je ne vous en dis pas plus !!!
